Les prix des produits alimentaires au plus haut depuis 10 ans, faut-il s’en inquiéter?

A RETENIR:

  • Le fait du jour: Les prix des produits alimentaires sont au plus haut depuis 10 ans, faut-il s’en inquiéter? Ces derniers mois les prix de la viande, du sucre, des céréales, des huiles végétales et des produits laitiers montent, certains de manière très importante. L’indice FAO est au plus haut depuis 2011 et même depuis beaucoup plus longtemps si l’on considère les prix réels… Quels sont les facteurs expliquant cela? Comment pourrait évoluer la situation? Et qu’en est-il au niveau boursier pour les sociétés dépendant, directement ou non, du secteur agricole?
  • Nouvelles économiques et financières: En progressant de 3.4% sur un mois, les commandes industrielles allemandes ont atteint en juillet un plus haut historique depuis 1991. Quant à l’indice Sentix de confiance des investisseurs pour le mois de septembre, il s’est inscrit à 19.6 points contre 22.2 points en août. Qu’en déduire comme conclusion? Difficile de dire car 2 sondages réalisés avant la publication arrivaient à des conclusions différentes…
  • A propos des marchés boursiers: En l’absence de Wall Street, fermée pour cause de Labor Day, les marchés européens ont fonctionné au ralenti. Néanmoins l’indice Stoxx 600 a progressé de 0.69% échouant d’un rien au pied du record historique du 13 août dernier. Le secteur technologique a été particulièrement à la fête. Rayon actions individuelles, mentionnons les chutes de Spie et Holcim, cette dernière faisant apparemment l’objet d’une enquête aux USA qui pourrait lui coûter très cher… Par contre belle hausse de Norsk Hydro, le coup d’état en Guinée propulsant les cours de l’aluminium encore plus haut.
  • Bourses asiatiques et tendances prévues aujourd’hui: Ce matin (6h30), les marchés boursiers asiatiques poursuivent leur hausse d’hier. Tokyo gagne actuellement 0.9%, Hong-Kong progresse de 0.6% et Shanghai-Shenzhen de 0.2%. Les contrats à termes (futures) sur les marchés boursiers occidentaux sont partagés ce matin. L’Europe pourrait ouvrir en légère baisse alors qu’après son repos d’hier la bourse américaine commencerait les échanges dans le vert.
  • Aujourd’hui, au niveau économique, on retiendra surtout 2 statistiques allemandes, la production industrielle pour le mois de juillet, d’une part, et le fameux indice de confiance ZEW pour septembre, d’autre part. Au niveau des résultats de sociétés, une journée à nouveau très calme à l’exception des chiffres de Salvatore Ferragamo (secteur du luxe italien).

Le fait du jour - Les prix des produits alimentaires au plus haut depuis 10 ans, faut-il s’en inquiéter?

Ces derniers mois on s’inquiète de la pénurie de semiconducteurs ou de la flambée des prix de matières premières industrielles comme le cuivre, l’aluminium ou le nickel. On parle beaucoup moins des denrées alimentaires et pourtant les statistiques publiées depuis quelques temps peuvent nourrir une inquiétude légitime. Car certains spécialistes commencent à évoquer, comme conséquence, de graves crises alimentaires et politiques qui pourraient aussi, comme en 2007-2008, dégénérer en émeutes de la faim dans certains pays ... Après la crise sanitaire, une crise alimentaire mondiale?

Chaque mois, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO pour Food and Agriculture Organization) publie un indice mondial des produits alimentaires. L’indice FAO des prix des produits alimentaires est une mesure de la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base. Il s’agit de la moyenne des indices des cinq groupes de produits de base soit la viande, les produits laitiers, les céréales (blé, orge, maïs,…), les huiles végétales (huiles de palme, de colza, de tournesol) et le sucre. La moyenne est pondérée selon la part respective moyenne des exportations de chacun des groupes pour la période 2014-2016.

Les tableaux suivants sont éloquents: après avoir chuté en 2015 et n’avoir guère évolué entre cette année-là et l’automne 2020, l’indice FAO des prix des produits alimentaires a ensuite commencer à s’emballer. Il vient d’atteindre en août 2021 un niveau qu’on n’avait plus vu depuis 2011. Sur un an, ce sont les prix des huiles végétales (+68%) qui ont le plus augmenté, devant le sucre (+48%) les céréales (+31%) la viande (+22%) et les produits laitiers (+14%).

indices prix des produits alimentaires

C’est encore plus interpellant si on considère l’évolution de l’indice des prix des produits alimentaires en termes nominaux et réels. Dans ce dernier cas, les prix sont au plus haut depuis 1975!

Visuel d'illustration

Quelles sont les raisons qui expliquent cette flambée des prix, particulièrement depuis 1 an? Comme souligné par Les Echos il y a quelques jours, il y a un déséquilibre accru entre l’offre et la demande. ( Les prix alimentaires atteignent des niveaux record | Les Echos).

