Nouveaux records boursiers - Maersk ou la fièvre du marché des conteneurs maritimes

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Nouvelles économiques et financières

Vendredi, l’Allemagne a annoncé une baisse surprise et sensible de sa production industrielle en juin (-1.3% alors que les économistes prévoyaient une hausse de 0.5%). C’est le 3e recul consécutif, expliqué par les problèmes récurrents d’approvisionnement en matériaux et composants divers ; ce sont surtout les goulets d’étranglement dans les semiconducteurs, notamment dans l’important secteur automobile, qui posent toujours problème.

En juillet, les États-Unis ont créé plus d’emplois non-agricoles que prévu, soit 943.000 alors que le consensus des économistes était de 870.000, grâce notamment au dynamisme du secteur des services profitant du déconfinement. A noter aussi que le taux de chômage à baissé sensiblement plus que prévu, à 5.4% contre une estimation à 5.8% et un taux de 5.9% le mois passé. Assez logiquement, ces nouvelles ont fait remonter le rendement du taux américain à 10 ans à près de 1.30%

Fait(s) du jour

Vendredi, AP Moller Maersk, appelé souvent simplement "Maersk", le plus grand transporteur de conteneurs au monde et côté à la bourse de Copenhague, a annoncé un bénéfice record pour le 2 trimestre 2021: son EBITDA (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement) a atteint 5.1 milliards USD, soit 3 fois le niveau réalisé au 2e trimestre 2020, et ses revenus ont bondi de 60% pour atteindre 14.2 milliards USD.

Les résultats d’AP Moller Maersk sont la parfaite illustration d’un double phénomène: forte demande et pénurie de conteneurs (qui font partie du secteur industriel). Les taux d'expédition des conteneurs ont explosé alors que l'économie mondiale rebondissait après la pandémie de Covid-19 et que la demande de produits de base reprenait, tandis qu'une pénurie de conteneurs exerçait une pression sur les chaînes d'approvisionnement.

Soren Skou, CEO de la société a d’ailleurs déclaré à CNBC vendredi: "Actuellement, dans le secteur du transport maritime par conteneurs, la demande n'est pas satisfaite. La capacité mondiale n'est pas en mesure de répondre à toute la demande et c'est ce qui fait monter les taux de fret". "En même temps, bien sûr, nous avons eu des embouteillages à Los Angeles, nous avons eu le canal de Suez fermé pendant une semaine (accident de l’Evergreen en mars), nous avons l'un des plus grands ports de Chine fermé pendant plus d'une semaine au cours du dernier trimestre, et cela retire notre capacité du marché, ce qui ajoute au problème".

Comme on le voit sur le graphe ci-contre établi par Drewry (une société indépendante de conseil en recherche maritime), l’indice mondial du prix des conteneurs de 40 pieds a explosé depuis le début de la crise sanitaire.

C’est d’ailleurs confirmé par Freightos (une autre société d’analyse maritime) selon laquelle les taux de fret de la Chine vers les États-Unis (côte est), par exemple, ont atteint de nouveaux records, dépassant les 20.000 dollars par conteneurs de 40 pieds, soit une augmentation de plus de 500% par rapport à l'année dernière.

Et selon Soren Skou toujours, les entreprises tentent de répondre à la forte demande de détail tout en constituant leurs stocks, comme en témoignent les ratios stocks/ventes extrêmement bas aux États-Unis, ce qui contribue à la forte demande de containeurs. "Les perspectives pour le 3e trimestre sont solides et nous prévoyons que la dynamique actuelle d'Ocean (la principale filiale) se poursuivra au 4e trimestre, ce qui profitera également à notre activité Terminaux" (voir le communiqué: Interim Report Q2 2021 - A.P. Møller - Mærsk A/S (maersk.com). Enfin l'activité Logistique et Services poursuivra sa forte croissance sur le reste de l'année. Concrètement, reflétant cet optimisme, AP Moller Maersk a revu à la hausse ses prévisions pour 2021 à savoir notamment un EBITDA sous-jacent de 18 à 19,5 milliards USD.

