Records en Europe et à Wall Street - Le paiement fractionné, nouvel Eldorado financier?

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Nouvelles économiques et financières

Les prix à la production industrielle en zone euro ont accéléré en juin, de 1.4% d’un mois à l’autre et de 10.2% en base annuelle, soit un niveau très proche des attentes (10.3%). C’est le 7e mois de hausse consécutive, à cause en particulier du bond des prix de l’énergie.

Aux États-Unis, les commandes à l’industrie en juin se sont révélées plus importantes que prévu, soit une augmentation de 1.5% (contre une prévision de 1%), et une hausse de 2.3% en mai.

Fait(s) du jour

Hier nous avons très succinctement évoqué le rachat d’Afterpay par Square. Nous revenons aujourd’hui sur le business sous-jacent, le "paiement fractionné", que les anglo-saxons appellent aussi "Buy Now Pay Later" (BNPL) et que certains voient comme un nouvel Eldorado dans le monde financier. Le fonctionnement du système est simple: un acheteur fait ses emplettes via une site d’e-commerce et paie en plusieurs fois.

Mais cette ruée vers l’or inquiète les autorités de contrôle. Car comme le soulignait le journal financier Les Echos il y a près de 3 semaines, "Face à la digitalisation massive des services financiers qui s'est opérée ces dernières années, la Commission Européenne veut renforcer la réglementation entourant le crédit à la consommation. Sa cible principale: les nouvelles facilités de paiement qui se sont multipliées à la faveur du développement du commerce en ligne, et plus particulièrement le paiement fractionné. Car jusqu'à présent, cette solution échappait aux contraintes du "crédit conso", étant donné que la réglementation ne s'appliquait pas aux crédits d'un montant inférieur à 200 euros et d'une durée de moins de 3 mois". Et justement le paiement fractionné concerne la plupart du temps des petits montants d’achat.

En attendant, la croissance à 2 chiffres du paiement fractionné a engendré une ruée des investisseurs misant sur des fintechs, cotées ou non, qui tentent de bousculer ce marché tenu actuellement surtout par des filiales de banques traditionnelles. Et ces nouveaux acteurs financiers, les fintechs, ont enchaîné des levées de fonds records et des valorisations démentielles. Ainsi la société suédoise Klarna, non (encore) cotée, affiche maintenant une valorisation de près de 46 milliards USD après un nouvelle levée de fonds récente à laquelle a notamment participé Softbank. Klarna compte 18 millions de clients et 250.000 détaillants qui utilisent ses services.

Et avant-hier donc, la société américaine Square a accepté de payer 29 milliards USD pour une autre importante fintech de ce secteur, la société cotée australienne Afterpay, dont le cours de bourse a été multiplié par presque 13 depuis mars 2020! Afterpay propose une application permettant aux particuliers d'échelonner le paiement de petits achats, souvent sans frais. Néanmoins, ceux qui ne parviennent pas à honorer leurs échéances se voient infliger des pénalités (pour les utilisateurs australiens par exemple, jusqu'à 25% du prix d'achat, avec un plafond de 68 dollars australiens par commande). Cependant la majorité des revenus d'Afterpay provient de la facturation aux commerçants en ligne des coûts de transaction (environ 4% du prix de la vente) mais, en contrepartie, ces derniers sont payés immédiatement et ne s'exposent donc pas à un défaut de paiement du client. Afterpay compte plus de 16 millions de clients et plus de 100.000 sites d’e-commerce qui passent par cette société.

Mais ces fintechs sont surtout valorisées sur leur croissance (espérée) future. Ainsi Afterpay - qui vaudrait donc 29 milliards USD - a annoncé des revenus pour le 2e trimestre de seulement 204 millions USD avec une perte de 11.5 millions USD

Un rapport de McKinsey (Buy now, pay later: Five business models to compete | McKinsey) daté du 29 juillet dernier, corrobore le potentiel du marché du paiement fractionné. Selon McKinsey, "Les services de financement au point de vente (POS pour "Point-of-Sale", autre dénomination pour le paiement fractionné) aux États-Unis ont connu une croissance importante au cours des 24 derniers mois, surtout depuis le début du COVID-19. Les tendances qui alimentent cette croissance sont la numérisation, l'adoption croissante par les commerçants, l'augmentation de l'utilisation répétée par les jeunes consommateurs et l'élargissement du nombre d'acteurs ciblant le prêt sur le lieu de vente".

