Le Métavers, le monde virtuel de demain?

Interview de Thierry Geerts par Fabian Dauzo, Expert Digital Banque Privée

Les annonces, ces dernières semaines, concernant l’évolution digitale posent question et suscitent parfois l’inquiétude. La peur de l’inconnu y est surement pour quelque chose. Il nous a donc paru intéressant de faire la lumière sur le Métavers en rencontrant une nouvelle fois Thierry Geerts, Directeur de Google Belgique.

En effet, il y a un an, nous profitions de la sortie de son second livre "Homo Digitalis" pour l’interroger sur la place que prenait la digitalisation dans notre vie au quotidien. Il nous offre aujourd’hui un regard neutre et transparent sur l’univers du Métavers.

Pourriez-vous nous expliquer dans des mots simples ce qu’est ou sera le Métavers?

Thierry Geerts: "En fait, il ne faut pas parler du Métavers, mais des Métavers. Ce sont des univers virtuels, qui peuvent être très différents et pour d'autres applications. On peut comparer ça à l'univers du Gaming aujourd'hui. 

Thierry Geerts

Je ne crois pas du tout au fait que nous allons vivre dans un 'Métavers', un 'autre monde virtuel'. Je crois à notre vraie vie, au contact humain mais augmenté des outils digitaux qui sont à notre disposition aujourd'hui. Donc à une 'réalité augmentée' et non à une 'réalité virtuelle'. Nous utilisons aujourd'hui notre smartphone pour nous déplacer, pour trouver des informations, pour traduire, etc. mais ce n'est pas toujours très pratique. A l'avenir, nous utiliserons l'informatique ambiante pour faire tout cela: au lieu que notre smartphone soit connecté, tous les objets autour de nous seront connectés et pourront nous assister dans notre vie de tous les jours, sans devoir sortir cet appareil chaque fois de notre poche. 

C'est pour cela que je dis dans mon dernier livre: l'homo sapiens n'existe plus, nous sommes tous des homo digitalis: des êtres humains avec des capacités qui dépassent de loin celles de nos ancêtres, grâce aux moyens digitaux. Et cela nous rend plus humain que jamais.

Ceci dit, une réalité virtuelle peut avoir des applications très utiles dans certains cas. Pour les jeux vidéo pour ceux qui aiment ça, mais aussi plus concrètement par exemple si vous voulez construire une maison. Avant de mettre la moindre pierre, vous allez pouvoir visualiser votre maison en 3D. Littéralement vous promener dans le plan et vous rendre mieux compte des espaces, des couleurs, de comment vivre dans la maison et faire adapter les plans. Au lieu de construire une maison et se rendre compte après qu'on aurait dû mettre un mur plus à gauche ou plus à droite, mais alors il est trop tard!"

Ce concept est-il propre à la société de Mark Zuckerberg ou toutes les entreprises peuvent-elles s’y projeter?

Thierry Geerts: "Comme je l'ai dit précédemment, il n'y aura pas un Métavers, mais une multitude de Métavers. Et j'espère bien qu'il y aura beaucoup de sociétés belges qui développeront des services de réalité virtuelle!"

Selon vous, le Métavers pourrait-il révolutionner le monde du travail?

Thierry Geerts: "Non, pas le Métavers particulièrement. La révolution digitale, dont les Métavers ne sont qu'une petite partie, certainement. Cela crée plus d'emploi, mais cela a un impact sur notre façon à tous de travailler, comme l'a fait l'électricité ou l'informatique précédemment."

Y a-t-il des secteurs qui pourraient y faire plus facilement appel?

Thierry Geerts: "Oui, certainement. Le secteur des jeux vidéo et de la construction comme je l'évoquais ci-dessus.  Mais aussi par exemple dans le secteur médical ou pour la maintenance des machines (avec des possibilités de visualisation à l'intérieur du corps humain ou des machines). Il y a plein d'applications utiles à imaginer, mais il ne s'agit donc PAS d'un monde séparé!"

Dans ce(s) cas, les clients devront-ils se plonger dans cet univers factice?

Thierry Geerts: "Oui, pour des applications utiles. Je pense que l'exemple de la construction d'une maison parle pour soi: tout le monde veut ça au plus vite! Ce n'est pas un monde 'factice', mais une façon de visualiser."

Actuellement bon nombre de secteurs sont attentifs au respect de l’environnement, la création d’un monde parallèle tel que celui-ci est-elle en phase avec cette approche de durabilité?

Thierry Geerts: "Il vaut quand même mieux visualiser une maison à construire et la construire de la bonne façon du premier coup. Abattre des murs qu'on vient de construire a naturellement un coût environnemental. Tout ce qu'on peut 'dématérialiser' permet de faire des gains environnementaux énormes. Le plus bel exemple est Wikipédia: au lieu d'imprimer et transporter des encyclopédies, accessibles uniquement pour ceux qui savaient s'en payer une (1.600 euros!), aujourd'hui 4 milliards de personnes ont accès à Wikipédia gratuitement, qui est toujours à jour, sans papier, pétrole ni camions!"

Peut-on comparer le Métavers avec la réalité virtuelle?

Thierry Geerts: "C'est exactement la même chose, ce sont des synonymes."

Pourra-t-on associer le Métavers à l’intelligence artificielle?

Thierry Geerts: "Non. On peut utiliser de l'IA dans un Métavers, ou utiliser de l'IA pour construire un Métavers, mais c'est comparer un supermarché à de l'électricité: ce sont deux choses totalement différentes."

Enfin, y voyez-vous un danger notamment en matière de contacts ou même d’intelligence émotionnelle?

Thierry Geerts: "Avec certains Métavers certainement, si on s'y perd. Il y a des gens qui passent leurs journées devant la télé, sur les médias sociaux ou dans des jeux vidéo. Aucun des trois n'est un comportement très humain. Demain certains passeront sans doute leurs journées dans l'un ou l'autre Métavers en délaissant leur famille et leurs amis. Mais il n'y a donc rien de neuf en soi. Rien de mal envers la télé, les médias sociaux, les jeux vidéo ou l'un ou l'autre Métavers, tant qu'on utilise tout cela à bon escient."

Merci infiniment, nous espérons que nos lecteurs y voient plus clair sur cette future nouveauté numérique.

Donnons-nous peut-être rendez-vous dans un an pour un nouveau sujet ou pour simplement une actualisation de ce concept.

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