Robinhood et les néocourtiers: l’illusion des transactions à "zéro commission"!

A RETENIR:

  • Le fait du jour: Robinhood et les néocourtiers – l’illusion des transactions à "zéro commission"! Depuis quelques années, et le phénomène a amplifié durant la pandémie, ces nouveaux courtiers, dont Robinhood récemment introduit en bourse, promeuvent des transactions "sans commission", voire à taux plancher. Mais comment se rémunèrent-ils? Et est-ce vraiment sans frais pour les investisseurs? Comment fonctionnent ces nouvelles plateformes? Nous y répondons dans la rubrique ci-dessous.
  • Nouvelles économiques et financières: En Allemagne, les ventes au détail en juillet ont reculé plus qu’attendu. En ce qui concerne la zone euro, la croissance de l’activité manufacturière en août est restée forte. Toujours pour la zone euro, le taux de chômage a encore baissé et atteint 7.6% en juillet. Pour l’ensemble de l’Union Européenne, le taux était de 6.9% en juillet. Aux Etats-Unis, le secteur privé américain a créé nettement moins d’emplois que prévu au mois d’août. Les stocks américains de pétrole brut ont diminué près de 3 fois plus qu’attendu alors que par contre les stocks d’essence augmentaient Enfin, la croissance de l’activité dans le secteur manufacturier US a connu une accélération en août alors qu’on s’attendait à une baisse.
  • A propos des marchés boursiers: Hier les marchés boursiers occidentaux ont terminé dans le vert, l’indice Nasdaq américain se permettant même d’inscrire un nouveau record. Les marchés bénéficient toujours des propos accommodants de J. Powell à Jackson Hole ainsi que de statistiques économiques globalement rassurantes. Par contre les investisseurs semblent ignorer, pour l’instant en tout cas, l’avertissement de l’ESMA (l’autorité européenne de régulation des marchés de titres) selon laquelle les valorisations des obligations, actions et cryptoactifs impliquent un risque de forte correction.
  • Bourses asiatiques et tendances prévues aujourd’hui: Ce matin (7h30), les marchés boursiers asiatiques sont partagés et incertains, Tokyo gagne 0.2%, Hong Kong est quasiment à l’équilibre alors que Shanghai-Shenzhen baissent de 0.3%. Les contrats à termes (futures) sur les bourses occidentales indiquent actuellement que l’Europe et les Etats-Unis pourraient ouvrir légèrement en baisse lors des premières transactions.
  • Aujourd’hui, sur le plan économique aurons moins d’indicateurs qu’hier. Aux USA nous disposerons des inscriptions au chômage pour la semaine se terminant le 28 août; toujours aux Etats-Unis nous prendrons connaissance de la balance commerciale en juillet. Au niveau des résultats de sociétés, peu de chiffres également mais notamment ceux des holdings Brederode et Sofina.

Le fait du jour: Robinhood et les néocourtiers – l’illusion des transactions à "zéro commission"!

Robinhood est une société californienne de services financiers créée en avril 2013. Elle fait partie de ce qu’on appelle les "néocourtiers". Dans cette catégorie de nouveaux courtiers on trouve par exemple aussi Freetrade (USA), Trade Republic (Allemagne), Bux (Pays-Bas), eToro (Israël), Vivid (Allemagne), XTB (Pologne) ou Scalable Capital (Allemagne).

Nous avons déjà brièvement évoqué Robinhood dans cette même chronique le 11 juin dernier en décrivant le phénomène des actions "feu de paille" traitées en masse sur leur plateforme (Poussée inflationniste, records boursiers et actions "feu de paille" - Private Banking CBC)

L’objectif déclaré et officiel des néocourtiers est de démocratiser l’accès aux marchés financiers tout en réduisant drastiquement les frais. Certains comme Robinhood ou Bux promettent même à leurs clients qu’ils ne paieront "aucune commission" (voir par exemple ci-dessous , l’extrait du site internet de Bux) voire un tarif à taux plancher (1 euro par transaction par exemple). Mais outre l’idée de "zéro commission", ce qui fait le succès des néocourtiers, c’est la facilité de pouvoir exécuter, rapidement et simplement, des transactions (actions, options, trackers, cryptoactifs,…) uniquement au moyen d’une application mobile (smartphone). C’est pour cela que les néocourtiers sont aussi appelés "brokers mobiles" ou "néobrokers". La grande majorité des clients des néocourtiers sont très souvent jeunes (au 31 mars 2021, environ 70% des actifs gérés par Robinhood provenaient de clients ayant entre 18 et 40 ans), avec très peu d’expérience des marchés financiers mais attirés par les gains faciles et rapides.