  • Une forte hausse de la demande, particulièrement chinoise:
    • Hausse de la population mondiale et donc de personnes à nourrir: selon l’ONU, la population mondiale devrait atteindre 9.7 milliards d’habitants en 2050 (contre environ 7.8 milliards en 2020) et pourrait atteindre près de 11 milliards vers 2100 (WPP2019_PressRelease_FR.pdf (un.org). Par rapport à 2011, il y a environ actuellement 800 millions de personnes en plus sur terre.
    • Depuis les grandes famines sous le président Mao Zedong (entre 1958 et 1962, les estimations varient de 15 à 55 millions de morts), la Chine a l'obsession de la sécurité alimentaire, garantie de la paix sociale, d'où une internationalisation de ses approvisionnements depuis 20 à 30 ans, selon Sébastien Abis  (chercheur à l’Iris et directeur du club Démeter);
    • Par ailleurs, pendant les derniers mois de 2020, la Chine a acheté beaucoup de céréales pour combler un manque de production, mais elle a aussi importé beaucoup de maïs pour nourrir le cheptel de porcs en reconstitution après la peste porcine africaine. 
  • L’incidence du climat qui a réduit l’offre et la rend incertaine:
    • Le phénomène météorologique de «La Nina »: un refroidissement de l’océan Pacifique qui perturbe, à plusieurs années d’intervalle, le climat de notre planète (sécheresses, typhons à répétition, pluies surabondantes en Asie, etc.)
    • Le gel et la neige au Brésil qui ont dévasté les récoltes de canne à sucre.
    • Les dômes de chaleur en Amérique du Nord ces dernières semaines. Ils ont brûlé les champs de blé dur (utilisé dans les pâtes) et ont anéanti les perspectives de récolte de colza (huile très consommée en Asie et en Amérique).
    • Les pluies incessantes et les inondations en Europe de l’Ouest et en Russie, réduisant notamment la quantité et la qualité du blé produit

L’offre, dépendant beaucoup de la météo, est un facteur difficilement contrôlable, surtout dans cette période où l’on parle de plus en plus de dérèglement climatique…

Selon Sébastien Poncelet (Directeur du Développement chez Agritel), l’évolution des prix va donc dépendre du comportement des consommateurs:

  • Plus les prix sont hauts, plus la demande est rationnée (d’abord la nourriture animale, ensuite humaine), mais avec un risque, à un certain moment, de créer des émeutes de la faim comme lors des printemps arabes en 2010…
  • Vu qu’une grande partie de la production agricole sert à produire des biocarburants (éthanol à partir de canne à sucre ou de maïs et biodiesel à partir de colza ou d’huile de palme), la question sera posée dans les mois qui viennent: diminuer ou non certains programmes énergétiques pour davantage nourrir les populations…

Au niveau boursier, différents types de sociétés sont sensibles ou dépendants des produits agricoles et alimentaires. L’indice MSCI ACWI Select Agriculture Producers Investable Market Index constitue notamment une référence en la matière. Il se concentre sur les sociétés du secteur agricole qui sont très sensibles aux prix sous-jacents des matières premières agricoles comme par exemple le matériel agricole ou les engrais (plus les prix des produits agricoles sont élevés plus les agriculteurs sont enclins à investir pour développer leur business). L'indice comprend près de 150 sociétés différentes. 

Fin août 2021, les 10 principales actions de l’indice étaient celles mentionnées ci-dessus. Elles représentaient 56.49% de l’indice avec comme principale action, et de loin, la société américaine Deere (fabrication de matériel agricole comme des moissonneuses-batteuses, des tracteurs, etc.). Derrière on trouvait Nutrien (engrais), Archer-Daniels-Midland (produits agricoles et négoce de matières premières), Corteva (production de semences agricoles), Kubota (machines agricoles), CNH Industrial (matériel agricole comme New Holland, Steyr,…), FMC (insecticides, herbicides et fongicides), Darling Ingredients (ingrédients alimentaires pour différentes industries), Toro (matériel agricole, notamment d’irrigation) et Mowi (élevage de saumons et truites).

Une alternative est l’indice MSCI ACWI Agriculture & Food Chain Index qui comprend 108 sociétés cotées mondiales engagées dans la production de produits issus de l’agriculture. On y trouve des noms très classiques.

Cet indice, à l’inverse du précédent, est beaucoup plus réparti entre ses composants, Nestlé qui en est la principale société ne représente ainsi que 0.53% du total. Et les 10 principales sociétés ne comptent que pour 1.06% de l’indice total. Enfin les USA représentent seulement 35% de l’indice contre 54.5% pour l’autre. Par contre au niveau des sous-secteurs, près de 80% de l’indice se concentrent sur les aliments et viandes emballés.

Des trackers suivent ces 2 indices.

Pour terminer, concernant les performances de ces 2 indices, on voit clairement sur le graphe ci-dessous que l’indice davantage orienté vers le matériel agricole et les engrais (en blanc) a longtemps sous-performé l’autre indice (en orange), plus orienté « produits », mais a par contre beaucoup mieux performé les derniers mois. Et donc en définitive, sur 10 ans, les performances des deux indices sont assez similaires…

Nouvelles économiques et financières: les commandes industrielles allemandes au sommet

En progressant de 3.4% sur un mois, les commandes industrielles allemandes ont atteint en juillet un plus haut historique depuis 1991, malgré les pénuries de nombreux matériaux, la 1ère économie européenne confirmant ainsi de facto la reprise économique (cet indicateur est un indice précurseur de l’activité industrielle). A un an d’intervalle, les commandes industrielles ont bondi de 24.4%.

