La Chine intensifie son offensive régulatoire en s’en prenant à Alipay (Groupe Alibaba)

A RETENIR:

  • Le fait du jour - La Chine intensifie son offensive régulatoire en s’en prenant à Alipay (Groupe Alibaba). Hier matin le cours d’Alibaba a lourdement chuté, faisant lui-même déraper l’indice Hang Seng à Hong Kong. La raison principale, que nous détaillons ci-dessous, est le nouveau tour de vis des autorités de Pékin, s’en prenant cette fois en particulier aux très lucratives, et en fort développement, activités de prêt d’Alipay. Après-midi, l’action Alibaba également cotée à New York a souffert de cette nouvelle. Mais que pensent les analystes de l’action Alibaba après la lente descente aux enfers de ces derniers mois? Réponse dans cette chronique.
  • Nouvelles économiques et financières: Journée particulièrement calme au niveau économique hier. Mais selon un sondage de Bloomberg, relayé par l’Echo, les économistes s’attendent à ce que l’inflation en zone euro culmine à 3.2% au 4e trimestre 2020, avant de retomber sous les 2% d’ici la mi-2022.
  • À propos des marchés boursiers: les bourses européennes et américaines ont montré peu d’entrain hier, les acheteurs et les vendeurs se neutralisant quelque peu, les uns craignant l’inflation, les autres mettant en avant la vigueur économique. Et justement, l’OPEP voit la demande de pétrole dépasser, en 2022, le niveau d’avant pandémie ce qui a continué à pousser les prix de l’or noir à la hausse. Et donc assez logiquement, les actions pétrolières ont été à la fête hier. Cela n’a par contre pas du tout été le cas de la biotech française Valneva qui s’est effondrée en bourse (-42%) suite à l’annulation d’un gros contrat avec le Royaume-Uni…
  • Bourses asiatiques et tendances prévues aujourd’hui: Ce matin (7h30), les marchés boursiers asiatiques évoluent en ordre dispersé, le Japon montant de 0.7% alors que les Hong Kong et Shanghai-Shenzhen baissent modérément de respectivement 0.1 et 0.3%. Les contrats à termes (futures) sur les marchés boursiers occidentaux indiquent actuellement des bourses en hausse tant en Europe qu’aux USA.
  • Aujourd’hui, au niveau économique, on connaîtra en début de matinée les statistiques du Royaume-Uni sur le marché du travail en septembre. Après-midi, aux États-Unis, on prendra connaissance des prix à la consommation en août. Au niveau des résultats de sociétés, rien d’important à signaler ce jour. Par contre tous les regards seront braqués sur la toujours très attendue « Keynote » d’Apple et notamment la présentation de l’iPhone 14, nouvelle mouture du célèbre portable.

Le fait du jour - La Chine intensifie son offensive régulatoire en s’en prenant à Alipay (Groupe Alibaba)

Hier matin, dans cette chronique, nous avons évoqué la baisse marquée de la bourse de Hong Kong. Celle-ci a finalement perdu 1.5% en clôture. 

Visuel d'illustration

C’est une information donnée par le Financial Times qui a mis le feu aux poudres et provoqué la chute de l’indice Hang Seng: selon le journal financier "Pékin va démanteler Alipay (Ant Group) et imposer la création d’une application de prêt distincte".  (Beijing to break up Ant’s Alipay and force creation of separate loans app | Financial Times (ft.com). Alipay fait donc partie d’Ant Group, qui est lui-même le bras financier d’Alibaba, un géant technologique chinois, coté à Hong Kong et à Wall Street.

À Hong Kong, Alibaba (dont le cours a chuté hier de 4.2%) représente 7.8% de l’indice Hang Seng et est la 4ème plus importante société cotée, derrière AIA Group (assurances), Meituan et Tencent (2 entreprises technologiques). 

En 2021, les revenus totaux d’Alibaba ont représenté 109,48 milliards USD, et son bénéfice net a atteint 22,94 milliards USD. Comme on le voit sur le tableau ci-dessous, extrait du rapport annuel 2021 du groupe Alibaba (ar2021.pdf (irasia.com). Celui-ci est tentaculaire:

Infographie ecosystem Alibaba

Pourquoi les autorités chinoises s’attaquent-elles aussi frontalement à Alipay? Selon le Financial Times, Pékin veut donc démanteler l’application Alipay et créer une application distincte pour l'activité très rentable de prêts de la société, dans la restructuration la plus visible à ce jour du géant de la fintech.