Robinhood et l’aspect ludique de son application renvoient d’ailleurs aux codes des jeux vidéo. Raison pour laquelle les autorités américaines ont récemment parlé de "gamification du trading". Peu avant son introduction en bourse, Robinhood a d’ailleurs supprimé, de son application de trading boursier, les confettis à chaque opération réussie (!)  suite aux accusations selon lesquelles l'animation contribuait à "gamifier" l'investissement. À la place, la société a ajouté de nouvelles animations qui célèbrent les étapes importantes de la négociation pour les utilisateurs de manière plus sombre…

Enfin la pandémie a aussi contribué à faire exploser le succès des plateformes comme Robinhood. La volatilité des marchés (bourses, cryptomonnaies), le confinement à la maison et l’obligation d’y trouver des occupations, l’accélération de la digitalisation qui en a résulté et l’argent peu couteux et abondant du fait des plans de relance, tout cela a boosté les néocourtiers et leur offre apparemment imparable.

BUX Zéro

Mais comme l’a écrit le journal financier Les Echos en juillet dernier (Les néo-courtiers dans le viseur des régulateurs | Les Echos), "L'explosion du trading "zéro commission" a notamment attiré l'attention des régulateurs en France et en Europe. Inquiets de voir une nouvelle génération de boursicoteurs poussés à la spéculation plutôt qu'à l'investissement de long terme, ils ont fait de l'encadrement de ces néo-courtiers une priorité".

Robert Ophèle, le président de l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) en France a ainsi récemment demandé aux nouveaux investisseurs, séduits en particulier par la bourse depuis le début de la pandémie, à "ne pas céder à la magie du "zéro commission" qui est une illusion"…

"Il faut comprendre où on investit, si une plateforme de trading vous indique qu'il y a zéro commission, c'est qu'il y a un problème", a-t-il renchéri récemment lors d'un entretien vidéo pour Boursorama (Vidéo - Robert Ophèle (Président de l'AMF): "Si une plateforme de trading vous indique qu'il y a zéro commission, c'est qu'il y a un problème!")

Et même aux Etats-Unis, d’où est parti la tendance des néocourtiers, les autorités financières par l’entremise de la SEC (Securities and Exchange Commission) s’en prennent dorénavant à ces intermédiaires financiers. Comme le signalait hier la chaine de télévision américaine CNBC, "Robinhood fait face à une interdiction potentielle de sa plus grande source de revenus" (Robinhood faces a potential ban on its biggest source of money). Le journal Les Echos a aussi écrit un article mardi concernant le sujet: Le gendarme américain des marchés financiers menace le modèle de Robinhood.

Quant aux revenus justement, il apparaît de différents documents et rapports que les néocourtiers favorisent, voire incitent leurs clients, à investir dans des options ou des cryptomonnaies comme l’a démontré un reportage de CNBC. Pourquoi? Tout simplement parce que la volatilité et les différences de "spread" (entre achat et vente) sont plus importantes par exemple dans ces instruments que sur les actions. Donc les néocourtiers ont une marge de bénéfice plus importante aussi…(How Robinhood makes money on customer trades despite making it free). Evidemment le risque est aussi beaucoup plus important pour l’investisseur, mais ça c’est une autre histoire…

Mais le suicide en juin 2020 d’Alex Kearns, un jeune américain boursicoteur mal informé, a montré les limites du système et a fait grand bruit aux USA. Il achetait et vendait des options via Robinhood et pensait avoir découvert que son compte affichait un solde négatif de 730.000 USD. Il ne devait pas en fait cet argent (il s’agissait d’un bug…) mais n’avait pas compris le relevé envoyé par Robinhood. Il a essayé de joindre les services de Robinhood mais n’a reçu que des réponses automatiques. Alors, selon sa famille qui a déposé plainte, pris de panique, il s’est suicidé pensant ne pouvoir jamais rembourser cette somme.

