2 records boursiers et 1er vote pour le méga plan Biden pour les infrastructures US

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Pour la 3e fois consécutive, l'indice ZEW qui mesure le moral des investisseurs allemands a nettement fléchi à 40,4 points en août (-22.9 points d’un mois à l’autre), ce qui refléterait un risque grandissant pour l’économie allemande suite à une possible 4e vague de Covid-19 démarrant en automne ou un ralentissement de la croissance chinoise. Les économistes s’attendaient plutôt à un chiffre de 56.7 points selon Reuters.

Fait(s) du jour

Le 10 novembre 1942, à la suite de la (seconde) victoire d’El-Alamein sur l’armée allemande, le Premier Ministre Anglais Winston Churchill avait eu ces mots célèbres "Ceci n’est pas la fin, ni même le commencement de la fin, mais c’est peut-être la fin du commencement".

On pourrait utiliser cette formule pour le gigantesque plan d’infrastructures proposé par le Président Joe Biden aux États-Unis, mais en l’écourtant: ce n’est pas la fin, mais le commencement de la fin. Car si l’annonce de ce plan a déjà été faite fin mars 2021, il fallait encore l’accord des membres du Sénat américain et ensuite de ce ceux de la Chambre des Représentants. Et c’est là que les choses se sont compliquées les derniers mois - en particulier avec l’opposition de la plupart des élus républicains - car rapidement des tensions sont apparues quant à la taille, aux modalités d’application et au financement de ce plan.

Pour faire passer le projet au Sénat, la 1ère étape, il faut d’abord rappeler que les démocrates n’y ont qu’une majorité de justesse (le Sénat est partagé 50/50 entre eux et les républicains, mais la vice-présidente Kamala Harris a une voix prépondérante comme présidente de la chambre haute). De nombreux amendements ont émaillé les discussions ces derniers mois – venant en particulier des rangs républicains - et, in fine, il fallait une majorité de 60 voix au moins pour faire passer l’accord "bipartisan". Les démocrates ont donc dû trouver un compromis avec certains républicains et 18 parmi ces derniers ont finalement accepté le deal, le feu vert du Sénat a donc enfin été obtenu hier. Le plan devra ensuite être soumis au vote de la Chambre des représentants. Aucune date n’a pour l’instant été fixée et son adoption n’est pas encore garantie car les démocrates contrôlent la majorité mais d’une très courte marge, et des tensions existent entre les centristes et l’aile gauche…

Petit retour en arrière. Fin mars 2021, le président américain a présenté le nouveau et gigantesque plan de relance de l’économie. Appelé "Build Back Better" ("Reconstruire mieux"), ce plan, d’un montant initial d’environ 2.300 milliards USD, prévoit de rénover les infrastructures des USA (datant souvent des années ’50 et donc très obsolètes), créer des millions d’emplois, concurrencer la Chine et lutter contre le changement climatique.

Comme on le voit sur le tableau ci-dessous, 4 piliers constituaient l’armature de ce plan initial ambitieux: 621 milliards USD en investissements pour les infrastructures de transport, 580 milliards USD seront aussi consacrés à l'industrie manufacturière américaine, la recherche et le développement et les efforts de formation professionnelle, 689 milliards USD pour les infrastructures liées à la qualité de vie et 400 milliards pour les soins des personnes âgées ou handicapées.

Mais au fur et à mesures des discussions il est clairement apparu que ce plan était considéré comme trop coûteux, essentiellement du côté de l’opposition républicaine, car financer de nouvelles dépenses (trop) importantes vu l’état préoccupant des finances américaines était un casse-tête. Il faut d’ailleurs signaler que cette année, les USA devront, une nouvelle fois, relever le plafond de la dette américaine  - qui avait déjà été relevé en 2019 sous la présidence de Trump après un accord avec les démocrates - afin de permettre aux Etats-Unis d’honorer leurs engagements financiers et d’éviter un humiliant et catastrophique défaut de paiement…

Bref, le compromis trouvé entre les démocrates et certains alliés républicains a revu le plan à la baisse qui ne coûtera "que" 1.200 milliards USD au lieu du montant initial de 2.300 milliards dont nous venons de parler. Et le nouveau plan ne comprendra que 559 milliards USDF de nouvelles dépenses, le solde devant être financé notamment, selon l’Administration Biden, par l'argent non dépensé des plans de relance précédents, par des réductions de dépenses d’autres budgets,… par les revenus de la nouvelle taxe sur les cryptomonnaies (dont nous avons parlé dans notre chronique du 6 août), et par des recettes fiscales plus élevées grâce à une économie meilleure que prévue. Malgré la réduction de la voilure, selon les Services du Budget du Congrès (CBO), le plan rajouterait 256 milliards USD au déficit américain entre 2021 et 2031.

