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Un vol gigantesque et audacieux de cryptomonnaies, un fait isolé? Non!

Retrouvez chaque matin une chronique sur l'actualité boursière et financière.

A RETENIR:

  • Le fait du jour: un vol gigantesque, loin d’être un fait isolé, de 600 millions USD en cryptomonnaies relance le débat quant à la protection des investisseurs pour ce type d’investissements, déjà très dangereux vu l’énorme volatilité inhérente à cette classe d’actifs spéciaux.
  • Nouvelles économiques et financières: l’inflation a accéléré en juillet en Allemagne mais a ralenti aux USA ce qui a fait momentanément baisser le dollard.
  • A propos des marchés boursiers: pour le 8e jour consécutif l’Europe boursière a battu un record. Aux USA, nouveau record historique également pour le S&P 500 alors que l’indice Nasdaq, plus technologique, a par contre légèrement baissé. Les secteurs cycliques (industrie, matériaux, énergie et finance) ont été plébiscités, portés notamment par le méga plan pour les infrastructures aux USA.
  • Bourses asiatiques et tendances prévues aujourd’hui: l’Asie est en baisse ce matin, l’Europe boursière annoncée en légère hausse. Wall Street ouvrirait proche de l’équilibre.
  • A suivre aujourd’hui: au niveau économique, quelques statistiques (PIB britannique, chômage et production industrielle US); quelques résultats de sociétés dont Deutsche Telekom, Henkel, Euronav, Sipef, TUI, Royal Dutch, NN Group et Aegon en Europe ; aux USA, résultats d’AirBnb, Baidu et Walt Disney notamment.

Le fait du jour: un hold-up de 600 millions USD dans les cryptomonnaies, un fait isolé? Non…

La nouvelle du jour hier était le hold-up, au détriment de la société Poly Network lancée il y a 1 an à peine, de 604 millions USD ayant touché le monde des cryptomonnaies, soit l'un des plus gros vols de cryptoactifs jamais commis. Plusieurs dizaines de milliers clients sont lésés. Le vol porterait sur 270 millions USD de jetons Ethereum, 250 millions USD de BinanceChain et 84 millions de USD d'OxPolygon. Mais ce type de vol n’est pas un fait rare et isolé, plusieurs cas ont déjà été évoqués les dernières années comme en 2014, le vol de 460 millions USD sur la plateforme japonaise Mt. Gox ou en 2018, toujours aux Japon, 530 millions USD dérobés sur la plateforme Coincheck. Sans compter les nombreux "petits" délits de "seulement" quelques millions ou dizaines de millions ayant impactés d’autres plateformes (cfr par exemple l’année 2019: Cryptomonnaies: les pires vols de cryptomonnaies de 2019 - ZDNet).

De manière assez étonnante (naïve?) Poly Network a publié sur Twitter le message ci-contre:

"Cher hacker […] nous voulons entrer en communication avec vous et vous exhorter à rendre les actifs que vous avez piratés".

"Le montant que vous avez piraté est le plus important de l’histoire de la finance décentralisée (DeFi)".

"Les autorités de n'importe quel pays vont considérer vos méfaits comme un crime économique majeur et vous serez poursuivis. […] Vous devriez nous parler pour trouver une solution".

Hier à 14 h, les hackers auraient restitué une toute petite partie du montant dérobé (entre 1 et 4.8 millions USD selon les sources)…

Les pirates ou "hackers" (soit des spécialistes informatiques qui contournent les protections logicielles pour commettre des méfaits) ont exploité une vulnérabilité dans Poly Network, une plateforme qui cherche à connecter différentes blockchains afin qu'elles puissent fonctionner ensemble.

