Fin de mois boursière négative mais juillet positif - Le secteur Télécoms sous la loupe

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique, après s’être contractée de 2.1% au 1e trimestre l'économie allemande s’est redressée au 2e trimestre, le PIB augmentant de 1.5%, en profitant d'une poussée des dépenses de consommation privée et publique. Mais c’est une petite déception car les économistes attendaient encore mieux (un PIB en hausse de 2.1%).

Le PIB de la zone euro, après 2 baisses trimestrielles consécutives, a rebondi de 2% au 2e trimestre 2021. Si on considère l’ensemble de l’Europe, la croissance a atteint 1.9%. Quant à l’inflation, en zone euro, elle est passée au-dessus de l’objectif de 2% la BCE en grimpant à 2.2%. Par contre le taux de chômage a fortement baissé en juin en zone euro, soit à 7.7% contre 8% en mai. Si on considère l’Europe dans son ensemble, le taux de chômage est de 7.1%.

Aux USA, l’indice des prix "Core PCE" a augmenté de 0.4% en juin par rapport à mai et de 3.5% sur 1 an, ce qui est moins qu’attendu par les économistes, mais cela reste au-delà de l’objectif d’inflation de la FED. Quant aux dépenses de consommation (soit les 2/3 de l’activité économique US) elles ont augmenté de 1% alors que les revenus croissaient de 0.1% (soit mieux que prévu, les économistes ayant prévu une baisse de 0.3%).

Fait(s) du jour

Le secteur des télécoms est en pleine mutation et, ces dernières années, la bourse n’a en général pas été un havre de paix pour la plupart des opérateurs classiques. Comme on le voit ci-dessous, l’indice Télécoms Europe sous-performe clairement par rapport à l’indice global Stoxx 600 Europe depuis la fin 2016.

Le cas de notre opérateur national est exemplatif à cet égard. Vendredi Proximus a annoncé une hausse de son chiffre d’affaires au 2e trimestre à 1.37 milliards d’euros (+3%), mais les coûts ont augmenté de 6.7% suite notamment à l’accélération de l’installation de son réseau de fibre optique. L’EBITDA (résultat brut d’exploitation) a logiquement baissé sur le trimestre à 476 millions d’euros (-5%). Ces chiffres révèlent une partie du problème : l’augmentation des coûts et la pression sur les bénéfices. En fait, nonobstant les efforts de Proximus, sur les 5 dernières années, l’EBITDA n’a guère évolué passant de 1.796 milliards en 2016 à 1.836 milliards d’euros l’année passée. Et cette année les prévisions de Proximus sont de 1.750 à 1.775 milliards d’euros.

En fait, comme l’a souligné la firme d’audit et de conseil PwC (PricewaterhouseCoopers) dans son rapport "Télécommunications: la grande transformation", le secteur des télécoms rencontre de nouveaux défis comme "l’influence profonde des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), la disruption 2.0 et les nouvelles normes régulatrices du digital". Les opérateurs classiques doivent donc changer et augmenter l’expérience client des utilisateurs mais aussi réduire le montant de leurs dépenses d’investissement (CAPEX). Mais le défi est de taille, le développement de la 5G entraîne des frais très importants. La plupart s’orientent vers une diversification de leur offre: investissement dans les contenus (droits de diffusion d’événements sportifs par exemple), ouverture de banques, nouveaux services dans l’intelligence artificielle, les objets connectés ou la domotique, etc.

Il faut aussi que les opérateurs télécoms exploitent mieux une de leurs plus grandes richesses: les données des utilisateurs. Mais cela doit se faire en parallèle avec une réglementation en évolution, et plus restrictive, comme notamment la fameuse GDPR (General Data Protection Regulation) relative au traitement des données à caractère personnel.

Bref le défi des opérateurs télécoms est de maintenir, voire d’augmenter, la qualité de leur réseau, tout en essayant de réduire leurs dépenses et face à une concurrence de plus en plus intense – face aux nouveaux entrants mais aussi entre opérateurs historiques - et une réglementation plus contraignante.