On voit ainsi sur le tableau ci-contre que les crédits accordés sur le lieu de vente (point-of-sale financing) devraient poursuivre leur croissance, passant de 7% des soldes de prêts non garantis aux États-Unis en 2019 à environ 13 à 15 % des soldes d'ici 2023, selon les données des Consumer Lending Pools de McKinsey.

Le taux de croissance annuel composé (CAGR) du paiement fractionné de 2020 à 2023 devrait ainsi se situer entre 18 et 20%.

Il s'agit de la seule catégorie d'actifs de prêts non garantis qui a connu une croissance à deux chiffres pendant la crise du COVID-19.

Autre statistique, en France, ce marché pourrait ainsi atteindre les 10 milliards d'euros à la fin 2021, selon les estimations des professionnels, contre 6 milliards d'euros en 2019. D'autant que le déconfinement devrait libérer certaines activités friandes de paiement fractionné, comme les voyages et les loisirs.

Au niveau mondial, les chiffres sont encore plus impressionnants comme le montre l’infographie suivante:

De plus en plus de particuliers sont demandeurs de ce genre de système. Ainsi selon l’enquête annuelle de McKinsey, environ 60% des consommateurs US disent qu'ils sont susceptibles d'utiliser le financement sur le lieu de vente au cours des six à douze prochains mois. D’ailleurs une enquête menée en juillet 2020 a révélé que près de 56% des consommateurs américains ont utilisé un service BNPL (Buy Now Pay Later), contre 38% l'année précédente.

Contrairement à une fausse idée répandue, le paiement fractionné n'est pas limité aux consommateurs ayant des scores de crédit relativement faibles. Environ 65% du total des créances créées par les prêteurs sur le lieu de vente concernent des consommateurs ayant un score de crédit important.

Un autre raisonnement erroné est que les applications d'achat offrant des solutions "acheter maintenant, payer plus tard" (BNPL) sont de pures offres de financement. Si cela peut être vrai pour les petits acteurs, les principaux fournisseurs de "Pay in 4" (paiement en 4 versements, généralement répartis sur 6 semaines, tel que proposé par Klarna ou Afterpay par exemple) créent des plateformes d'achat intégrées qui impliquent les consommateurs tout au long du parcours d'achat, du préachat à l'après-achat. Les plus grands acteurs ont ainsi l'ambition de devenir une "super application", similaire aux grands acteurs chinois tels que TMall ou Ant Group (appartenant à Alibaba), qui offrent des produits d'achat, de paiement, de financement et de banque sur une seule plateforme. Ces grands fournisseurs monétisent déjà l'engagement des consommateurs par des offres autres que le financement (par exemple, le marketing affilié, la vente croisée de cartes de crédit et de produits bancaires).

À noter que la plupart des transactions en paiement fractionné concernent des catégories à marge élevée et à dépenses cycliques, comme les vêtements et les chaussures, le fitness, les accessoires et la beauté. Parmi les sites de commerce internet utilisant ce service on trouvera par exemple Pandora, Clarins, Shiseido, Ray-Ban, Aritzia, Romwe,… Toutefois, les plus grands acteurs commencent également à s'intégrer à des catégories plus récentes, comme c'est le cas de Klarna avec Etsy.com (spécialisé dans les créations personnelles et vintage) et d'Afterpay avec Houzz.com (décoration intérieure).

Face à la montée en puissance des fintechs, les acteurs plus traditionnels du paiement, comme PayPal, ont été contraints de lancer leur propre solution pour ne pas se faire distancer et répondre aux demandes insistantes de clients commerçants souhaitant s'équiper. Idem pour Mastercard qui s’est allié avec TSYS, un spécialiste des paiements, pour permettre aux consommateurs américains d'utiliser leur carte Mastercard pour fractionner leurs transactions en plusieurs versements, avant, pendant, ou après le paiement. Enfin Visa a un projet pilote, Visa Installments, visant à permettre à ses clients et partenaires de proposer des options de paiement flexibles aux consommateurs finaux en point de vente.