Les régulateurs chinois ont déjà ordonné à Ant Group de séparer de son activité principale les deux unités de prêt de la société - Huabei, qui est similaire à une carte de crédit traditionnelle, et Jiebei, qui accorde de petits prêts non garantis - dans une nouvelle entité et de faire entrer des actionnaires extérieurs.

Les responsables souhaitent désormais que ces unités de prêt disposent également de leur propre application indépendante. Le plan exigerait également que Ant remette les données des utilisateurs qui sous-tendent ses décisions de prêt à une nouvelle coentreprise distincte d'évaluation du crédit, qui serait en partie détenue par l'État.

Selon le FT, "Le gouvernement estime que le pouvoir monopolistique des grandes entreprises technologiques provient de leur contrôle des données". "Il veut mettre fin à cela".

Cette décision pourrait ralentir l'activité de prêt de Ant, dont l'énorme croissance de Huabei et Jiebei a en partie alimenté son introduction en bourse prévue l'année dernière et qui a finalement avorté début novembre 2020…. L'unité CreditTech, qui comprend les deux unités, a dépassé la principale activité de traitement des paiements de Ant pour la première fois au 1er semestre 2020, pour représenter 39% des revenus du groupe. La taille de l'unité, qui a contribué à émettre environ un 1/10 des prêts à la consommation non hypothécaires du pays l'année dernière, a surpris les régulateurs qui s'inquiétaient des "prêts prédateurs" et des risques financiers. On voit ci-dessous combien cette activité "CréditTech" (en bleu foncé) a pris de plus en d’importance au sein de Ant Group…

Graphique Ant's growing share of revenue from lending

Le Financial Times a ajouté que Ant Group s’est battu avec les régulateurs pour le contrôle de la nouvelle coentreprise. Un compromis aurait été trouvé selon lequel les entreprises publiques de sa province d'origine, y compris le Zhejiang Tourism Investment Group, détiendraient une participation majoritaire.

Très concrètement, si une équipe de Ant Group serait "pour l’instant" à la tête de la nouvelle co-entreprise, «la nouvelle configuration veillera également à ce qu'Ant écoute le parti lorsqu'il s'agit de prendre des décisions critiques."

Une des conséquences du changement c’est que les procédures d’acceptation de crédit seront plus lourdes et longues car devant passer devant différentes instances. Actuellement le processus est entièrement intégré à Alipay et "les décisions de crédit sont prises en quelques secondes"…

Plus globalement il faut savoir qu’Alipay est une application devenue incontournable en Chine, où le cash a quasiment disparu et l'immense majorité des paiements se font à partir d'un smartphone. Elle domine le marché avec son concurrent WeChat Pay de Tencent. De plus en plus de Chinois utilisent ainsi Alipay pour faire leurs cours, payer un taxi, réserver des tickets de train, payer ses factures d’eau ou d’électricité… voire « donner une pièce" à un mendiant!

D’après Daxue Consulting (une société d’études de marché et de conseil en gestion axée sur le marché chinois), "Selon une enquête, en 2018, 92% des habitants des plus grandes villes chinoises utilisaient Wechat Pay ou Alipay comme principal moyen de paiement. Le phénomène est le même dans les zones rurales: 47% de la population rurale utiliserait régulièrement les paiements mobiles en Chine. Et selon les statistiques publiées début 2020 par la Banque populaire de Chine (PBOC), le nombre de paiements électroniques traités par les banques du pays a augmenté de 6,3% par rapport à la même période en 2018. 62,1 milliards de paiements électroniques ont été enregistrés, dont 30,7 milliards de transactions mobiles, soit une augmentation de 73,6% en glissement annuel. En mars 2020, 776,08 millions de personnes utilisaient le paiement mobile en Chine. Payment methods in China: How China became a mobile-first nation (daxueconsulting.com).

