Le Numérique Responsable - Episode 2

Après l’épisode 1, où nous rencontrions Thierry Geerts pour aborder le Numérique Responsable auprès de Google, c’est maintenant Olivier Vergeynst que nous avons la chance d’interviewer.

Olivier, nous nous sommes contactés via LinkedIn. Nous ne nous connaissions pas, peux-tu nous expliquer qui tu es et ce que tu fais aujourd’hui?

Olivier: "Bonjour Fabian, merci d’avoir pris contact avec moi pour aborder ce sujet qui m’occupe intensément au sein de l’Institut Belge du Numérique Responsable. Avant mon activité d’aujourd’hui, j’ai travaillé dans plusieurs entreprises, essentiellement dans le monde bancaire et les systèmes de paiement, mais toujours dans le secteur informatique. Et puis un jour, je me suis rendu compte que, si le numérique prend de plus en plus de place dans la vie de chacun d’entre nous, cela se fait sans pour autant en maîtriser les impacts environnementaux et sociaux. Je me suis alors formé au Numérique Responsable et j’ai initié l’Institut sur base de l’expérience française. Nous avons d’ailleurs beaucoup de 'connexions' avec nos homologues français."

Peux-tu nous expliquer ce que fait exactement l’Institut qui, me semble-t-il, est actuellement peu connu? Je me trompe?

Olivier: "L’Institut est une ASBL que nous avons créée en plein Covid, fin 2020. Notre association est donc encore très jeune, mais devient une référence en la matière, avec déjà plus de 70 membres dont de nombreuses grandes entreprises et administrations, de nombreux partenaires et des contacts fructueux avec différents pouvoirs publics. Notre ambition est d’informer les organisations de tous types (entreprises, administrations, associations, universités, etc.) ainsi que les citoyens sur les impacts du numérique, souvent méconnus ou sous-estimés, et de leur fournir des moyens, des outils et des bonnes pratiques pour réduire ces impacts environnementaux et sociaux, tout en maximisant les bienfaits que le numérique peut apporter à la société. Il s’agit donc de responsabiliser les entreprises et les citoyens sur l’utilisation du numérique. Alors, entendons-nous bien, nous ne disons pas qu’il faut se passer du numérique: nous vivons dans un monde où la technologie a pris une place primordiale et elle peut nous aider à résoudre des problèmes tels que la transition énergétique. Mais cela ne peut être fait aveuglément, car l’empreinte du numérique est énorme même si quasi invisible. Sur le vaisseau Terre, où les ressources ne sont pas infinies, il faut donc changer notre manière de consommer le numérique. C’est la raison pour laquelle nous sommes de plus en plus conviés à l’organisation de conférences, de webinaires, de formations pour accompagner chacun d’entre nous vers une utilisation raisonnée des outils digitaux."

Quand tu parles d’empreinte environnementale, j’imagine que tu penses essentiellement à la réduction des gaz à effet de serre. Et par là, comment réduire le CO2 émis en lien avec les outils digitaux. Je pense que nos lecteurs sont déjà conscientisés personnellement sur quelques astuces pour réduire leur impact. Pensons par exemple à moins chauffer leur habitation, placer des panneaux solaires et photovoltaïques, se déplacer de façon plus responsable,… mais comment est-ce envisageable avec le numérique?

Olivier Vergeynst

Olivier: "L’empreinte environnementale du numérique est énorme, que ce soit en termes de consommation de ressources, d’énergie, de pollution de l’eau, des sols et de l’air, etc. Mais le focus principal des organisations est actuellement sur les émission de gaz à effet de serre, et c’est aussi l'un de nos axes de travail. Le Numérique représente aujourd’hui environ 4% des émissions de CO2, ce qui est déjà immense et supérieur aux émissions de l’aviation civile mondiale. A la vitesse où s’accélèrent nos usages numériques et une empreinte qui croit de 9% par an, on est en droit de s’inquiéter de l’avenir…

L’essentiel de l’empreinte environnementale du numérique vient de la fabrication de nos équipements (télévisions, smartphones, laptops, montres connectées, caméras de sécurité, etc.). 80% de l’empreinte environnementale des smartphones provient de leur fabrication, dont une grande partie due à l’extraction des nombreux métaux qui les composent, dont les fameuses terres rares. Ces mêmes métaux dont on a aussi besoin pour la fabrication d’équipements médicaux permettant de lutter contre les cancers, ou de générer des énergies renouvelables. La question à se poser est alors 'dois-je toujours avoir le dernier téléphone à la mode?' ou bien 'ne prolongerait-on pas chacun de 2 ou 3 ans la durée de vie de son téléphone pour permettre d’autres usages plus judicieux de ces ressources limitées?'.

