Randy Francart, Julie Abraham, Benoît Misonne et Nicolas Charlier

Quand CBC aide à rendre la pierre bleue plus verte

Depuis toujours, les Carrières de la Pierre Bleue Belge font partie du décor à Soignies. Forte de ses 150 employés pour un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros, l’entreprise extrait des blocs du précieux matériau, qu’elle découpe ensuite en tranches dans ses ateliers, avant de les expédier aux tailleurs marbriers et autres professionnels de la construction. "Notre présence remonte à plusieurs siècles", rappelle Julie Abraham, dirigeante de la 5e génération de cette entreprise familiale. "Les habitants de Soignies et des environs, ainsi que leurs familles, connaissent les carrières depuis toujours. Beaucoup y travaillent ou y ont travaillé."

Initier un trajet

Un ancrage qui n’empêche pas de bousculer l’établi. Dès ses premières années aux commandes, la CEO a eu à cœur de décrocher un certificat environnemental ISO 14001 – un cas unique dans le secteur – et d’établir une charte environnementale. Puis, consciente que les problématiques environnementales et sociales ne peuvent se limiter à des audits de certifications ISO, Julie Abraham a engagé son entreprise dans un processus ESG beaucoup plus large. Objectif: réduire, à travers une série d’initiatives, son impact environnemental et, de façon plus large, améliorer l’ensemble de ses pratiques. "Dans nombre de PME wallonnes, on voit les nouvelles générations de dirigeants porter ces valeurs, c’est évidemment enthousiasmant", pointe Nicolas Charlier, Directeur Général du marché des entreprises chez CBC Banque.

Randy Francart

Lorsqu’il y a quelques mois, Julie Abraham évoque ses importants projets avec son conseiller bancaire, ce dernier la met en contact avec Randy Francart, expert en transition durable de CBC.

Les rendez-vous changent alors de physionomie, et les conversations débordent bien au-delà du passage en revue d’un bilan financier. "Souvent, une banque n’intervient dans une entreprise qu’en réaction à une sollicitation de financement", souligne Randy Francart.

Approcher l’avenir sous l’angle de la durabilité permet de changer d’optique et de faire découvrir à nos clients des opportunités dont ils ne sont parfois pas conscients, puis de les aider à les concrétiser. Nous augmentons ainsi l’impact positif de nos accompagnements.

Randy Francart, expert en transition durable chez CBC

L’expert voit aussi son rôle comme celui d’un facilitateur qui, notamment par la mise en connexion avec des partenaires potentiels, peut accélérer les projets vertueux.

Déchets, eau potable et biodiversité

Au sein des Carrières de la Pierre Bleue, ces projets couvrent un très large spectre. À commencer par l’ouverture de tout nouveau gisement. Avant de créer une paroi verticale pour le découpage des blocs, accéder à la pierre requiert d’évacuer de larges volumes de roches stériles et autres couches de calcaire. "Toutes les chutes, ainsi que la pierre bleue non exploitable, sont revalorisées par des partenaires qui en font des granulats", résume Julie Abraham. "Par ailleurs, afin de préserver au maximum la pierre bleue, aucun explosif n’est utilisé. À ce niveau, nous sommes donc zéro déchet."

Dans le but de perturber le moins possible l’environnement, les grands volumes d’eau de pompage nécessaires aux opérations sont aujourd’hui remis à la rivière en aval. Un autre projet permet, avec le concours de la Société wallonne des eaux (SWDE) et de l’Intercommunale de développement économique et d’aménagement du cœur du Hainaut (IDEA), de canaliser de l’eau pompée, puis de la traiter dans une station de potabilisation locale afin de l’injecter dans le réseau public potable. Par ailleurs, les palettes envoyées aux clients sont cautionnées et récupérées pour être réutilisées ou réparées.

L’entreprise tente aussi de limiter au maximum son impact paysager. Avec l’association Natagora, elle procède à des bilans réguliers de biodiversité. Avant d'ouvrir une nouvelle zone, les espèces à protéger sont répertoriées et, si nécessaire, déplacées avec leur environnement avant de creuser. Les lieux d’extraction peuvent aussi devenir de nouvelles niches de biodiversité. L'un d'eux accueille entre autres un remarquable hibou grand-duc, auquel les parois offrent un lieu de nidification idéal.

