Déjà un record boursier en août – Et pas de stress pour les banques européennes

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Nouvelles économiques et financières

En Allemagne, grâce à l’assouplissement des restrictions sanitaires, les ventes au détail en juin ont progressé beaucoup plus que prévu (4.2% alors que les économistes n’attendaient qu’une hausse de 2%). C’est aussi le 2e mois consécutif de hausse de cet indice après la belle performance de mai (+4.6%).

Surprise positive également pour la croissance du secteur manufacturier en zone euro qui s’est affichée à 62.8 points en juillet contre une estimation de 62.6 points, même si c’est plus bas que le niveau de juin (63.4 points).

Aux Etats-Unis, la croissance de l'activité manufacturière a par contre ralenti en juillet pour atteindre son plus bas niveau depuis janvier, selon l'enquête mensuelle de l'Institute for Supply Management (ISM) publiée hier, soit 59.5 points contre 60.6 points en juin et alors que les économistes s’attendaient à 60.9 points;

Fait(s) du jour

Après les banques américaines, on connaît maintenant aussi les résultats des stress tests des banques européennes. Ces tests visent donc à évaluer la capacité d’une institution financière à absorber un choc économique majeur qui advient au cours de ses activités. Pour rappel dans notre chronique du 28 juin dernier (Des banques US sans stress vont généreusement récompenser leurs actionnaires - Private Banking CBC), le fait que la Réserve Fédérale américaine (FED) avait fait savoir que les 23 plus grandes banques établies sur le sol américain avaient réussi haut la main les fameux "stress tests" et disposaient de montants en capitaux bien supérieurs à ceux exigés au vu des risques.

Pour ces tests, la FED avait pris comme hypothèses une grave récession mondiale entrainant une hausse du chômage à 10% (contre une hypothèse réelle de 4.5% fin 2021), un PIB en chute de 4% entre fin 2020 et le 3ème trimestre 2022 et une chute de 55% des cours des actions. La FED envisageait aussi l’hypothèse de fortes tensions sur l’immobilier commercial ainsi que sur la dette des entreprises.

Si ce scénario-catastrophe se réalisait, les 23 grandes banques américaines étudiées perdraient ensemble plus de 470 milliards USD (dont 160 milliards liés à l’immobilier commercial et aux prêts aux entreprises). Mais si, dans cette hypothèse, leurs ratios de capital (Common Equity Tier 1 ou CET1) baisseraient alors à 10.6% en moyenne, ce niveau serait néanmoins plus du double du taux minimum requis (4.5%, hors "coussin" supplémentaire préconisé par les autorités). Les "Big Six" (6 principales banques US) atteindraient respectivement, dans le cadre du "scénario du pire" évoqué ci-dessus, les niveaux suivants: Bank of America (9.9%), Citigroup (9.4%), Goldman Sachs (8.8%), Morgan Stanley (12.7%), JPMorgan Chase (10.7%) et Wells Fargo (8.8%).

Fin de la semaine passée, on a donc eu connaissance des résultats des stress tests effectués en Europe (normalement prévus l’année passée mais réalisés en 2021 pour  tenir compte de la conjoncture particulière liée à la crise sanitaire) pour lesquels nous avons consulté les documents de l’EBA (European Banking Authority) afin d’en voir les conclusions. 50 banques de l’Union Européenne (UE) et de l’Espace Economique Européen (EEE), couvrant 70% des actifs du secteur bancaire de l’UE ont participé à l’exercice.

Le test de résistance européen est caractérisé par un scénario défavorable qui suppose une situation avec le Covid-19 prolongé dans un environnement de taux d'intérêt "bas pour longtemps", avec une baisse cumulée du PIB sur l'horizon de 3 ans de 3,6% dans l'Union Européenne et un taux de chômage cumulant à 12.1% en 2023. Le scénario défavorable de 2021 est très sévère, compte tenu également du point de départ macroéconomique plus faible en 2020 en raison de la pandémie. 

Sur le tableau ci-contre, la conclusion est que le ratio CET1 (Common Equity Tier 1) passerait, en moyenne, de 15% fin 2020 à 10.2% fin 2023, dans le pire des scénarios. Soit un niveau qui resterait robuste et finalement assez proche des résultats américains.
Plus concrètement, en cas de grave crise économique, le secteur bancaire européen perdrait 265 milliards d'euros de fonds propres mais maintiendrait un niveau correct de solvabilité.
Mais le rapport de l’EBA révèle de fortes disparités entre banques européennes.
 