Rappelons qu’une blockchain (ou "chaine de blocs" en français) est un registre d'activités sur lequel reposent diverses cryptomonnaies ou cryptoactifs comme le bitcoin, l’ether, le tether, le cardano, le dogecoin, etc. Chaque actif numérique a sa propre blockchain et elles sont différentes les unes des autres. Poly Network prétend être en mesure de faire fonctionner ces différentes blockchains les unes avec les autres; cette plateforme fait partie de la "finance décentralisée" ou DeFi (pour Decentralized Finance en anglais) qui est un terme général qui englobe les applications financières basées sur la technologie blockchain qui cherche à éliminer les intermédiaires, comme les courtiers et les bourses, d’où le terme "décentralisée".

Une fois que les pirates ont volé l'argent, ils ont commencé à l'envoyer à 3 autres adresses de cryptomonnaies selon la société de sécurité Slowmist. Poly Network a alors exhorté les bourses de cryptoactifs à mettre sur liste noire les cryptomonnaies provenant des adresses liées aux pirates. Environ 33 millions USD de tether qui faisaient partie du vol ont été gelés, et donc rendus inaccessibles aux voleurs. Binance, principale bourse de cryptomonnaies a signalé qu’elle était au courant de l’attaque et qu’elle se coordonnait avec ses partenaires de sécurité pour aider de manière proactive, mais qu’il n’y avait pas de garanties… D’autant qu’il semble que le vol était probablement une attaque planifiée et préparée depuis longtemps.

D’ailleurs selon le site Cyber Helpline, "Une fois que votre monnaie virtuelle a été volée, il est très peu probable que vous puissiez la récupérer. En théorie, il est possible de retrouver la trace de cryptomonnaies en surveillant la chaîne de blocs (blockchain). En pratique, toutefois, cela est rendu difficile par la nature anonyme de la monnaie et par le fait que le voleur échangera  très rapidement la cryptomonnaie contre de l'argent normal immédiatement. Cependant, l'argent laisse une trace et vous pouvez être en mesure de la suivre jusqu'à l'identité du criminel. Mais même si vous réussissez à utiliser les registres publics pour retrouver la trace de la monnaie, comme la plupart des crypto-monnaies sont décentralisées, il n'y a pas beaucoup de voies à suivre pour les récupérer".

Les pertes dues aux vols, aux piratages et aux fraudes dans la "finance décentralisée" ou DeFi, un segment florissant du secteur des cryptomonnaies, ont atteint un niveau record au cours des sept premiers mois de l'année, indique le rapport d’août 2021 de la société de crypto-intelligence CipherTrace.

En fait, les vols de cryptomonnaies ne sont pas rares et en croissance depuis plusieurs années.

Ils peuvent revêtir plusieurs formes comme l’attaque venue de l’extérieur, du type du hold up mentionné ci-dessus, ou par exemple ce que l’on nomme dans le monde des cryptomonnaies des "exit scams" (ou "escroqueries de sortie" en français).

Ces exit scams concernent des plateformes de trading de cryptomonnaies où le(s) responsable(s) décide(nt), à un certain moment, de fermer l’accès à tous les portefeuilles de clients qui s’y trouvent et de s’enfuir avec leur butin.

En fait, si le système technologique de la blockchain est techniquement au point, le système repose néanmoins sur un contrat de confiance de la part des utilisateurs et donc, dans le cas des plateformes de trading de cryptomonnaies, sur la confiance accordée à celles-ci…

Et on a encore eu cette année des exemples retentissants d’exit scams.

Parmi ceux-ci les sites spécialisés ont par exemple beaucoup parlé de l’affaire Thodex, une plateforme d’échanges de cryptomonnaies turque. Depuis le 22 avril dernier, Faruk Fatih Ozer, le créateur de Thodex est soupçonné d’avoir fui à l’étranger avec les avoirs de ses clients. La veille, le portail, fondé en 2017, a mystérieusement annoncé la suspension des échanges pendant "quatre ou cinq jours" et rendu son site inaccessible, déclenchant la panique de ses centaines de milliers d’utilisateurs dans l’impossibilité de retirer leurs avoirs. Selon plusieurs médias turcs, le site hébergeait environ 1.7 milliard d’euros en cryptomonnaies