Mais quels seront les secteurs essentiellement concernés par ce plan qui reste néanmoins gigantesque et exceptionnel? On peut notamment mettre en avant les projets suivants:

  • La rénovation du réseau routier pour 110 milliards USD (dont 40 milliards USD uniquement pour les ponts);
  • Les transports en commun:
  • 66 milliards USD pour moderniser et augmenter l’infrastructure ferroviaire (passagers et marchandises);
  • 40 milliards pour le transport public local;
  • 25 milliards USD pour les aéroports;
  • 17 milliards USD pour moderniser et/ou agrandir fleuves, canaux, ports, écluses et barrages;
  • Dépolluer et nettoyer l'environnement: 55 milliards USD pour les infrastructures d'approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées, y compris des fonds pour remplacer une partie des conduites de service du pays utilisant des tuyaux en plomb;
  • Pour combattre le changement climatique, une des priorités chères à Joe Biden:
  • 50 milliards USD financeront des mesures pour réduire les émissions à effet de serre et atténuer l’impact du changement climatique;
  • 5 milliards USD seront consacrés à des bus scolaires électriques et hybrides;
  • 2,5 milliards USD seront dévolus aux ferries;
  • 7,5 milliards pour construire un réseau national de bornes de rechargement pour véhicules électriques (ce point concerne un des nombreux compromis concédés par les démocrates qui voulaient initialement développer un réseau de 500.000 bornes de recharge coûtant 15 milliards USD);
  • 65 milliards pour financer l’internet à haut débit, notamment pour permettre l’accès à ceux qui n’en disposent pas encore (selon la Maison Blanche, 30 millions d’Américains n’y ont pas encore accès et 70 à 80% n’ont accès qu’à des débits limités);
  • 65 autres milliards USD pour développer le réseau d’électricité renouvelable, mais aussi les technologies à l’hydrogène propre.

Il est donc clair que ce plan mis en application sera un des soutiens importants à la relance économique américaine - sans compter que c’est une victoire politique importante pour J. Biden qui a su refédérer une partie des élus américains très divisés sous la présidence de Trump - et profitera aussi bien à des secteurs de la "vieille économie" (comme les secteurs de l’acier, de la construction, de l’automobile, des chemins de fer, du traitement des eaux,…) que de ceux de la nouvelle économie et en particulier tout ce qui touche aux nouvelles technologies.

Évolution des marchés boursiers

Les actions européennes persistent et signent, et ont inscrit donc hier un 7e record historique d’affilée, l’indice Stoxx 600 Europe clôturant la séance à 472.32 points soit un gain de 0.35% par rapport à la veille. Depuis le début de l’année la hausse de l’indice culmine maintenant à 18.37%.

Et pourtant certains voient encore du potentiel comme Goldman Sachs qui, dans une étude publiée hier, signale que "Les actions européennes sont en forte hausse cette année, dans la foulée des actions américaines et faisant mieux que d'autres régions. Mais si la performance a été forte, la valorisation de façon globale a reculé alors que les révisions de bénéfice par action ont été les plus fortes en 20 ans". Goldman Sachs a d’ailleurs relevé son objectif à 12 mois sur l'indice Eurostoxx 600 à 520 points contre 480 points auparavant, disant voir un potentiel de rattrapage sur les valeurs bancaires, de l'énergie et des ressources de base.

Dans le climat d’optimisme encore vu hier, 2 secteurs européens ont pourtant terminé légèrement dans le rouge, les soins de santé (-0.09%) et l’immobilier (-0.11%).

Tous les autres secteurs en progression ont été emmenés par les matériaux (+0.94%), devant l’énergie (+0.57%) et la consommation cyclique (+0.51%), les 6 autres gains sectoriels se situant entre 0.11% (consommation de base) et 0.49% (services de communication).