Mais est-ce la seule raison de l’ostracisme des autorité de contrôle vis-à-vis de Robinhood et des néocourtiers qui ont le même mode de fonctionnement? Garry Gensler, le puissant patron de la SEC a en fait déclaré récemment au magazine Barron’s qu’il n’excluait pas d’interdire certaines transactions de Robinhood lui permettant d’offrir la "gratuité" des opérations de courtage. Cela concerne essentiellement la pratique très controversée, mais aussi très répandue aux USA, de la "vente de flux d’ordres", appelée aussi "Payment For Order Flow" plus connu sous l’acronyme PFOF. 80% des revenus de Robinhood proviendraient de cette manière de fonctionner… Pour l’anecdote, cette pratique du PFOF a été initiée, fin des années ’90, par… Bernard Madoff, auteur de la plus grande escroquerie financière de l’histoire!

Cette pratique consiste pour les néocourtiers comme Robinhood à revendre les ordres de leurs clients particuliers à des teneurs de marché (ou "market makers"), comme les traders à haute fréquence Citadel Securities ou Virtu Financial, qui se chargent alors de les exécuter.

Nous avons repris ci-dessous un schéma qui explique le fonctionnement de ce système "gratuit":

Dans l’exemple, un investisseur demande donc, via l’application Robinhood (son broker online), d’acheter 100 actions Nokia à un prix maximum de 4 USD (soit 400 USD au total). Robinhood transmet alors l’ordre à un "market maker" (ici Citadel) pour acheter ces 100 actions Nokia. Citadel achète ensuite sur le marché (New York Stock Exchange ou NYSE) 100 Nokia au meilleur prix qu’il peut trouver (à 3,98 USD dans l’exemple). Sur l’ordre total il fait donc 2 USD de profit.

Le NYSE lui transfère les 100 actions Nokia et Citadel les délivre à son tour à Robinhood en lui rétrocédant au passage une partie des 2 USD de bénéfice.

Finalement Robinhood transmet les 100 Nokia à son client à 4 USD pièce…

Ce système est très opaque – jamais le client n’aura connaissance du cheminement de son ordre et de l’exécution de celui-ci – mais en plus la gratuité est factice pour l’investisseur. En effet, il n’obtiendra pas le meilleur prix, l’avantage de celui-ci étant partagé entre le néocourtier et son market maker. Autrement dit, en passant par une plateforme traditionnelle de transactions, il aurait certes payé une commission – ce n’est pas gratuit – mais il aurait aussi eu un meilleur prix pour ses actions. Les frais de courtage via le système PFOF sont en fait invisibles pour l’investisseur initial, car générés par le comportement du teneur de marché.

 Si les frais de courtage d’une transaction sont importants, certains investisseurs oublient que la qualité et le prix d’exécution sont également très importants! Et finalement il est donc faux de dire, de manière binaire, qu’il y a des plateformes "gratuites" et d’autres payantes. 

Concrètement, les autorités financières reprochent au système de vente des flux d'ordres de créer des conflits d'intérêts entre la plateforme de courtage, qui cherche à maximiser les revenus tirés de ces ordres, et ses clients, qui souhaitent minimiser leurs coûts de transaction.

Par ailleurs, autre conflit d’intérêt, début 2021, Robinhood avait subi la colère de nombreux de ses clients dans l’affaire Gamestop. Dans cette histoire, de nombreux boursicoteurs, clients de Robinhood, s’étaient retournés contre celui-ci. En effet les particuliers spéculateurs achetaient en masse l’action de la société en difficulté Gamestop et affrontaient donc les vendeurs à découvert dont… Citadel, un fonds appartenant au même groupe que le teneur de marché Citadel Securities, principal acheteur des flux d’ordres de Robinhood! Vu la forte volatilité du titre, Robinhood avait imposé à ses clients des limites aux opérations sur Gamestop qui estimaient par conséquent que Robinhood avait pris parti pour Citadel et donc la chute du titre…

Mais une nouvelle charge très récente de la SEC a trait à la qualification des pratiques de Robinhood soupçonné de donner du conseil en investissement, quelque chose de très encadré, avec des règlementations strictes visant à s’assurer que seuls des produits appropriés sont proposés aux investisseurs particuliers (Robinhood et la "gamification" du trading dans la ligne de mire de la SEC).

