Financer l’export: les clés d’un succès collectif
Quand on lui demande de présenter sa société en quelques mots, Romain Dufrasne hésite entre l’activité et la mission. Puis tranche pour la seconde: "Nous voulons diminuer l’impact sanitaire et environnemental d’un déchet hospitalier en amenant son traitement dans une logique circulaire."
Pivot stratégique
Héritière de l’ADN des Ateliers mécaniques du Borinage (AMB), dont les machines-outils équipaient les mines hennuyères, Ecosteryl a opéré un pivot stratégique complet au début du siècle. C’est à cette époque que, à la suite d’une flambée du virus Ebola en Afrique, les Nations Unies reconnaissent formellement les déchets médicaux comme importants vecteurs de transmission de maladies. Avec divers appuis universitaires et scientifiques, la société montoise entreprend alors de développer une technologie de traitement des déchets médicaux à risque infectieux par micro-ondes. "Bien avant le Covid, nous sommes nés en réponse à des nécessités de prévention épidémique", rappelle le CEO. "Lors de séjours en Afrique, j’avais moi-même pu voir des animaux, et même des enfants, marcher dans des décharges où ces déchets étaient déversés."
Les machines d’Ecosteryl broient et décontaminent seringues, gants, masques et autres compresses par chaleur sèche. Elles permettent de les transformer en particules puis de trier ces résidus secs et de les revaloriser comme on le ferait de déchets communs. La solution réduit les volumes de 80%. Alternatives aux décharges, à l’incinération et aux autoclaves, elles évitent les amoncellements dangereux, les rejets de fumée et d’odeurs, et les déperditions d’eau et d’énergie.
Enjeux planétaires, compréhension locale
À ce jour, plus de 200 dispositifs ont été vendus sur les cinq continents, principalement dans des hôpitaux et centres de traitement. "Les enjeux de santé auxquels nous répondons sont planétaires, et le marché croît de 8 à 9% en moyenne chaque année", avance Romain Dufrasne, qui cite la démographie mondiale et le vieillissement de la population au nombre des mégatendances qui portent le secteur. Opérer avec succès suppose toutefois d’accompagner très étroitement le client. "C’est fondamental. Car si je crois profondément dans les technologies disruptives pour améliorer les conditions de vie, le succès de leur implémentation passe par la proximité et la compréhension fine des besoins et réalités industriels au quotidien." Bien que la vente des machines assure le gros du chiffre d’affaires, les services d’installation et de maintenance jouent ici un rôle clé. Chaque mise en service suppose en effet une présence sur place de trois semaines, afin de former les utilisateurs. "Ce qui nous importe, c’est qu’une fois installée, la machine soit utilisée à son plein potentiel et durablement", souligne Romain Dufrasne.
L’export au cœur
Sa première machine, c’est en France qu’Ecosteryl l’a vendue. Un pays dont les règles en matière de décontamination comptent parmi les plus exigeantes au monde. Voici quelques mois, Ecosteryl y a conclu l’acquisition de Bertin Medical Waste, spécialisée dans les installations compactes. Percer en France a offert à l’entreprise la possibilité d’actionner ailleurs son approche novatrice. Aujourd’hui, l’exportation demeure le cœur de la stratégie. Notamment vers des destinations lointaines comme l’Afrique et le Moyen-Orient. Cette activité de grand export est porteuse d’incertitudes, cependant. Romain Dufrasne évoque à ce titre l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un important donneur d’ordres dont les budgets ont été sévèrement affectés par le retrait récent des États-Unis. Des décennies de déploiement à l’international garantissent toutefois à Ecosteryl de pouvoir surmonter ces aléas. "Notre chance est de fonctionner avec le monde entier. Cela diversifie le risque. Si un projet est freiné quelque part, il y en a toujours un autre qui se concrétise ailleurs. Car chaque géographie présente ses propres contraintes, mais aussi ses opportunités."