L’impact de l’utilisation de nos équipements est aussi important. Lorsque l’on consulte les réseaux sociaux ou des vidéos en ligne, on génère une consommation d’énergie importante pour aller chercher des données (vidéos/photos) stockées et traitées dans des datacenters partout dans le monde, dont certains en Europe ou en Belgique. L’explosion du nombre de datacenters, la quantité d’équipements qu’ils renferment, que l’on doit fabriquer puis alimenter en électricité et refroidir, la consommation d’eau aussi, sont directement liés à l’accroissement de nos usages numériques. De même pour les réseaux, dont la 4G saturée par les vidéos que nous regardons en ligne pendant nos déplacements, ce qui force le déploiement de la 5G. Si cette dernière apporte certains avantages, en particulier pour les usages industriels, on peut légitimement questionner son utilité relative face à la crise environnementale que nous vivons, d’autant que cette technologie encourage une surconsommation d’équipements connectés bien souvent futiles et à trop courte durée de vie."

Donc la fabrication des produits est la plus énergivore. C’est là que nous pouvons tous mettre notre pierre à l’édifice. Retenons alors qu’une garde plus longue est à privilégier voire acheter du matériel reconditionné auquel on donne une seconde vie. Tu abordes aussi et à juste titre l’utilisation des réseaux sociaux et les échanges de données. Quels moyens l’Institut propose-t-il de mettre en place dans notre quotidien? Ces réseaux sont tellement passés dans nos habitudes quotidiennes qu’à tout moment de la journée, on consulte des posts/stories sans même en avoir besoin?

Olivier: "Effectivement, on peut toutes et tous travailler sur ces gestes, devenus des réflexes. Les citoyens doivent se poser la question du réel besoin. Quand on sait que 2 milliards de vidéos sont regardées chaque jour sur YouTube, c’est impressionnant et en a-t-on vraiment besoin? Je répète, le but n’est pas de ne plus rien utiliser mais de donner l’information qui permet à chacun de connaître son empreinte et de décider consciemment de ses actes en réduisant certains usages, comme on peut déjà le faire pour l’avion, la voiture ou des choix de nourriture. Eviter le binge watching1, baisser la qualité de la vidéo et empêcher le démarrage automatique sont 3 initiatives qui ont déjà des répercussions positives. J’insiste très fort sur la vidéo et les films à cause de la quantité de données transmises; c’est moins le cas pour le streaming de musique ou de podcast via des plateformes uniquement audio. Limiter aussi le nombre de photos et vidéos que l’on prend, que l’on stocke dans le cloud, que l’on envoie par message ou que l’on poste sur les réseaux sociaux permet aussi de générer moins de données, dont beaucoup n’ont qu’une durée d’utilisation très courte voire anecdotique, et pourtant passeront des années sur des serveurs de stockage de données."

On parle beaucoup des consommateurs privés depuis le début de cette interview mais qu’en est-il au niveau des entreprises? Par exemple, chez CBC, nous avons mis en place dans chaque département des réflexions qui visent à nous améliorer dans notre day-to-day. Cela passe par de petites choses, limiter au maximum nos impressions de papier, les gobelets en carton ou plastique sont désormais interdits mais dans le numérique, quelles sont tes recommandations?

Olivier: "Les entreprises ont investi énormément durant la crise Covid pour fournir des solutions de communication interne voire externe. Cela nécessite l’utilisation accrue du net et de la bande passante (celle qui véhicule les données). On ne peut plus faire sans mais il faut l’utiliser de façon responsable. Tout comme les particuliers, les entreprises peuvent travailler en priorité sur leurs équipements. En acheter moins et les renouveler moins souvent. Eviter d’équiper chaque salle de réunion de télévisions, ne pas équiper chaque bureau de double écran. Allonger la durée de vie des PC et smartphones, et organiser la seconde vie de ceux-ci. Une action spécifique aux entreprises est d’écoconcevoir leurs services numériques, afin de réduire leur empreinte au sein de l’entreprise mais aussi celles de leurs clients, tout en favorisant l’accessibilité et l’inclusion. Et puis, comme tu parles de gestes simples, il y a bien entendu les e-mails, même si leur impact est relativement plus limité. Limitons les images et pièces jointes aux e-mails, limitons le nombre de e-mails envoyés et le nombre de destinataires, vidons notre corbeille d'e-mails, nettoyons aussi régulièrement les données présentes dans le cloud et parfois obsolètes."


Voilà effectivement quelques bonnes pratiques assez simples à suivre. Le digital prendra de plus en plus de place mais utilisons-le mieux afin que le numérique ne prenne pas trop de place d’un point de vue environnemental et sociétal. N’hésitez pas à consulter le site de l’Institut pour suivre les activités à venir dans le monde du Numérique Responsable.

Olivier, merci de ta collaboration à cet article. J’espère que nous pourrons refaire le point d’ici 1 an et voir si l’évolution est positive ou s’il est nécessaire de renforcer la prévention.

Sources: How Much Data Is Created Every Day in 2023? (techjury.net)

1 Le binge-watching est la pratique qui consiste à regarder la télévision ou tout autre écran pendant de plus longues périodes de temps que d'habitude, le plus souvent en visionnant à la suite les épisodes d’une même série.

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