Les néocourtiers comme Robinhood s’appuient sur l'intelligence artificielle et le "machine learning" pour encourager leurs clients à multiplier les opérations, voire à s'adonner à la spéculation via des options. Des produits dérivés plus risqués pour les investisseurs que de simples actions mais bien plus lucratifs pour les néo-courtiers. Par exemple, Robinhood et d’autres néocourtiers ont inondé les smartphones de leurs clients de messages du style "tel produit a grimpé de x% en x jours" ou "le cours de Tesla a explosé de x%". Des chercheurs ont calculé que des particuliers réagissaient à ces messages et achetaient alors à leur tour les produits ou les actions mentionnés…

Evolution PFOF chez Robinhood entre 2020 et 2021

Mais la fausse gratuité des néocourtiers n’est pas le seul désavantage régulièrement mis en avant pour les plateformes d’origine étrangère. Ainsi, comme le rappelait l’Echo il y a 1 an en décrivant le modèle du néocourtier Bux (Ce que vous devez savoir sur l'app boursière Bux):

  • La paperasserie au niveau du fisc ne doit pas être sous-estimée sous peine d’être considéré comme un fraudeur:
    • Un investisseurs belge doit payer la taxe boursière (0.35%) mais comme Bux ne la retient pas à la source, c’est l’investisseur lui-même qui doit tous les 3 mois introduire une déclaration spécifique et payer la taxe;
    • Idem pour le précompte mobilier sur les dividendes, à déclarer par l’investisseur lui-même.
    • Si Bux facilite un peu la tâche en envoyant des documents récapitulatifs, la démarche doit toujours être initiée par l’investisseur. D’ailleurs comme il est mentionné sur leur site, "Note que le dépôt de ta déclaration relève de ta seule responsabilité. BUX décline toute responsabilité à cet égard"…
  • De plus, comme spécifié sur le site de Bux, "L’ouverture d’un compte sur BUX Zéro en tant que citoyen belge est considéré comme l’ouverture d’un compte bancaire étranger, notre siège social étant basé aux Pays-Bas. Tes actifs (argent et actions) seront stockés chez ABN AMRO Cleaning Bank, sur ce que nous appelons un “numéro de dépôt”. Par conséquent, tu dois déclarer ce compte à la Banque nationale de Belgique [Note: via le Point de Contact Central]. Tu dois impérativement déclarer ce compte étranger, au plus tard, lors de ta déclaration de revenus annuelle".

En conclusion de l’analyse des néocourtiers appliquant la "commission zéro", rappelons la célèbre formule "Si c’est gratuit, c’est vous le produit"! ...

Fin juillet, fort de son énorme développement Robinhood a été introduite en bourse. Il est vrai que ses chiffres, si l’on compare l’évolution de ses revenus et du nombre de ses utilisateurs, sont à priori impressionnants:

Revenus et utilisateurs de Robinhood depuis 2015

L’action Robinhood a été introduite en bourse à 38 USD, mais est retombée à 34.82 USD le lendemain avant de fuser jusqu’à un maximum à 70.39 USD. Depuis le cours est retombé, plombé par les menaces régulatoires évoquées ci-dessus alors que les clients de Robinhood avaient massivement acheté les actions de leur plateforme de trading favorite. Ceux-ci avaient été influencé par le soutien important de Cathie Wood, "popstar de l’investissement high-tech" avec son fonds Ark Invest, qui avait déclaré avoir acheté un bloc d’actions Robinhood. Mais la spéculation des particuliers boursicoteurs a mal tourné quand il est apparu que des actionnaires de la première heure - plusieurs fonds d’investissement et de capital-risque – ont fait une demande de vendre près de 100 millions d’actions après l’IPO…

Au cours actuel, la société Robinhood est valorisée un peu plus de 38 milliards USD (alors qu’elle n’était valorisée que 1.3 milliard en 2017 et 11.7 milliards l’année passée) à comparer à des revenus, en 2020, de 959 millions USD et un bénéfice de 7,45 millions USD…  La valorisation très élevée tient donc compte de l’espoir d’un énorme bond bénéficiaire futur, hors d’éventuels "accidents" d’importance.