Autre exemple, Apple travaille aussi sur un nouveau service qui permettra aux consommateurs de payer tout achat par Apple Pay en plusieurs versements, rivalisant ainsi avec les offres "acheter maintenant, payer plus tard" popularisées par les services d'Affirm et de PayPal. Le service à venir, connu en interne sous le nom d'Apple Pay Later, utilisera Goldman Sachs comme prêteur pour les prêts nécessaires aux offres de paiement échelonné.

Sur le schéma ci-dessous d’Exton Consulting, on remarque que le marché du paiement fractionné européen est très disputé:

Et il semble enfin que les banques traditionnelles ne veulent pas non plus laisser le champ libre aux fintechs, et autres spécialistes du paiement, dans ce domaine en pleine expansion. BNP Paribas par exemple serait ainsi, selon des informations parues la semaine passée, sur le point d’acheter Floa Bank, (filiale bancaire à 50/20 de Casino et du Crédit Mutuel Alliance Fédérale) pour 258 millions d’euros, celle-ci étant un des leaders français du paiement fractionné avec une part de marché de 33%. Preuve du potentiel du paiement fractionné, le but serait de couvrir 5 nouveaux pays européens (Floa Bank étant déjà présente en France, Belgique et Espagne) dont le Portugal et l’Italie. Et en 2025, l’ambition serait de couvrir 10 pays (outre la France) et de compter 5 millions de clients.

Évolution des marchés boursiers

2e journée d’août et 2ème record d’affilée pour les actions européennes, l’indice Stoxx 600 Europe a atteint 465.38 points soit une hausse de 0.20% par rapport à lundi.

5 secteurs ont néanmoins terminé dans le rouge, mais en limitant les dégâts, l’immobilier et la consommation cyclique perdant un maximum de 0.31%, les technologiques abandonnant 0.23%, les industrielles 0.16% et la consommation de base 0.08%. Au sein du secteur technologique on aura remarqué la chute de Teamviewer (-10.1%), société allemande qui permet notamment des téléconférences, qui a déçu au niveau de ses résultats trimestriels. Il est vrai que ce genre de société, plébiscitée lors des confinements, a depuis perdu beaucoup de sa superbe avec un retour à une vie plus normale. Depuis son sommet de juillet 2020 à près de 54 euros, l’action a perdu plus de 50% de sa valeur…

Mais parmi les perdants, on aura aussi noté la rechute de Prosus (-6.9%), qui détient près de 30% de Tencent dont le cours de bourse a perdu plus de 6% hier matin en bourse de Hong-Kong. Après l’e-commerce, les médias et l’éducation privée, le secteur du jeu vidéo chinois, dans lequel Tencent est très présent, semble être la nouvelle victime du tour de vis régulatoire des autorités du pays. "L’Economic Daily", un media officiel chinois a dans un article au vitriol qualifié les jeux vidéo "d’opium mental" et de "drogues électroniques"…

Par contre, les gagnants du jour étaient largement dominés par l’énergie (+2.62%) emmenés par les pétrolières et surtout BP (+5.6%) qui a annoncé des résultats trimestriels supérieurs aux prévisions et qui, dans la foulée, va davantage récompenser ses actionnaires en augmentant son dividende et ses rachats d’actions.

Nettement plus loin, sur les 2e et 3e marches du podium, on trouvait le secteur des matériaux (+0.51%) et les financières (+0.44%). Au sein de ce dernier secteur, 2 actions ont particulièrement impressionné: Société Générale (+6.4%) et Bank of Ireland (+7.8%), toutes les deux ayant annoncé des chiffres trimestriels au-delà des attentes.

D’ailleurs comme les jours précédents, les bonnes surprises trimestrielles ont largement dominé en Europe. À l’exception d’Infineon qui a déçu, les autres annonces étaient meilleures qu’attendues. Outre celles déjà évoquées ci-dessus, on peut aussi citer BMW et Stellantis dans le domaine automobile ou DSM dans le secteur chimique.