En fait, les Chinois ont "sauté une étape" dans leur mode de paiement. Alors qu’en Europe par exemple, on est passé du cash, à la carte de crédit et ensuite au paiement mobile, en Chine ils sont passés directement du cash au paiement mobile, la carte de crédit n’ayant qu’une utilisation sporadique. Et dans le tableau ci-dessous à gauche, on voit que le paiement mobile est devenu majoritaire dès 2015… Sur le tableau de droite, on note alors que WeChap Pay de Tencent et Alipay d’Alibaba étaient en 2020, de loin, les plateformes de paiement mobiles les plus utilisées en Chine (soit 92.7% et 91% respectivement), alors que les applications bancaires classiques ne représentaient que 23%!

Grphe du marché des paiements mobile et non mobile en Chine

Le gouvernement chinois s’est ainsi montré de plus en plus préoccupé par la quantité et la qualité des données collectées par les géants du numérique, d’autant plus que ceux-ci sont très dynamiques et parfois précurseurs dans leur domaine, comparativement à ce qui se passe en Occident. Sans compter que Pékin, comme souligné ci-dessus, a de plus en plus fait état de son inquiétude et de son agacement quant au développement financier exponentiel de ces géants du numérique, notamment en matière de crédits (trop) rapidement accordés et pouvant donc, à terme, s’avérer difficile à gérer en cas de crise financière.

Les récentes mesures prises envers Alipay sont un dernier exemple de la reprise en main de Pékin.

Il est aussi important de rappeler que la Chine a aussi adopté et voté en août dernier la loi PIPL (Personal information Protection Law), l’équivalent du RGPD européen (Règlement Général sur la Protection des Données) pour protéger les données personnelles. Cette loi entrera en vigueur le 1er novembre prochain.

In fine, la reprise en main progressive d’Alibaba par les autorités de régulation a progressivement fait chuter le cours de bourse de celle-ci. Comme on le voit ci-dessous, le cours d’Alibaba a ainsi perdu près de 48% de sa valeur depuis fin octobre 2020….

La chute du cours est-elle exagérée? En tout cas, si on considère l’avis des 37 analystes qui suivent l’action cotée à Hong Kong, 36 sont à l’ »achat », 1 « garde » et personne ne » vend ». L’objectif moyen de ces analyses est de 264.87 dollars de Hong Kong, laissant apparaître une décote de près de 66% par rapport au cours actuel.

A Wall Street, où l’action est aussi cotée, la décote est presque la même alors que 60 analystes ont un avis sur la société. Si la décote est presque identique, 55 analystes sont à l’ »achat », 4 « gardent » et 1 «vend ».

Cette décote importante illustre t’elle la défiance du marché vis-à-vis du titre ou au contraire est-elle un signe que l’action a été exagérément (sur)vendue? Difficile à dire pour l’instant étant donné que depuis près d’un an, Pékin n’a pas desserré son étreinte, au contraire…

Graphique du cours de l'action Alibaba

Nouvelles économiques et financières: Un sondage confirme que la hausse de l’inflation est provisoire

Journée particulièrement calme au niveau économique hier. Mais selon un sondage de Bloomberg, relayé par l’Echo, les économistes s’attendent à ce que l’inflation en zone euro culmine à 3.2% au 4ème trimestre 2020, avant de retomber sous les 2% d’ici la mi-2022.

Ceci confirme non seulement l’avis, plusieurs fois exprimé par la Banque Centrale Européenne ces derniers mois, mais également le sentiment très majoritaire auprès de communauté des économistes internationaux, que la surchauffe inflatoire actuelle est surtout le résultat de la forte montée, provisoire, des prix de l’énergie. Mais aussi que la hausse des prix provient des goulets d’étranglement qui frappent actuellement l’industrie et le commerce.

Evolution des marchés boursiers: contrastes en Europe et aux USA

Tableu des principaux indices boursiers au 14/09/2021

Les bourses européennes ont légèrement rebondi hier, l’indice Stoxx 600 Europe finissant en hausse de 0.29%. Si les craintes concernant l’inflation ont pesé sur les marchés ces derniers jours, les investisseurs notent aussi la bonne tenue de l’économie européenne. Par ailleurs, l’OPEP s’attend, l’année prochaine, à une demande de pétrole qui dépasserait celle d’avant la pandémie.