Quant à l’indice Sentix de confiance des investisseurs pour le mois de septembre, il s’est inscrit à 19.6 points contre 22.2 points en août. Qu’en déduire comme conclusion? Difficile de dire car 2 sondages réalisés avant la publication arrivaient à des conclusions différentes, une anticipation étant de 18, l’autre de 19.5…

Evolution des marchés boursiers: Wall Street fermée, l’Europe proche du record!

Principaux indices boursiers au 06/09/2021

En l’absence des bourses américaines, closes hier pour cause jour férié aux Etats-Unis, les marchés boursiers européens ont néanmoins fonctionné, mais au ralenti, les volumes de transaction étant beaucoup plus réduits qu’à l’accoutumée.

En progressant de 0.69% à la clôture, l’indice Stoxx 600 Europe a échoué de rien à inscrire un nouveau record historique, finissant à 475.19 points contre 475.83 le 13 août dernier…

Les commandes industrielles allemandes ont surpris positivement et confirmé le rebond économique allemand, fer de lance européen.

Seuls 2 secteurs ont terminé légèrement dans le rouge, les services aux collectivités (-0.40%) et l’immobilier (-0.38%).

Les gagnants du jour étaient emmenés par les sociétés technologiques (+1.53%), le segment des semiconducteurs menant à nouveau la danse avec une hausse de 2.27%. A l’exception de la consommation de base et des matériaux qui ne gagnaient respectivement "que" 0.55% et 0.58%, les 6 autres secteurs se tenaient dans un mouchoir de poche (entre +0.75 et +0.88%).

Parmi les principaux perdants du jour, le groupe français, leader européen indépendant des services multitechniques, a abandonné 4.3%. La société à remis à Engie une offre, estimée à 5 à 6 milliards d’euros, pour racheter Equans, une société de services techniques. Ce rachat pourrait être financé notamment par une augmentation de capital.

Le groupe cimentier suisse Holcim fait aussi partie des principales victimes du jour (-3.8%) suite à une enquête américaine qui serait ouverte sur les agissements de Lafarge en Syrie. Le journal Sonntagszeitung a indiqué que le département américain de la Justice se penche sur les activités du cimentier Lafarge en Syrie, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, avant de reprendre cette année le seul nom du second. Lafarge est soupçonné d'avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d'euros à des groupes terroristes, dont l'État islamique (EI), ainsi qu'à des intermédiaires, afin de maintenir l'activité de son site en Syrie, alors que le pays s'enfonçait dans la guerre civile. Selon le journal alémanique, le groupe pourrait être condamné à une amende entre 40 et 60 millions d'euros en France où une enquête similaire est lancée. Mais la note pourrait être plus beaucoup salée aux USA, des amendes se chiffrant en milliards pouvant être prononcées en cas de financement du terrorisme…

Côté positif, signalons la hausse de 3.4% de la société norvégienne Norsk Hydro, spécialiste dans le domaine de l’aluminium. Le prix de celui-ci est en forte hausse depuis des mois (demande en forte hausse, restrictions de production en Chine,…). Et les prix sont encore plus sous tension depuis l’annonce d’un coup d’état en Guinée. Or ce pays est le 2e producteur mondial de bauxite, un minerai qui permet la production d’alumine, transformée enfin en aluminium…

Les tendances boursières du jour: Marchés asiatiques toujours positifs, futures partagés

Ce matin (6h30), les marchés boursiers asiatiques poursuivent leur hausse d’hier. Tokyo gagne actuellement 0.8%, Hong-Kong progresse de 0.6% et Shanghai-Shenzhen de 0.2%

A noter qu’au 1er octobre, l’indice Nikkei de la bourse de Tokyo intégrera 3 nouvelles sociétés technologiques, dont Nintendo, une des plus grandes sociétés mondiales dans le domaine des jeux vidéo, Keyence (équipements d’automatisation) et Murata (composants électroniques).

Les contrats à termes (futures) sur les marchés boursiers occidentaux sont partagés ce matin. L’Europe pourrait ouvrir en légère baisse alors qu’après son repos d’hier la bourse américaine commencerait les échanges dans le vert.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Aujourd’hui, au niveau économique, on retiendra surtout 2 statistiques allemandes, la production industrielle pour le mois de juillet, d’une part, et le fameux indice de confiance ZEW pour septembre, d’autre part. Ce dernier mesure les anticipations des analystes et des investisseurs institutionnels quant à l'évolution de l'économie allemande. C'est à ce titre aussi un indicateur avancé de la confiance des investisseurs européens.

Au niveau des résultats de sociétés, une journée à nouveau très calme à l’exception des chiffres de Salvatore Ferragamo (secteur du luxe italien).

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