À Wall Street, les actions américaines ont imité leurs consoeurs européennes en affichant un nouveau record historique: l’indice S&P 500 a terminé à 4.423,15 points, soit une hausse de 0.82% sur la journée de mardi. L’indice Nasdaq a de son côté progressé de 0.55%.

Seul le secteur des services de communication a fini légèrement dans le rouge (-0.18%) sous la pression des actions du segment des jeux vidéo. Celui-ci a pâti de 2 mauvaises nouvelles : d’abord celle de la chute de l’action Tencent (cotée en Chine mais aussi aux USA et ayant donc un important département jeux vidéo), suite à la pression des autorités chinoises. Ensuite la société américaine Take-Two Interactive a publié des résultats trimestriels décevants entraînant son cours dans une chute de 7.7%. Par effet de contagion, les autres acteurs importants du secteur des jeux vidéo ont également fortement baissé comme Activision Blizzard (-3.5%) ou Electronic Arts (-3%).

Les 10 autres secteurs de la bourse américaine ont par contre terminé en hausse, celui de l’énergie en tête (+1.83%), influencé comme en Europe par les très bons résultats du groupe international BP et de l’américain ConocoPhillips.

Les soins de santé (+1.41%), 2e plus important secteur à Wall Street, ont également contribué à la hausse générale. Moderna a joué les locomotives dans ce secteur (+11.5%), plusieurs nouvelles ayant contribué au bond du titre: hausse du prix de son vaccin contre le coronavirus, 3e dose dans certains pays et approbation "Fast track" de la FDA américaine pour son vaccin contre le VRS pour Virus Respiratoire Sycncytial (la plupart des personnes se rétablissent en une ou deux semaines, mais le VRS peut être grave, en particulier pour les nourrissons et les personnes âgées. Le VRS est la cause la plus fréquente de bronchiolite et de pneumonie chez les enfants de moins d'un an aux États-Unis et peut entraîner une pneumonie et une détresse respiratoire chez les personnes âgées). Dans le même secteur santé, on aura aussi noté les fortes hausses de Pfizer (+3.5%) et Eli Lilly (+3.8%).

Le secteur des matériaux (+1%) et les financières (+1.13%) ont aussi tiré l’indice S&P vers le haut.

Pour terminer signalons, au sein du S&P 500, les hausses notoires de Gartner (société d’études et analyses dans le secteur IT, +10.8%) et Under Armour (vêtements et chaussures, +7.5%) boostées par leurs bons résultats trimestriels. Parmi ces derniers, nous aurons aussi remarqué ceux d’Amgen, Dupont de Nemours, KKR et Discovery.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h40) en Asie, la bourse japonaise baisse de 0.3% alors que les indices chinois se redressent, Hong Kong gagnant actuellement 1.2% et Shanghai-Shenzhen 0.6% profitant de la publication tôt ce matin des indices PMI Caixin de juillet meilleurs qu’attendus, mais aussi de rumeurs signalant que les autorités chinoises ne seraient finalement pas si négatives pour le secteur des jeux vidéo et donc Tencent.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux sont partagés, l’Europe ouvrirait en hausse de 0.2% et Wall Street en baisse de 0.1%.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, on aura pour plusieurs pays (France, Allemagne, Royaume-Uni) les indices PMI Markit des services (chiffres définitifs) pour juillet et, évidemment, l’agrégat pour la zone euro. Pour cette même zone euro, on disposera aussi des ventes au détail pour juin. Enfin, après-midi, 2 statistiques seront aussi publiées. D’une part l’enquête ADP sur l’emploi privé en juillet et, d’autre part, l’indice ISM définitif des services (ou non manufacturier) en juillet.

Au niveau des résultats de sociétés, en Europe, la journée sera un peu plus animée que les 2 jours précédents avec notamment les chiffres de Commerzbank, Intesa Sanpaolo, SES, Maurel & Prom ou Wolters Kluwer.

Au Japon, 3 sociétés importantes donneront aussi leurs résultats, Sony, Honda et Toyota.

Enfin aux États-Unis, on prendra connaissances notamment des chiffres de Ford et General Motors dans l’automobile, d’Uber, Kraft Heinz, Electronic Arts ou CVS

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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