Réduction du CO2

Avec d'autres, les Carrières sont signataires de la "convention carbone" passée avec la Région wallonne. L’engagement consiste à augmenter durablement l’efficacité énergétique, à élever la part des énergies renouvelables et à réduire résolument les émissions de carbone. Guidée par divers indicateurs de performance et objectifs à atteindre, l’entreprise a ainsi mis en place plusieurs améliorations, d’un pompage d’eau plus efficace à une meilleure utilisation des machines d’extraction. "Nous évitons qu’elles tournent à vide et minimisons leurs déplacements sur site", précise Julie Abraham.

Au-delà, la pierre bleue a pour qualité de n’être transformée que par des moyens mécaniques – donc sans procédé chimique ou thermique – et dès que possible alimentés par de l’énergie renouvelable. Autant d’atouts, dont les premières analyses de cycle de vie remontant à 2007, que la CEO voudrait voir mieux valorisés. De fait, la pierre bleue doit régulièrement rivaliser avec des matériaux et concurrents étrangers moins vertueux. Randy Francart note ici l’évolution positive de la Wallonie qui intègre progressivement, à travers l’échelle de performance CO2, des critères environnementaux dans les cahiers des charges des marchés publics.

Un lieu sûr et divers, une communication ouverte

La dimension sociale de l’ESG est aussi très précieuse aux yeux de la dirigeante. "Les nombreuses actions sur le terrain ont permis de diminuer les accidents de travail de moitié. Nous améliorons constamment l’ergonomie et veillons à minimiser l’impact de la poussière et du bruit." Ici encore, l’entreprise travaille en bonne entente avec ces partenaires que sont l’Agence fédérale des risques professionnels et son service externe de prévention et de protection au travail.

Julie Abraham est aussi heureuse de voir évoluer dans son entreprise des employés de toutes origines et cultures. Même si elle souhaiterait recruter davantage de femmes sur les carrières et dans les ateliers, elle se réjouit de l’accueil qui leur est fait par leurs homologues masculins.

Autre enjeu: celui de bon voisinage. Les roues des camions sont nettoyées à chaque sortie de site afin de préserver les voiries et les riverains. Trois à quatre fois par an, les représentants des riverains sont par ailleurs invités à des réunions pour les informer de nouveaux développements et mesures de bruit et de qualité de l’air. 

Carrière du 21e siècle

Armées de ces principes et bonnes pratiques, les Carrières ont voulu faire d’un nouveau site d’exploitation – le Tellier des Prés – un cas d’école. Ouvert en 2006 sur 167 hectares, il reste à l’écart de toute zone naturelle protégée. Les terres de découverture y sont évacuées par voie hydraulique souterraine plutôt que par camions, préservant intégralement les champs aux alentours et limitant le charroi local.

Julie Abraham

Une bonne partie de ces terres sont déversées dans une ancienne carrière inondée. "L’idée est d’en faire remonter le fond jusqu’à un niveau qui offrira à la vie animale et végétale de se redévelopper", explique Julie Abraham. Le bruit, la poussière et la gestion de l’eau font, ici encore, l’objet d’analyses scrupuleuses et d’actions concrètes. C’est aussi là que l’entreprise réfléchit à un projet d’électrification verte à travers le raccordement à des éoliennes bientôt en construction ainsi qu’à l'île photovoltaïque flottante du Perlonjour, à Soignies.

Quand la banque actionne le levier ESG

Cette conscience ESG a percolé dans toute l’entreprise. "Le sujet est régulièrement abordé par les comités de management, et même si nous avons un responsable attitré, beaucoup d’initiatives, comme le passage à l’éclairage LED, émanent directement des équipes", pointe la CEO. Le résultat d’un patient travail de sensibilisation et de communication interne.

Randy Francart se réjouit d’accompagner ces progrès. "Les secteurs miniers et de production disposent d’effets de levier ESG nettement plus puissants que les activités de services. Ce qui se passe ici est dès lors très inspirant pour moi et mes autres clients. Car toutes les entreprises peuvent encore progresser." Selon l’expert, les sociétés l’impliquent de plus en plus souvent en amont de grands projets, comme des investissements dans de nouveaux bâtiments, afin d’intégrer d’emblée la dimension ESG.

Ravi de voir CBC accompagner ce fleuron hennuyer, Nicolas Charlier conclut: "Notre métier prend tout son sens quand, à côté de dossiers classiques, nous pouvons ajouter une plus-value de durabilité. Ce n’est pas seulement une question de valeurs, mais aussi de rationalité économique. À terme, et même si les cadres réglementaires incitatifs tardent parfois à se mettre en place, ces investissements consentis par les entreprises paieront."

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