Selon le tableau suivant, où nous avons compilé les ratios CET1 de quelques banques cotées européennes importantes, les banques des Pays-Bas et de Belgique font mieux que la moyenne, les autres étant en-deçà de ce niveau. Pour les détails complets, consulter les sites suivants : EU-wide stress testing | European Banking Authority (europa.eu) et 2021-EU-wide-stress-test-Results.pdf (europa.eu)

 (*) : Belfius, non cotée en bourse, avait un ratio de 16.36 % fin 2020 et aurait un niveau de 13.66 % fin 2023 selon le pire des scénarios.

(**) : Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS) passerait de 9.86 % fin 2020 à… - 0.10 % fin 2023, soit des fonds propres négatifs d’ici 2 ans et demi ! Ce qui expliquerait les discussions surprises entre l’Etat italien et UniCredit, le 1er cédant ses 64.2 % dans BMPS au second…

A noter que l’EBA a élargi aussi ses tests à d’autres banques que les 50 susmentionnées. Le total comprend 38 banques de l'échantillon de l'ABE et 51 autres banques de taille moyenne supervisées par la BCE (ainsi on y retrouve 3 banques belges de plus petite taille: Axa Banque Belgique, Argenta et Banque Degroof Petercam). Le ratio CET1 final moyen des 89 banques supervisées par la BCE dans le cadre du scénario défavorable à trois ans est de 9,9%, en baisse de 5,2 points de pourcentage par rapport au point de départ de 15,1%.

Selon le rapport, quels sont les facteurs pouvant affecter le ratio de solvabilité des banques en cas de grave choc économique? 3 causes principales ont été identifiées : le risque de crédit, le risque de marché et la capacité limitée de générer des revenus dans des conditions économiques défavorables.

  • Le premier facteur clé de l'épuisement du capital est le risque de crédit, car le choc économique dans le scénario défavorable a entraîné des pertes sur prêts. Malgré la résilience globale du système bancaire, de nouveaux défis sont apparus avec la pandémie de coronavirus (COVID-19) et les banques doivent s'assurer qu'elles mesurent et gèrent correctement le risque de crédit.
  • Pour un sous-ensemble de banques, le deuxième principal facteur d'épuisement des fonds propres a été le risque de marché. De nombreux produits financiers ont dû être entièrement réévalués, ce qui en fait le principal facteur de risque de marché. Les plus grandes banques ont été particulièrement touchées, car elles sont plus exposées aux chocs sur les actions et les écarts de crédit.
  • Le troisième facteur principal était la capacité limitée de générer des revenus dans des conditions économiques défavorables, car dans le scénario défavorable, les banques ont été confrontées à une baisse significative de leurs revenus nets d'intérêts, de leurs revenus de négociation et de leurs revenus nets de commissions.

Pour terminer, il est important de noter que les banques qui affichent des ratios moins favorables ne devront pas nécessairement se recapitaliser ou limiter leurs dividendes, car, dans l'exercice européen (par opposition à ce qui se pratique aux Etats-Unis avec le système "pass or fail" (passer ou échouer), il n'y a pas de jauge de fonds propre à atteindre. Mais évidemment la BCE tient compte des résultats dans l'examen individuel de chaque banque et mené chaque année, le fameux SREP (Supervisory Review and Evaluation Process).

Et comme le souligne la BCE "Le SREP fait la synthèse des constats établis par l’autorité prudentielle au cours d’une année et impose aux banques certaines améliorations. Il signale, notamment, la situation des banques par rapport aux exigences de fonds propres et présente leur dispositif de traitement des risques. Dans les décisions SREP que le contrôleur adresse aux banques au terme du processus, des objectifs clés sont fixés afin de résoudre les questions identifiées. Les banques disposent alors d’un certain délai pour apporter les "corrections" nécessaires".

Évolution des marchés boursiers

Le mois d’août a commencé de la plus belle des manières pour les marchés boursiers européens : un nouveau record historique clôturant la 1ère journée pour l’indice Stoxx 600, en hausse de 0.6% à 464.45 points.