Dans ce cadre, les prix du pétrole ont repris leur marche en avant, approchant même les 74 USD le baril de Brent. Cela a évidemment favorisé le secteur énergétique qui a grimpé de 2.7%, la principale action pétrolière européenne, Total, gagnant 3.1% alors que tous les concurrents ont vu leurs gains se situer entre 1.8 et 3.5%. A noter aussi, dans ce secteur, la hausse notoire de l’équipementier TechnipFMC (+6.9%) ainsi que de la société suédoise Lundin Energy (+4.4%).

Les services aux collectivités et les financières ont monté de respectivement 1.6% et 1.05%, les autres secteurs en hausse hier (industrielles, consommation de base, matériaux et immobilier) limitant par contre leurs gains entre 0.3 et 0.7%.

4 secteurs ont légèrement corrigé hier, emmenés par les soins de santé (-0.64%), devant la consommation cyclique et les technologiques (-0.4% chacun) et les services de communication  (-0.06%).

Parmi les principales baisses du jour mentionnons essentiellement l’effondrement de près de 42% de l’action biotech française Valneva (Vivalis).  La société a annoncé avoir reçu un avis de résiliation de l'accord de fourniture de son candidat-vaccin contre le Covid-19, VLA2001, conclu avec le gouvernement britannique. Le contrat avec le Royaume-Uni prévoyait la fourniture de 100 millions de doses de vaccin par Valneva en 2021 et 2022, avec une option pour 90 millions de doses supplémentaires d'ici à 2025. Valneva avait évalué la valeur totale de ces doses jusqu’à 1,4 milliard d’euros…

A Wall Street, la clôture était partagée hier soir. L’indice S&P a fini en hausse de 0.27% alors que le Nasdaq baissait légèrement (-0.07%).

Comme en Europe, le fort rebond des prix pétroliers a propulsé les actions de l’énergie à la hausse (+2.94%). Pas étonnant dès lors de retrouver, aux 4 premières places des meilleures performances du jour, des sociétés pétrolières: APA Corp (+7.8%), Marathon Oil (+7.2%), Occidental Petroleum (+6.7%) et Hess Corp (+5.3%).

Les financières se sont également bien comportées (+1.14%), emmenées tant par les grandes banques, comme Wells Fargo (+3.2%), que par les banques régionales, comme Keycorp (+4.3%).

Les autres secteurs en progression ont affiché des gains inférieurs au demi pourcent (Services de communication, consommation cyclique, immobilier, consommation de base et technologiques).

Les soins de santé ont reculé le plus (-0.61%), Moderna montrant le recul le plus prononcé (-6.6%). Ce n’est pas une surprise car, en analysant en détail cette société hier, nous avons souligné qu’après la hausse incroyable de l’action, l’objectif moyen des analystes était maintenant inférieur au cours de bourse… MODERNA, la star des biotech qui est plus que le vaccin anti-Covid-19 qui a fait sa fortune! - Private Banking CBC. 2 autres secteurs ont terminé dans le rouge, mais de manière très limitée: services aux collectivités (-0.18%) et matériaux (-0.01%).

À noter enfin la forte chute de l’action Albemarle (-5%), des travailleurs chiliens travaillant dans une mine de lithium continuant leur grève malgré une proposition de conciliation de la direction.

Les tendances boursières du jour: marchés asiatiques partagés, futures en hausse

Ce matin (7h30), les marchés boursiers asiatiques évoluent en ordre dispersé, le Japon montant de 0.4% alors que les Hong Kong et Shanghai-Shenzhen baissent modérément de respectivement 0.1 et 0.3%

Les contrats à termes (futures) sur les marchés boursiers occidentaux indiquent actuellement des bourses en hausse tant en Europe qu’aux USA.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Aujourd’hui, au niveau économique, on connaîtra en début de matinée les statistiques du Royaume-Uni sur le marché du travail en septembre. Après-midi, aux États-Unis, on prendra connaissance des prix à la consommation en août.

Au niveau des résultats de sociétés, rien d’important à signaler ce jour. Par contre tous les regards seront braqués sur la toujours très attendue "Keynote" d’Apple et notamment la présentation de l’iPhone 14, nouvelle mouture du célèbre portable.

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