Or au 1er trimestre 2021, Robinhood a dû acter une perte énorme (1.4 milliard USD!) suite à une dépréciation de 1,5 milliard USD sur des obligations convertibles et des obligations de souscription. "Cette belle épine financière est directement due aux pertes liées à la collecte de fonds d’urgence pendant la GameStop mania de janvier 2021" (Robinhood (HOOD): date, analyse & avis sur l'IPO en 2021 (investiforum.fr)

Evolution cours action Robinhood depuis le 28/07/2021

Nouvelles économiques et financières: la zone euro toujours en forme

En Allemagne, les ventes au détail en juillet ont reculé plus qu’attendu (-5.1% contre une prévision à -0.9% seulement et une hausse de 4.5% en juin) suggérant que la consommation pourrait s’essouffler au 3e trimestre.

En ce qui concerne la zone euro, selon l’enquête IHS Markit PMI, en dépit des problèmes persistants des chaînes d’approvisionnement en matières premières, la croissance de l’activité manufacturière en août est restée forte. L’indice s’est inscrit à 61.4 points contre 62.8 points en juillet, soit largement au-dessus de 50 indiquant la croissance. Toujours pour la zone euro, le taux de chômage a atteint 7.6% en juillet, en baisse par rapport en juin (7.8%)  et par rapport à juillet 2020 (8.4%). Pour l’ensemble de l’Union Européenne, le taux était de 6.9% en juillet (7.1% en juin et 7.6% en juillet 2020).

Aux Etats-Unis, selon l’enquête ADP, le secteur privé américain a créé nettement moins d’emplois que prévu au mois d’août, soit 374.000 nouveaux jobs contre 613.000 prévus par les économistes. Toujours aux Etats-Unis, selon l’Agence Américaine d’Information sur l’Energie, les stocks américains de pétrole brut ont diminué près de 3 fois plus qu’attendu (-7.2 millions de barils contre une prévision à -2.5 millions) alors que par contre les stocks d’essence augmentaient (+1.3 million de barils contre une baisse prévue de 1.6 million). Enfin, selon l’enquête ISM, la croissance de l’activité dans le secteur manufacturier US a connu une accélération en août alors qu’on s’attendait à une baisse (59.9 points contre 58.6 prévu et 59.5 en juillet).

Evolution des marchés boursiers: Record pour le Nasdaq, mise en garde de l’ESMA

Principaux indices boursiers au 02/09/2021

Le dernier quadrimestre de l’année a bien commencé en Europe, l’indice Stoxx 600 a terminé la journée d’hier en hausse de 0.48%, pas loin de son plus haut historique du 13 août dernier. Les investisseurs surfent donc toujours focalisés sur le discours rassurant de J. Powell la semaine passée à Jackson Hole. Par ailleurs les statistiques publiées hier (activité manufacturière et chômage) confirment la bonne tenue générale de l’économie. De même les chiffres d’emploi décevants aux USA pourraient laisser penser que la FED n’enlèvera pas si vite les soutiens à l’économie US.

Et les investisseurs semblent ignorer, en tout cas pour l’instant, l’avertissement de l’ESMA (l’autorité de régulation des marchés de titres de l’Union Européenne) concernant les tendances, les risques et les faiblesses des marchés (ESMA sees risk of market corrections in uneven recovery (europa.eu). Selon ce rapport, les niveaux de valorisation des marchés financiers de l’Union Européenne dépassent désormais leurs niveaux prépandémie. Cela implique un risque de corrections importants pour les obligations d’entreprises mais aussi les actions et les cryptoactifs.

2 secteurs ont fini dans le rouge hier, les matériaux et l’énergie, tous les deux abandonnant 0.46%, mais sans grandes variations individuelles à l’intérieur de ces secteurs. Toutefois, le recul du secteur de l’énergie est à mettre essentiellement à l’actif des actions pétrolières, elles-mêmes impactées par le recul des prix du pétrole. Ceux-ci avaient fort monté ces derniers jours suite aux conséquences possibles du passage de l’ouragan Ida dans le golfe du Mexique.

