Au cœur d’Automation & Robotics, l’histoire de Margaux inspire et mobilise
Au sein de l’entreprise verviétoise Automation & Robotics, leader mondial dans le contrôle qualité des verres ophtalmiques, l’histoire de Margaux n’est pas seulement celle d’une jeune femme touchée par une maladie héréditaire. C’est surtout celle d’un parcours et d’un accompagnement qui ont impacté durablement à la fois la société, sa collaboratrice et ses collègues. Sous l’impulsion de Laurent Provost, CEO d’Automation & Robotics, cette mobilisation a conduit à la création de la Fondation Grain de Soleil, destinée à soutenir la recherche scientifique et à accompagner Margaux dans son quotidien.
Comment s’est déroulée votre rencontre avec Margaux?
Laurent: "Margaux a d’abord étudié l’orthoptie, la "kiné des yeux" mais en troisième année, la maladie (l’ataxie de Friedreich) l’a obligée à arrêter. Elle a alors suivi une formation en bureautique destinée aux personnes en situation de handicap.
Dans le cadre de sa formation, Margaux nous a contactés pour un stage mais, pour diverses raisons, n’a reçu aucune réponse. Un jour, en passant devant l’entreprise, elle s’est présentée en expliquant qu’elle souhaiterait au moins une réponse à sa demande, même négative. Sa franchise et sa détermination nous ont immédiatement marqués et quelques jours plus tard, elle commençait son stage. Six mois après, elle signait un CDD.
Aujourd’hui, elle travaille en CDI, avec un aménagement d’horaire adapté à sa situation. Concrètement, Margaux gère la documentation de toute l’entreprise."
À quel moment avez-vous senti que son parcours, pourtant fragilisé par la maladie, cachait une force et un potentiel qui méritaient une vraie place dans l’entreprise?
Laurent: "Très vite. Margaux ne veut pas subir la maladie, elle veut vivre malgré cette dernière. Lors de notre première rencontre, nous avons été transparents: l’entreprise n’était pas adaptée. Elle nous a simplement répondu: "C’est à moi de m’adapter".
Au fil du temps, une relation de confiance s’est installée. J’ai progressivement mieux compris la maladie et surtout ce qu’elle implique: chaque jour, Margaux doit faire le deuil d’un geste, d’une capacité ou d’un repère qu’elle avait encore la veille.
Elle nous inspire au quotidien, notamment au travers du plaisir qu’elle prend à venir travailler alors que rien ne l’y oblige. Une situation sans activité professionnelle serait même plus avantageuse pour elle sur le plan financier. Et pourtant, elle a choisi la vie active: le travail, la relation, l’utilité,... Sa résilience me bouleverse et sa force m’interpelle. Elle m’oblige à regarder autrement ce qui compte vraiment."
Comment les équipes ont-elles réagi? Et pourquoi Margaux est-elle devenue une figure si forte d’A&R?
Laurent: "Il y a toujours quelqu’un pour lui ouvrir une porte, l’aider à se déplacer, l’accompagner si besoin. Mais surtout, Margaux participe à tout: le jogging du zoning grâce à une poussette adaptée, ou le week-end famille en Zélande.
Son énergie aide à créer ce lien et on se demande parfois où elle trouve cette force.
Pour moi, c’est un rappel puissant: la culture d’entreprise ne se décrète pas, elle se vit au travers de personnes inspirantes comme elle."
L’engagement d’A&R s’est-il traduit par des transformations concrètes?
Laurent: "Oui car la maladie évolue trop vite: quand Margaux est arrivée il y a quatre ans, elle se déplaçait encore avec une canne. Aujourd’hui, elle est en fauteuil roulant. Au fur et à mesure, nous avons procédé à une série d’adaptations: ascenseur, rampes, poste de travail, équipements, stationnement… Rien d’extraordinaire, mais chaque geste était concret."
Vous avez mené un véritable combat administratif, politique et international pour tenter de rendre accessible un traitement extrêmement coûteux. Qu’est-ce qui vous a poussé à aller aussi loin dans ce parcours du combattant?
Laurent: "Pendant longtemps, Margaux s’est accrochée à l’espoir d’un médicament. Un traitement déjà remboursé aux États-Unis et dont elle espérait voir le remboursement validé en Europe (ce qui est arrivé fin 2024). Mais la Belgique, contrairement à d’autres pays, a refusé de suivre la décision européenne.
Nous nous sommes alors dit qu’il fallait se tenir à ses côtés et nous avons frappé à beaucoup de portes.
Aujourd’hui, la situation reste complexe, mais un espoir renaît avec une piste médicale en France. Ce que nous essayons de faire, c’est de la soutenir dans l’attente."
La création, par vos collaborateurs, d’une fondation pour soutenir Margaux est un geste extrêmement fort. Comment l’expliquez-vous?
Laurent: "Début 2025, j’ai réuni quelques amis, collègues et partenaires avec Margaux. Nous lui avons demandé quelles étaient ses trois priorités.
Elle nous a répondu: "accéder à un traitement, préserver mon autonomie et ma dignité et faire entendre ma voix pour aider d’autres personnes."
Nous nous sommes mis en marche, ainsi est née la Fondation Grain de Soleil. Elle regroupe dix administrateurs venus de milieux différents mais unis par une seule volonté: soutenir Margaux et, à travers elle, la recherche.
Ainsi, la moitié des fonds soutiennent la recherche scientifique et l’autre moitié vise à aider Margaux dans son quotidien: logement adapté, accompagnement, sensibilisation.
Ensemble, nous sommes capables de faire vivre la solidarité. Et je crois sincèrement que cela renforce l’entreprise autant que cela aide Margaux."
Si vous deviez transmettre un message aux entreprises, aux décideurs publics, aux familles touchées par le handicap, quel serait-il?
Laurent: "Je pense que les entreprises ne mesurent pas toujours la force qu’elles ont entre les mains. Elles peuvent offrir bien plus qu’un salaire: une place, une dignité, une raison de se lever le matin.
Aux décideurs, je dirais de mettre de l’humain là où, trop souvent, seuls les chiffres comptent. Il est important de se souvenir que, derrière chaque dossier, il y a une vie et une histoire.
Et j’aimerais dire aux familles de ne pas rester seules.
Commençons par voir les personnes avant de regarder leur handicap. Apprenons à marcher au rythme de ceux qui avancent moins vite parce qu’en réalité, ils ont beaucoup à nous apprendre."
Je pense que les entreprises ne mesurent pas toujours la force qu’elles ont entre les mains. Elles peuvent offrir bien plus qu’un salaire: une place, une dignité, une raison de se lever le matin.
Laurent Provost, CEO d’Automation & Robotics