Durant la pandémie on a beaucoup parlé de la croissance du trafic auprès des opérateurs télécoms (télétravail, école à la maison, loisirs accrus chez soi) mais ce n’est pas tellement les propriétaires des "tuyaux" qui en en profité que ceux qui possédaient les contenus, comme les plateformes de streaming par exemple (Netflix, Amazon, Disney,…). En fait, comme l’a démontré une autre étude ("A blueprint for telecoms critical reinvention" – McKinsey – 28 avril 2021), ce phénomène a déjà commencé bien avant 2020 mais a été amplifié durant la crise sanitaire.

On voit notamment ainsi sur le tableau ci-dessous que le rendement du capital investi (ROIC ou Return On Invested Capital)  des 25 plus grands opérateurs télécoms a diminué de plus en plus entre 2010 et 2019 pour se rapprocher du coût moyen pondéré du capital (WACC – Weighted Average Cost of Capital). Et entre 2014 et 2019, les 8 principales sociétés internet cotées se sont accaparées une part grandissante des bénéfices de ce business au détriment des opérateurs télécoms classiques, passant de 26% à 60% du total!

Cependant, durant la pandémie, les opérateurs télécoms ont su affirmer leur présence et prouver leur valeur ajoutée. Ils ont permis aux gens de rester connectés aux informations vitales en matière de santé publique et de sécurité, ont aidé les entreprises et leurs employés à travailler à domicile, ont permis aussi aux systèmes d’éducation de continuer à fonctionner avec l’enseignement à distance et ont contribué à maintenir le tissu (virtuel) des familles et des communautés dans le monde entier.

Et pour tout un écosystème de fournisseurs, de distributeurs et de partenaires, ils ont fait tout simplement office de point d'ancrage.

Mais dans le même temps, comme le souligne aussi le rapport McKinsey, "le secteur a connu des changements sismiques et irrévocables. Les comportements des clients ont fait un bond de cinq à dix ans en avant. L'importance des interactions commerciales numériques a doublé, les consommateurs se "déplaçant" en ligne et adoptant de plus en plus le service client en libre-service. Les activités gourmandes en bande passante, comme l'apprentissage à distance, les jeux et les vidéoconférences, ont connu une croissance spectaculaire, un changement qui devrait être permanent. Plus de la moitié des entreprises s'attendent à une migration croissante des actifs vers le cloud, créant une demande à la fois chez les opérateurs et dans les pools de valeur adjacents".

Évolution des marchés boursiers

Fin de semaine terne sur les actions européennes dont l’indice Stoxx 600 aura abandonné 0.45% vendredi, sur le mode "prises de bénéfices". Néanmoins sur le mois de juillet, l’indice aura gagné 1.1% ce qui porte son gain total en 2021 à 15.7%, soit jusqu’à présent une très belle performance d’un point de vue historique sur seulement 7 mois.

Seulement 4 secteurs, plutôt défensifs, ont terminé dans le vert: l’immobilier (+0.29%), la consommation de base dite aussi non-cyclique (+0.10%), les services de communication (+0.02%) et les soins de santé (+0.47%). Paradoxalement, c’est une société anglaise de ce dernier secteur, ConvaTec (fourniture d’équipements médicaux et chirurgicaux) qui a terminé en queue de peloton européen en chutant de 8.1% après une annonce de résultats décevants. A noter que parmi les rares autres mauvaises surprises du jour quant aux résultats trimestriels, on trouve une autre société du secteur de la santé, Fresenius Medical (-4.5%).

C’est le secteur de l’énergie qui a baissé le plus vendredi (-1.68%) alors pourtant que la plupart des sociétés pétrolières (européennes (et américaines, voire ci-dessous) ont annoncé des très bons résultats trimestriels. Derrière on trouvait les services aux collectivités (-1.39%) et la consommation cyclique (-0.85%).

Malgré ce contexte globalement baissier, à nouveau une très large majorité de résultats trimestriels se sont révélés mieux qu’attendus en fin de semaine et parmi ceux-ci Euronext (+5.3%), meilleure performance boursière européenne ce vendredi. Mais parmi les beaux bulletins trimestriels on dénombrait aussi Umicore, Bekaert, Proximus, WDP, BNP Paribas, Renault, EssilorLuxottica, Hermès, Schneider, Air-France KLM, UniCredit, Aperam ou encore Raiffeisen Bank.