Les investisseurs tiennent, au moins pour l’instant, peu compte de la résurgence de l’épidémie due au contagieux variant Delta du coronavirus ; mais il est vrai que comparativement aux derniers mois, les campagnes de vaccination font progressivement leurs effets d’autant que de plus en plus de gens se font vacciner. Par contre, les marchés sont toujours portés par la grande majorité de résultats trimestriels meilleurs qu’attendus. Et on en a encore eu la preuve hier avec les chiffres publiés par Heineken, HSBC, Axa ou Ferrari. Par ailleurs, on a vu hier que la croissance de l’activité manufacturière dans la zone reste soutenue, même si elle a ralenti.

Tous les secteurs de la cote, sans exception, ont fini en hausse, les actions technologiques décrochant la médaille d’or (+1.5%, grâce en particulier au segment des semiconducteurs en progrès de 2.25%), de justesse devant l’immobilier (+1.46%) et la consommation cyclique (+1.33%). Dans ce secteur, Adidas a fait impression en progressant de 3.8%, un fonds important de Fidelity l’ayant notamment ajouté à ses participations au détriment de Netease.

Notons enfin, au rayon des actions individuelles, la méforme de l’assureur allemand Allianz (plus forte baisse de l’indice Stoxx 600 Europe, - 7.8%) suite à l’annonce d’une enquête aux Etats-Unis par le département américain de la justice concernant les fonds "Structured Alpha". Plusieurs fonds de pension ont déposé plainte contre Allianz Global Investors pour avoir mal protégé leurs investissements lors de la chute des marchés provoquée par l’émergence de la pandémie. L’assureur allemand a reconnu que l’issue des procès pourrait affecter ses résultats à venir.

Par contre, du côté des performances marquantes de la journée, pointons Meggit (+56.7%), de loin le bond le plus spectaculaire en Europe, un équipementier anglais spécialisé dans l’aérospatiale. Parker-Hannifin, le fabricant américain de systèmes industriels de contrôle de mouvement, a accepté d'acheter Meggitt pour 6,3 milliards de GBP (8,8 milliards USD) en espèces afin de renforcer sa position dans une industrie aérospatiale en plein essor.

A Wall Street, le début du mois d’août n’a pas été aussi festif qu’en Europe. En clôture, l’indice S&P 500 a légèrement baissé (-0.18%) alors que l’indice Nasdaq gardait de justesse la tête hors de l’eau (+0.06%).

Seuls 3 secteurs ont d’ailleurs terminé en hausse hier : les services aux collectivités (+0.74%), la consommation cyclique (+0.28%) et les soins de santé (+0.17%).

Du côté des perdants du jour, les matériaux (-1.2%) ont été les plus à la peine. Dans ce secteur, la baisse la plus marquée a été celle de Mosaic (produits chimiques agricoles) qui a chuté de 4.2% suite à des résultats trimestriels mitigés: si les bénéfices ont dépassé les attentes, le chiffre d’affaires a déçu.

Les secteurs de l’énergie ("douché" par la baisse des prix du pétrole, le Brent cotant moins de 73 USD le baril) et de l’industrie ont tous les deux abandonné 0.7% alors que les autres secteurs ont clôturé la journée avec des déchets limités.

A noter enfin, le bond de Square (+10.2%) qui a annoncé le rachat d’Afterpay, une "fintech" australienne du crédit après livraison appelé aussi "Buy Now Pay Later", pour 29 milliards USD.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h30) en Asie, la tendance baissière domine. La bourse de Tokyo baisse de 0.6%, celle de Hong Kong de 0.3% et celles de Shanghai-Shenzhen de 0.1%

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux sont partagés: selon ces indicateurs, l’Europe devrait ouvrir en baisse (-0.2%) alors que les USA pourraient être positifs dans les premiers échanges (+0.3%).

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, peu de chiffres ce mardi, mais néanmoins on aura les commandes à l’industrie en juin aux Etats-Unis.

Au niveau des résultats de sociétés, en Europe, on suivra notamment ceux d’Infineon, BMW, Stellantis, SocGen, Natixis, DSM et BP.

Aux Etats-Unis, Amgen publiera ses chiffres trimestriels, mais on suivra aussi l’action Alibaba, cotée en Chine et aux USA, qui donnera aussi ses résultats demain.

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Avertissement

Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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