Mais si le montant est exact, le "record" serait battu par Africrypt. Les fondateurs d'une plateforme de trading en cryptomonnaies, Ameer et Raees Cajee, 2 frères sud-africains de 20 ans, sont soupçonnés d'avoir prétexté un piratage informatique pour détourner les fonds placés par leurs clients et disparaître, selon les sources, avec un butin 69.000 bitcoins représentant, au moment de la "disparition", un montant de près de 3.6 milliards USD! A titre de comparaison, en 2019, les fraudeurs sur les monnaies numériques avaient réussi à capter 4,3 milliards USD sur l'ensemble de l'année, selon les données du cabinet de consultants Chainalysis.

Bref, on connaît le côté très volatil et spéculatif des cryptomonnaies, dont le bitcoin est le porte-drapeau, ce qui rend les investissements dans ce type d’actif très dangereux. Mais comme le signalait récemment Gary Gensler, le nouveau patron de la SEC – l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers - "A l’heure actuelle, les investisseurs ne sont pas assez protégés. Franchement, cela ressemble plus au Far West". "Cette classe d’actifs regorge de fraudes, d’escroqueries et d’abus dans certaines applications" (Voir notre chronique du 6 août "Les bourses européennes et US au plus haut - le bitcoin plus volatil et incertain que jamais").

Et les exemples que nous avons mentionné ci-dessous lui donnent malheureusement raison…

Nouvelles économiques et financières: l’inflation accélère en Allemagne mais ralentit aux USA

Selon l’office fédéral de la statistique allemand, l’inflation outre-Rhin a fortement accéléré en juillet atteignant, selon les normes européennes IPCH, 3.1% en rythme annuel (contre 2.1% en juin) bien au-delà de l’objectif fixé par la Banque Centrale Européenne (2%).

Aux Etats-Unis, si l’inflation reste historique élevée, soit 5.4% sur un an (au lieu de 5.3% attendu), celle-ci a un peu ralenti en juillet, soit une hausse de 0.5% contre un bond de 0.9% en juin. Hors énergie et produits alimentaires, l’inflation est de 4.3% en juillet en rythme annuel contre 4.5% le mois précédent. Ces chiffres ont eu pour conséquence de momentanément faire baisser le dollar, les investisseurs étant quelque peu rassurés quant à un resserrement monétaire anticipé des autorités monétaires américaines.

Evolution des marchés boursiers hier: l’Europe boursière et Wall Street toujours plus hauts

L’indice Stoxx 600 Europe a poursuivi hier sur sa lancée des derniers jours en battant un nouveau record historique, le 8e d’affilée, atteignant 474.32 points soit une hausse de 0.42% par rapport à mardi. Les marchés ont paru rassurés par l’absence de nouvelle poussée inflationniste aux USA où les prix à la consommation avaient beaucoup plus monté qu’en Europe ces derniers mois.

Le secteur technologique a dénoté hier en étant le seul à s’inscrire en baisse par rapport à la veille (-0.54%), le segment des semiconducteurs faiblissant le plus alors que les sociétés de logiciels ou les équipementiers tiraient mieux leur épingle du jeu.

Par contre les secteurs cycliques, considérés donc comme plus sensibles à la croissance économique, ont été mis à l’honneur tels que les industrielles (+0.88%), l’énergie (+0.85%), les financières (+0.79%) et les matériaux (+0.62%).

Au rayon individuel, l’action britannique Deliveroo a déchanté (-6.1%) par rapport au bond des derniers jours, dû à l’annonce de l’entrée à son capital de son concurrent allemand Delivery Hero. Deliveroo a annoncé hier une perte en diminution mais les investisseurs s’interrogent sur ses résultats futurs car si la société de livraison de plats à domicile a profité des confinements, il n’est pas sûr que son business soit aussi florissant avec les déconfinements. Vestas, la société danoise spécialiste en éoliennes a publié aussi des résultats décevants, le cours baissant de 2.2%, tout comme l’aciériste allemand ThyssenKrupp (-5.4%).