A noter enfin le bond de 61% du cours d’Iliad, société française de télécoms, après que Xavier Niel (fondateur et actionnaire majoritaire du groupe avec 72% du capital) a annoncé une OPA sur la société à 182 euros dans le but de retirer la société de la bourse.

A Wall Street vendredi, l’indice S&P 500 aura suivi la même tendance qu’en Europe soit une baisse de 0.54%, mais juillet aura été positif à raison de 1.74%. Quant au gain depuis le début de l’année, il se monte à 17% pour la bourse américaine et même à 20.4% si on calcule la performance en euros.

Mais en fin de semaine dernière, seuls 4 secteurs auront terminé en zone positive: les matériaux (+0.40%), l’immobilier (+0.32%), la consommation non-cyclique (+0.12%) et les soins de santé (+0.07%).

En fait c’est l’important secteur de la consommation cyclique (pesant 12% dans l’indice global) qui aura le plus baissé vendredi (-2.78%) entraîné par la chute du cours d’Amazon (-7.6%) après que les résultats du deuxième trimestre de la société, publiés jeudi après la séance boursière, aient été inférieurs aux attentes des analystes. De plus Amazon a mis en garde contre un ralentissement de sa croissance au cours des trimestres à venir, car elle doit faire face à des comparaisons difficiles d'une année sur l'autre, alors que son activité était en plein essor pendant la pandémie de Covid-19. Par contagion, d’autres sociétés actives dans le commerce en ligne ont été durement touchées comme e-Bay (-7.1%) ou Etsy (-7.8%).

Le secteur de l’énergie est le second à avoir le plus souffert en cette dernière séance de juillet (-1.76%), dans la foulée du repli des cours du pétrole (sous les 75 USD le baril pour le Brent) mais en dépit de la publication de résultats meilleurs que prévus pour 2 de leurs "majors" pétroliers, ExxonMobil et Chevron, dont les cours ont respectivement perdu 2.3 et 0.7%.

Les services aux collectivités (-0.87%) et les financières (-0.73%) étaient les autres secteurs les plus impactés par la tendance baissière vendredi.

A noter que parmi les résultats du 2e trimestre publiés en fin de semaine passée, outre ExxonMobil et Chevron, Caterpillar et Procter & Gamble ont aussi surpassé les prévisions des analystes. Mais individuellement, grâce à des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, ce sont 3 autres sociétés qui ont enregistré les hausses les plus remarquées du S&P 500: Dexcom active dans des instruments médicaux pour diabétiques (+13%), KLA du secteur des semiconducteurs (+9%) et Fortive (+5%) active dans les instruments de mesure industriels.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin tôt, l’indice PMI Caixin chinois des directeurs des achats du secteur manufacturier en juillet est plus faible qu’attendu (50.3 points contre 51 attendus), le plus bas niveau depuis avril 2020.

Néanmoins les indices asiatiques sont actuellement (7h20) clairement dans le vert, le Japon progresse de 1.9%, l’indice Hang Seng de Hong de 0.9% et le CSI 300 de Shanghai-Shenzhen de 2.2%.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux indiquent aussi pour l’instant une tendance haussière d’environ 0.5% à l’ouverture des marchés, tant en Europe ce matin qu’aux Etats-Unis cette après-midi.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, on aura connaissance de plusieurs statistiques. Tôt ce matin sera publié l’indice PMI Caixin-Markit manufacturier chinois pour juillet (voir ci-dessus). En matinée on aura également pour l’Allemagne, les ventes au détail en juin. Sera aussi publié l’indice définitif PMI Markit manufacturier de juillet pour la zone euro (ainsi que pour ses composantes comme l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni).

Après-midi l’indice ISM manufacturier de juillet pour les USA sera aussi dévoilé, le PMI Markit définitif des directeurs des achats du secteur manufacturier pour juillet ainsi que les dépenses de construction en juin.

Au niveau des résultats de sociétés européennes, la semaine commencera plus calmement que les derniers jours mais on suivra avec attention quelques chiffres comme ceux d’Axa, de Ferrari, d’HSBC ou d’Heineken.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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