Les actions pétrolières, ces mal aimées qui triomphent en 2022

Tableau des principaux indices boursiers au 16/09/2022

Alors que les bourses mondiales dépriment cette année, un secteur fait plus que tirer son épingle du jeu dans ce climat morose: celui de l’énergie, composé d’actions pétrolières et gazières. Comme on le voit sur le tableau ci-dessous, en Europe le secteur de l’énergie progresse en bourse de 18% cette année alors que tous les autres secteurs perdent entre 7 et 35%. Aux Etats-Unis, la performance du secteur énergétique est encore plus spectaculaire en 2022, soit + 44%, seul le service des collectivités parvenant aussi à être positif (+ 3.8%), les autres secteurs reculant entre 8 et près de 34%.

A noter que la surperformance du secteur de l’énergie est plutôt due aux années récentes car sur 5 ans annualisé, les sociétés pétrolières et gazières performent moins bien que celles, par exemple, du secteur technologique ou de la santé.

Tableau d'illustration

Signalons toutefois que le secteur de l’énergie n’a pas le même poids à Wall Street et sur les marchés boursiers européens. Le secteur de l’énergie représente ainsi 4.72% de l’indice S&P 500 américain, les 3 sociétés intégrées (Exxon, Chevron et Occidental Petroleum) représentant la plus grande partie (2.35%), les sociétés moins diversifiées (ConocoPhilips, Marathon Oil, etc.) comptant pour 2.15% et enfin les 3 équipementiers (Schlumberger, Halliburton, Baker Hughes) pesant 0.32%. En Europe, le secteur de l’énergie occupe une place plus importante, soit 6.29% de l’indice Stoxx 600 Europe. Les sociétés intégrées (TotalEnergies, Shell, BP, Equinor, ENI,…) se taillent la part du lion (5.78%), les sociétés moins diversifiées (Aker, Neste,…) ne représentant que 0.44% alors que le seul équipementier (Tenaris) compte pour 0.07%.

L’évolution des prix pétroliers oriente essentiellement le secteur de l’énergie, même si ces derniers mois la flambée des prix du gaz jouent aussi un rôle.

Mais pour bien comprendre de quoi il s’agit quand on parle de prix du pétrole, rappelons d’abord qu’Il y a actuellement près de… 300 types de pétroles différents dans le monde selon les champs pétrolifères exploités. Ces pétroles se différencient selon plusieurs propriétés (essentiellement la viscosité ou densité API et la teneur en soufre) les rendant plus ou moins faciles à raffiner. Les 3 produits pétroliers mondiaux les plus représentatifs (benchmarks) sont toutefois:

  • le brut West Texas Intermediate ou WTI d'Amérique du Nord (un mélange de bruts du Texas et du sud de l’Oklahoma), appelé aussi Texas Light Sweet. Le WTI est la référence dominante aux Etats-Unis;
  • le brut BRENT de la mer du Nord (un mélange de la production de différents champs pétroliers tels que Broom, Rannoch, Etive, Ness et Tarbert). Le Brent est la principale référence mondiale car il représente environ 2/3 du pétrole consommé dans le monde;
  • et le brut Dubaï Light ou FATEH, plus marginal, mais qui est une référence pour le marché asiatique.

Ces dernières années, les prix pétroliers ont fortement fluctué car soumis à plusieurs variables difficilement prévisibles. Souvenons-nous d’abord de la guerre des prix déclenchée, début mars 2020, par l’Arabie Saoudite Celle-ci avait multiplié les pressions, auprès de ses partenaires de l’OPEP+, pour obtenir une baisse de la production afin de s'adapter au déclin de la consommation en raison du début de l'épidémie de coronavirus. La Russie refusant toute diminution, Riyad avait alors décidé de baisser ses prix à des niveaux les plus bas depuis 20 ans afin de prendre des parts de marchés à la Russie… Un accord avait suivi, mais trop limité alors que l’offre restait abondante, d’autant que le pétrole de schiste US "dopait" l’offre.

Et pour compliquer ce constat, le 20 avril 2020, le WTI s’est effondré, valant - 37.63 USD le baril (oui oui un prix négatif!), les capacités de stockage aux USA étant à un niveau critique. L’effondrement des prix pétroliers étant amplifié par l’expiration d’un contrat à terme incitant les investisseurs à se délester du pétrole à tout prix!

Graphique d'illustration

Depuis cette période, la situation a complètement changé, les prix pétroliers étant clairement sur une tendance haussière. Mais comment expliquer cela alors que, de plus en plus, les dernières années, les actions pétrolières étaient stigmatisées, mal aimées, rejetées notamment par les fonds "verts" ou durables étant donné la prise de conscience de l’urgence climatique et le rejet des énergies fossiles, très polluantes?

Dans un premier temps (à partir de mai 2020), les cours du pétrole ont progressivement remonté, portés par la reprise économique qui s'accompagnait d'une demande toujours plus forte en carburant. Par ailleurs, la baisse du dollar - au plus bas depuis début janvier 2020, contre un panier de devises – a favorisé également pendant quelques mois les achats de pétrole en dehors des Etats-Unis. Ne cotant que 19.33 USD le 21 avril 2020, le baril de Brent a ainsi atteint près de 99 USD la veille de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le début de la guerre en Ukraine a alors propulsé le prix du baril de Brent jusqu’à un maximum de 127.98 USD le 8 mars dernier. Mais depuis début juin, le prix de "l’or noir" s’est progressivement dégonflé et le baril de Brent ne vaut plus aujourd’hui qu’environ 91 USD, essentiellement à cause d’un risque grandissant de récession économique qui provoquera vraisemblablement une baisse de la demande de produits pétroliers.

Le triomphe de la thématique pétrolière perdurera-t-il  alors à l’avenir? En tout cas, le pétrole pourrait profiter des pressions inflationnistes: en effet, pour se protéger contre l'inflation, certains investisseurs envisagent d’investir dans les matières premières dont le pétrole fait partie…

Mais le prix du pétrole restera volatile car soumis à des pressions inverses. D’une part une pression haussière à cause en particulier des éléments suivants:

  • l’offre de pétrole russe a diminué ces derniers mois;
  • l’OPEP+ régule toujours fortement ses approvisionnements;
  • on arrive doucement à la fin du programme d’utilisation massive des réserves stratégiques US (les vannes de celles-ci sont ouvertes, depuis mai et jusqu’en octobre, pour tempérer la surchauffe des prix pétroliers);
  • La probabilité augmente d’une utilisation accrue du pétrole pour chauffer l'Europe en hiver, alors que la Russie tient les Européens en otage pour l'approvisionnement en gaz.

D’autre part, une pression baissière due aux éléments suivants:

  • l’activité économique mondiale ralentit sensiblement comme on l’a souligné ci-dessus;
  • la Chine, principal importateur mondial de pétrole est pour l’instant moins demandeuse de pétrole car elle (re)confine régulièrement des régions économiques importantes (comme Chengdu récemment) dans le cadre de sa politique zéro-Covid dès que quelques cas de coronavirus sont déclarés…

Tous ces éléments font que, depuis fin juillet, le secteur pétrolier coté en bourse est plutôt sur une tendance stable après sa forte progression pendant près de 2 ans. Certains investisseurs ont d’ailleurs pris leurs bénéfices – ou une partie de ceux-ci – sur leurs investissements pétroliers, d’autant que l’Europe vient de décider de taxer les "superprofits" des opérateurs d’énergie, notamment fossiles (pétrole, gaz, charbon).

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