La consommation cyclique (ou discrétionnaire) et les services aux collectivités ont progressé le plus, soit respectivement de 1.66 et 1.03%. Parmi la consommation cyclique, notons les hausses des sociétés de livraisons à domicile Just Eat Takeway (+7%) et Delivery Hero (+6.2%) alors qu’on a pourtant appris que la 1ère va quitter l’indice Footsie 100…

L’action la plus vendue ce mercredi a été Carrefour (-5.5%) sur l’annonce de la sortie complète d’un de ses 3 actionnaires principaux, le holding Cervinia Europe (groupe Agache) du milliardaire Français Bernard Arnault, propriétaire aussi de LVMH. Le cours de Carrefour (15.925 euros) a en fait approché le cours du placement privé du bloc d’actions avec une décote par rapport à la veille soit 16 euros. Ce cours est bien en dessous du prix payé en 2007 par Bernard Arnault pour entrer au capital du distributeur français soit 47 euros en moyenne…

Terminons par le bond marqué de Pernod Ricard (+3.7%) qui a publié d’excellents résultats (exercice clos fin juin) supérieurs aux attentes, grâce en particulier à des ventes record aux USA et en Chine. Dans ce pays les ventes ont pour la 1ère fois dépassé le milliard d’euros, en hausse de 44% par rapport à l’année précédente! Les investisseurs ont aussi beaucoup apprécié l’annonce du dividende à 3.12 euros/action ainsi que la reprise des rachats d’actions. Signalons que ces très bons résultats raviront probablement GBL, qui a 7.6% des actions de Pernod Ricard et est le 2e plus important actionnaire du groupe.

A Wall Street, si l’indice général S&P 500 a fini de justesse en zone positive (+0.03%), l’indice Nasdaq a inscrit un nouveau record historique à 15.309,38 points (+0.33%).

Au sein de l’indice S&P 500 c’était presque l’équilibre entre secteurs en hausse (6) et ceux en baisse (5). Le secteur de l’énergie a baissé le plus (-1.51%) dans le sillage de la décrue des prix du pétrole, le prix du Brent ayant ainsi abandonné près de 2 USD le baril en 2 jours. Les autres secteurs dans le rouge ont limité les dégâts entre 0.62% (financières) et 0.03% (consommation cyclique).

Parmi les secteurs en progression, l’immobilier a bondi de 1.69% devant les services aux collectivités (+1.30%), soit des actions à connotation plus défensive.

Au rayon des valeurs individuelles, la plus forte chute du S&P 500 a été celle de la société pharmaceutique Abbvie (-7.1%). La Food and Drug Administration (FDA) américaine a déclaré que le Rinvoq, le médicament contre l'arthrite d’Abbvie, et le Xeljanz de Pfizer, nécessiteront un nouvel avertissement encadré, la mise en garde la plus importante de l'agence, indiquant un risque accru de décès.

A noter aussi le fort recul de la banque Wells Fargo (-4.5%). Les investisseurs redoutent de nouveaux déboires réglementaires pour la banque. Wells Fargo avait l’obligation de renforcer ses contrôles internes et d’indemniser les clients victimes de frais abusifs sur leurs prêts immobiliers et leurs assurances automobile. Le groupe doit également se conformer au plafonnement de ses actifs à 1.950 milliards USD imposé par la FED. Bloomberg a rapporté mardi que 2 régulateurs américains, le Bureau de contrôle de la monnaie (OCC) et le Bureau de protection des consommateurs en matière financière (CFPB), envisageaient d’infliger au groupe des sanctions supplémentaires. Selon JP Morgan, le cours de Wells Fargo n’intégrait pas l’éventualité de nouvelles pénalités. Une amende significative réduirait les rachats d’actions, particulièrement si la banque doit renforcer ses fonds propres, ajoute JP Morgan.

Du côté des gains marquants du jour, peu de choses à noter hier à l’exception du bond de plus de 15% de PVH, une société US du secteur de l’habillement, qui a annoncé des résultats trimestriels largement au-dessus des attentes.

Les tendances boursières du jour: marchés asiatiques mitigés, futures en baisse

Ce matin (7h30), les marchés boursiers asiatiques sont partagés et incertains, Tokyo gagne 0.2%, Hong Kong est quasiment à l’équilibre alors que Shanghai-Shenzhen baissent de 0.3%.

Les contrats à termes (futures) sur les bourses occidentales indiquent actuellement que l’Europe et les Etats-Unis pourraient ouvrir légèrement en baisse lors des premières transactions.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Aujourd’hui, sur le plan économique nous aurons moins d’indicateurs qu’hier. Aux USA nous disposerons des inscriptions au chômage pour la semaine se terminant le 28 août; toujours aux Etats-Unis nous prendrons connaissance de la balance commerciale en juillet.

Au niveau des résultats de sociétés, peu de chiffres également mais notamment ceux des holdings Brederode et Sofina.

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