Courbe d’apprentissage commerciale… et financière
Senior Manager Specialized Finance chez KBC Securities, Yannick Maes accompagne régulièrement de grandes entreprises et des PME dans leurs transactions à l’international. Il note que toutes suivent une courbe d’apprentissage dans leurs contrats, qu’ils soient commerciaux ou financiers. "Chaque transaction de financement est différente, mais on n’en comprend vraiment toutes les dimensions et les angles d’optimisation qu’après en avoir mené plusieurs. Ecosteryl disposait déjà d’une grande expérience lorsque nous avons commencé à travailler ensemble il y a sept ans. Néanmoins, je crois qu’elle est encore bien plus avancée aujourd’hui." "Nous connaissons Ecosteryl depuis plus de sept ans, mais nous avons contribué à la mise en relation avec Yannick et les experts de KBC Securities", complète Nicolas Charlier, Directeur Général Marché des Professionnels et Entreprises chez CBC Banque. "Dans tout deal, offrir à un client étranger une solution de financement d’achat constitue un sérieux avantage compétitif", ajoute-t-il.
Écosystèmes clients et financeurs
S’ils sont exposés aux problématiques de gestion des déchets, les acteurs auxquels s’adresse Ecosteryl ne disposent, le plus souvent, ni de la connaissance des solutions disponibles ni d’un cadre réglementaire leur permettant de se déployer. Parfois, le travail consiste aussi à convaincre les partenaires d’un hôpital central (logisticiens, collecteurs, hôpitaux partenaires) et travailler ainsi à un écosystème favorable, incluant les autorités locales, politiques et de santé. "Dans la plupart des marchés que nous approchons, tout reste à faire", confie le CEO. "Parler de lobbying peut faire froncer des sourcils, surtout à quelques kilomètres de Bruxelles. Mais en l’occurrence, ce sont des dialogues positifs qui sauvent des vies humaines et ont un impact positif sur l’environnement. Nous l’assumons donc totalement." Ici encore, disposer d’une banque rompue aux transactions internationales est un atout, en particulier dans un contexte géopolitique mondial en pleine évolution. "Avec le repositionnement des chaînes de valeur, les marchés bougent", observe Romain Dufrasne. "Nous voulons faire bénéficier les exportateurs de nos contacts et de notre expérience avec d’autres entreprises belges sur ces nouveaux territoires.". "Les équipes de KBC Securities sont aussi proches des autres acteurs-clés de l’export belge et wallon que sont l’Awex, l’assureur-crédit Credendo ECA (l’agence publique belge de crédit à l’exportation) et l’instance fédérale Finexpo", ajoute Nicolas Charlier. À cet égard, Romain Dufrasne apprécie nettement l’organisation de l’équipe de KBC Securities, basée à la fois sur la connaissance du terrain et sur l’intimité avec le client: "Nous n’avons qu’un nombre limité d’interlocuteurs, et nous ne devons pas leur répéter nos réalités industrielles à chaque opération."
Discussions en amont
Voilà quelques semaines, Yannick Maes participait d’ailleurs à une mission commerciale à l’étranger, au sein de laquelle Ecosteryl était présente afin de mener à bien un contrat. "Nous avons pu nous aussi discuter avec les parties prenantes d’Ecosteryl ainsi qu’avec le ministère des Finances local et d’autres institutions en vue de boucler la transaction", détaille-t-il. Les transactions impliquent fréquemment d’autres grands bailleurs internationaux tels que l’OMS ou les Nations Unies, à travers des appels d’offres auxquels Ecosteryl a coutume de répondre. Pour ces clients comme pour d’autres, une opération s’envisage toujours plusieurs mois ou années à l’avance. "C’est également le cas pour le volet financier, qui fait partie intégrante de la transaction commerciale", avance Yannick Maes. "C’est pourquoi, afin de trouver la meilleure solution financière, nous menons des discussions avec nos clients très en amont."
Débloquer des projets
Comment, concrètement, la collaboration entre CBC Banque & Assurance et KBC Securities s’opère-t-elle? "Les experts de KBC Securities interviennent, entre autres, sur le volet international et les crédits acheteurs", éclaire Nicolas Charlier. "Les équipes d’analystes financiers et trade finance de CBC se chargent, quant à elles, du crédit à l’entreprise exportatrice ou de la mise en place de garanties d’acomptes et de bonnes résolutions. Parfaitement complémentaires, nous voulons que ces expertises aident vraiment nos clients à développer leur business." Romain Dufrasne acquiesce: "Nous avons pu proposer à certains clients des solutions de financement créatives et sur mesure qui ont permis de débloquer les projets. Une transaction réussie est le fruit d’un travail collectif de plusieurs maillons d’une même chaîne."
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