Par contre la banque hollandaise ABN Amro a convaincu le marché en annonçant des résultats meilleurs qu’attendus et une reprise de son dividende ce qui a fait progresser son cours de bourse de 8.6%. Toujours au rayon des bons bulletins trimestriels publiés hier, signalons aussi celui d’Ahold Delhaize (+3.3%).

A Wall Street, si l’indice Nasdaq a légèrement corrigé (-0.16%), l’indice S&P 500 a imité son confrère européen et a enregistré un nouveau record historique à 4.447,70 points (+0.25%).

Seul le secteur des soins de santé a fait grise mine (-0.97%). Dans ce secteur, le cours de Moderna s’est effondré de 15.6% (principale chute du S&P 500) après avoir pourtant fortement monté en début de semaine. Certains analystes s’interrogent sur la valeur de la société. Bank of America a résumé l'opinion des baissiers sur Moderna en écrivant que la valorisation de la société est passée "de déraisonnable à ridicule". Perrigo (-12.6%), une autre société pharmaceutique, a été la 2e plus forte baisse de la séance, après avoir déçu quant à ses résultats trimestriels. Anecdote historico-financière, on se souviendra que fin 2014 Perrigo avait acquis, pour 3.6 milliards USD, la société belge Omega Pharma de Marc Coucke…

Comme avant-hier, les secteurs plus cycliques ont été mis en avant (financières, industrie, matériaux et énergie). Mais ce sont surtout les matériaux (+1.42%) et les industrielles (+1.3%) qui ont profité des achats des investisseurs. Le vote au Sénat du méga plan de 1.200 milliards USD continue de soutenir les actions de ces 2 secteurs en particulier. Plusieurs sociétés actives dans les matériaux et machines de construction ou l’acier par exemple ont progressé de plus de 3%: Vulcan Materials, Nucor, Caterpillar, Cummins ou Paccar.

Mais le bond le plus marquant du jour a été celui de la société NortonLifeLock (+8.7%), spécialisée dans les logiciels de cybersécurité, qui rachète la société tchèque Avast pour plus de 8 milliards USD. Le nouvel ensemble comptera plus de 500 millions d’utilisateurs dans le monde et deviendra un géant de l’antivirus grand public.

Les tendances boursières du jour: l’Asie en baisse, l’Europe annoncée en légère hausse

Ce matin (7h30) en Asie, les principales bourses locales sont plutôt en baisse même si Tokyo évolue proche de sa clôture d’hier. Les bourses chinoises perdent par contre entre 0.22% (Hong Kong) et 0.55% (Shanghai-Shenzhen). A noter qu’à Hong Kong la santé financière du conglomérat immobilier Evergrande – un des plus grands groupes privés du secteur -inquiète toujours beaucoup. Ce matin le cours chute à nouveau (-8%). Depuis le début de l’année il s’effondre de plus de 60%...

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux sont partagés: alors que l’ouverture des marchés boursiers européens pourrait être légèrement positive, Wall Street serait plus proche de l’équilibre. Mais à confirmer!

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, nous aurons l’estimation du PIB britannique pour juin et le 2e trimestre et pour la zone euro, la production industrielle en juin. Aux Etats-Unis, nous aurons les chiffres du chômage pour la semaine finissant le 7 août, ainsi que les prix à la production en juillet.

Au niveau des résultats de sociétés, quelques chiffres à suivre: Deutsche Telekom, Henkel, Euronav, Sipef, TUI, Royal Dutch, NN Group et Aegon en Europe; aux USA, on sera attentif notamment aux résultats d’AirBnb, Baidu et Walt Disney.

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Avertissement

Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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