Les matériaux et l’énergie ont profité d’un certain rebond du prix de plusieurs matières premières dont le cuivre, l’aluminium et le pétrole, le Brent repassant même à la hausse les 70 USD le baril.

L’action vedette du jour a été HelloFresh, célèbre société allemande pour ses boites repas livrées à domicile, dont les résultats trimestriels ont impressionné (particulièrement chez les clients américains), la récompense étant un bond de 9.2% de l’action. Derrière on trouvait le groupe anglais de paris en ligne (secteur de la consommation cyclique) Flutter  (+8.6%) dont les chiffres trimestriels ont battu le consensus des analystes et alors que leur filiale américaine pourrait être bénéficiaire d’ici 2 ans.

À noter enfin la nouvelle hausse de Deliveroo (+6.9%), le bond atteignant même 11.7% en 2 jours, surfant toujours sous la nouvelle annoncée avant-hier de la prise de participation de plus de 5% par son concurrent Delivery Hero.

Aux États-Unis, l’indice S&P 500 n’a pas voulu être en reste par rapport à l’Europe et a donc hier atteint aussi un plus haut historique à 4.436,75 points (+0.10% par rapport à lundi), battant le précédent record de vendredi de… 0.23 points. En 2021, cet indice progresse de 18.12% en USD et de 23.14% en euros. Le Nasdaq a quant à lui perdu 0.49%.

3 secteurs ont terminé hier dans le rouge, l’immobilier (-1.09%), les technologiques (-0.73%) et les soins de santé (-0.24%). Au sein du secteur technologique c’est surtout le segment des semiconducteurs qui a souffert et en particulier l’action de Micron Technology (-5.4%, 2e plus importante baisse du S&P 500). Le cabinet d'études TrendForce a indiqué dans un communiqué publié hier que les prix contractuels des DRAM pour PC devraient baisser de 0 à 5% au 4e trimestre. Or le segment DRAM de Micron a représenté environ 2/3 des revenus de la société au cours de l'exercice 2020, selon Bloomberg… Notons aussi la baisse de 5.7% de l’entreprise pharmaceutique Moderna, touchée par des prises de bénéfices après la forte hausse du cours les derniers jours.

Comme en Europe, les secteurs les plus en verve ont été l’énergie (+1.72 %) et les matériaux (+1.48%) bénéficiant d’un sursaut du prix de plusieurs matières importantes, dont le pétrole. Mais dans le secteur des matériaux, plusieurs actions ont aussi bondi suite à l’accord au Sénat américain concernant le plan infrastructures impliquant de nombreux travaux de (re)constructions : Nucor (acier, +9.6%), Alcoa (aluminium, +8.2%), Freeport-McMoRan (cuivre, +4.8%),…

Les actions des sociétés financières et industrielles suivaient avec un gain identique soit 1.01%.

Notons enfin, parmi les progressions individuelles les plus importantes du jour, outre celles déjà mentionnées ci-dessus, la hausse de Kansas City Southern (+7.5%) - selon le Wall Street Journal, Canadian Pacific Railway envisagerait de relever son prix pour acheter la société qui vaudrait alors 27 milliards USD (ou 300 USD par action) - et celle du grossiste Sysco (+6.5%) après l’annonce de résultats trimestriels supérieurs aux attentes.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h30) en Asie, les bourses locales sont à nouveau partagées: si Tokyo gagne actuellement 0.55% alors que Hong-Kong est proche de l’équilibre (+0.10%), Shanghai et Shenzhen perdant 0.32%.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux montrent également actuellement une certaine indécision: si l’Europe pourrait commencer les premiers échanges légèrement positivement, ce serait l’inverse à Wall Street après-midi. 

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, l’Allemagne publiera aujourd’hui la variation définitive des prix à la consommation en juillet. Après-midi on aura aussi l’indice des prix à la consommation américain en juillet.

Au niveau des résultats de sociétés, quelques chiffres à suivre dont ceux de Ageas, Aedifica, Vestas, ThyssenKrupp, Ahold Delhaize, ABN Amro ou encore Deliveroo en Europe et notamment eBay aux USA.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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