Et cet optimisme est corroboré par Philip Damas (directeur général de Drewry): "Nous n'avons pas vu cela dans le transport maritime depuis plus de 30 ans", a-t-il dit dans une interview, ajoutant qu'il s'attendait à ce que les "taux extrêmes" durent jusqu'au Nouvel An chinois en 2022. D’autant plus que selon Jason Chiang (Ocean Shipping Consulting), "Il y a de nouvelles commandes de capacité de transport maritime, équivalentes à près de 20% de la capacité existante, mais elles ne seront mises en ligne qu'en 2023, donc nous ne verrons pas d'augmentation sérieuse de l'offre avant deux ans".

Si on ne peut préjuger actuellement du marché des conteneurs au niveau des prix - cela dépendra de la vigueur de l’économie - certaines études estiment par contre que la taille du marché mondial des conteneurs de navigation passerait, entre 2020 et 2027, d’environ 9.000 à 12.000 milliards USD.

Mais pour faire face à la croissance de ce marché, le secteur des porte-conteneurs mondiaux - qui est dominé par une poignée de sociétés (voir tableau suivant) -  a des programmes d’investissement d’inégaux selon ses membres.

Et si actuellement Maersk est leader mondial avec près de 711 navires, son dauphin, l’italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC) qui possède actuellement 588 porte-conteneurs, va probablement lui ravir la 1ère place. Car si seulement une capacité d’environ 200.000 EVP séparent pour l’instant les 2 sociétés, MSC a commandé des navires équivalent à 700.000 EVP. Et dans le même temps Maersk semble privilégier sa rentabilité à sa croissance à tout prix, quitte à perdre son leadership mondial et ses commandes de nouveaux navires sont donc beaucoup plus limitées.

D’autant que le marché des porte-conteneurs doit faire face à 2 contraintes à l’avenir:

  • Du fait des limites auxquelles sont contraints les chenaux de navigation, les infrastructures portuaires et les chantiers navals, les navires porte-conteneurs ont probablement atteint leur taille maximale. Les plus grands modèles actuels sont d’ailleurs aussi grands que les plus grands pétroliers et ont une taille supérieure aux plus grands vraquiers secs et aux navires de croisière géants.
  • Les exigences climatiques poussent à la décarbonisation des navires. Ainsi Maersk et MSC notamment veulent décarboner leurs services de ligne d’ici 2050. Les nouveaux navires seront ainsi équipés de "scrubbers" (des absorbeurs-neutralisateurs des particules toxiques). À l’avenir les exploitants de navires polluants courront le risque de se voir interdire l’accès d’installations portuaires (comme on l’a vu à l’époque en Europe avec le passage des monocoques aux doubles coques après la marée noire de l’Erika).

Évolution des marchés boursiers

Plus insoutenable qu’une finale du 100 m aux Jeux Olympiques avec photo-finish, l’indice Stoxx 600 Europe a décroché de justesse vendredi un nouveau record historique, le 5e d’affilée sur la semaine, pour… 0.01 point, soit 469.97 points contre 469.96 points la veille! Autrement dit quasiment inchangé en pourcentage.

6 secteurs étaient en baisse par rapport à jeudi contre 5 en hausse. Le principal secteur perdant du jour était celui des soins de santé (-0.96%), devant les actions technologiques (-0.62%), où on notait la petite forme des semiconducteurs. Les autres reculs du jour étaient limités entre 0.10% (les matériaux) et 0.33% (les industrielles).

Du côté des vainqueurs du jours, ce sont les actions financières qui ont remporté la médaille d’or (+1.43%) grâce en particulier à ING (+3.4%) qui, fort de résultats meilleurs qu’attendus et de l’annonce de la reprise du versement de son dividende, a entraîné le reste des bancaires dans son sillage. Dans le même secteur, on a aussi noté la hausse de Banco BPM (+7.3%), une petite banque italienne, qui a aussi montré un bulletin plus joli que prévu. Mais les assureurs n’ont pas voulu être en reste et Allianz, suite à l’annonce de ses trimestriels, a bondi de 2.5%; et pour faire bonne figure, même les réassureurs ont été de la fête, emmenés par Hannover Rück (+ 2.4%) avec des chiffres au-delà des attentes.

Les autres secteurs gagnants ont par contre limité leurs gains entre 0.61% (l’énergie) et 0.14% (les services de communication).

Mais la hausse la plus spectaculaire du jour a été celle de la société technologique française Atos (+10.9%), soit son plus haut niveau depuis mars 2020. Selon le site DealReporter, plusieurs sociétés de capital-investissement étudieraient cette société comme cible de rachat. Parmi ces possibles acheteurs, sont notamment cités les noms de Cinven, KKR, Advent et Bain. Signalons enfin aussi la belle progression de l’action London Stock Exchange (+ 5%) qui a annoncé une hausse de son chiffre d’affaires mais surtout un relèvement du dividende.

Du côté des bourses américaines, vendredi a été aussi pour l’indice S&P 500 l’occasion d’atteindre un nouveau record historique à 4.436,52 points (+0.17%) - mais ça n’a pas été le cas par contre pour l’indice Nasdaq (+0.40%), plus technologique - l’indice de l’emploi US ayant redonné de la vigueur aux secteurs plus cycliques donc plus sensibles à l’économie.

Dans cette logique cyclique et de vigueur économique, ce n’est donc pas une surprise de constater que les 4 secteurs ayant le mieux tiré leur épingle du jeu vendredi sont, dans l’ordre, les financières (+2.01%, les taux à 10 ans atteignant près de 1.30%, un niveau inédit depuis 2 semaines), les matériaux (+1.47%), l’énergie (+0.93%) et les industrielles (+0.42%). A noter toutefois que les actions de l’énergie ont bien performé en fin de semaine malgré le fait que les prix du pétrole soient repassés sous les 70 USD pour la première fois depuis fin mai, soit 69.4 USD actuellement.

Parmi les secteurs ayant le plus fort baissé vendredi, la consommation cyclique (ou discrétionnaire) a baissé de 0.73%, les autres secteurs perdants du jour limitant leur perte entre 0.05% et 0.23%.

Au niveau des variations individuelles parmi les actions du S&P 500, la pire des performances du jour a été de loin celle d’Expedia (-8%) - exploitant plusieurs agences de voyage en ligne - après des résultats trimestriels moins bons qu’attendus et des craintes quant aux résultats futurs du fait de la résurgence de l’épidémie due aux variants. Mais les chutes les plus impressionnantes du jour ont été celles de 2 actions cotées sur le Nasdaq, soit Novavax (-20%) - qui a une nouvelle fois repoussé sa demande d’autorisation aux USA de son vaccin contre le Covid-19 - et Zynga (-18%), ayant publié des chiffres décevants dans le secteur du jeu vidéo tout en annonçant une acquisition.

À l’inverse c’est Corteva qui a remporté la palme du jour de la plus forte progression (+8%), après des résultats au-delà des attentes, de bonnes perspectives et l’annonce d’un important programme de rachat d’actions. Rappelons que Corteva est une entreprise de production de semences agricoles créée en 2019, suite à la fusion entre Dow Chemical et DuPont, puis la scission d’une partie de la nouvelle société créée. Signalons aussi la belle hausse d’AIG (American International Group, +4.8%), groupe d’assurances américain, surfant sur de très bons résultats.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h30) en Asie, signalons d’abord que les marchés boursiers japonais sont fermés pour cause de jour férié (le "Jour de la Montagne").

En Chine, qui a publié cette nuit un chiffre d’inflation de 1% sur un an (contre une estimation de 0.8%), les marchés boursiers sont en hausse soit +0.7% à Hong-Kong et +1.3% à Shanghai-Shenzhen.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux indiquent pour l’instant que cette 1ère journée de la semaine sera marquée par les prises de bénéfices, soit -0.14% pour les premières transactions en Europe et -0.22% pour celles aux États-Unis.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, en tout début de journée en Europe, on aura le chiffre de la balance commerciale allemande en juin et l’indice du sentiment économique de la Banque de France. On aura aussi l’indice Sentix de la confiance des investisseurs en zone euro.

Aux États-Unis, les prises de parole de Raphael Bostic (président de la FED d’Atlanta) et de son homologue de Richmond Tom Barkin seront très suivies. Ils sont tous les 2 membres du Federal Open Market Committee (FOMC) de la FED, et ils reviendront certainement sur les très bons derniers chiffres de l’emploi aux États-Unis publiés vendredi.

Au niveau des résultats de sociétés, les publications vont être beaucoup moins nombreuses ces prochains jours mais en Europe, on examinera aujourd’hui ceux de PostNL et BioNTech.

On sera aussi attentif aux résultats de la sociétés pétrolière saoudienne Aramco, 1ère mondiale de son secteur et 3e plus importante société cotée en bourse au monde, derrière Apple et Amazon.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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