Quand les actions chinoises s’enrhument, les actions occidentales toussent…

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Sans grande surprise le Fonds Monétaire International (FMI) a confirmé hier sa prévision de croissance économique mondiale pour cette année, soit +6%. Mais elle a revu ses estimations à la hausse pour les économies dites "avancées" (comme les USA, +7% en 2021 et la zone euro, +4.6%) favorisées par la vaccination et de grands efforts budgétaires alors que sont revues à la baisse les prévisions pour des pays en développement ne bénéficiant pas des mêmes avantages.

Aux USA, la confiance des consommateurs a légèrement progressé en juillet (à 129.1 points soit +0.2 point comparé à juin) selon le Conference Board et est à son plus haut niveau depuis le début de la crise sanitaire. Cette statistique est meilleure qu’attendue par les économistes qui anticipaient une baisse de la confiance.

Par contre les commandes de biens durables aux Etats-Unis ont été décevantes quoiqu’en hausse en juin (+0.8 % contre +3.2% en mai) alors que le consensus prévoyait une progression de 2.1%. Il semblerait que les Américains ont plus dépensé dans les services, depuis le déconfinement, que pour les biens durables (voitures, appareils électroménagers ou électroniques par exemple)

Fait(s) du jour

Que se passe t’il sur les marchés boursiers chinois? Les derniers jours, les actions chinoises ont fortement corrigé, qu’elles soient cotées à Hong Kong, Shanghai-Shenzhen ou New York. Comme on le voit sur le graphe ci-dessous (exprimé en USD pour la comparaison), après un bon début d’année, les actions chinoises ont progressivement perdu de leur superbe pour ensuite s’effondrer les derniers jours. Si les indices locaux, le Hang Seng de Hong Kong et le CSI300 de Shanghai-Shenzhen sont maintenant clairement en territoire négatif par rapport à fin 2020, que dire de l’indice américain Nasdaq Golden Dragon China Index qui s’effondre de plus de 31% depuis le début d’année? Celui-ci reprend 98 actions chinoises cotées à New York dont les plus emblématiques sont Alibaba, Baidu, JD.Com, Netease, Pinduoduo, Petrochina ou Tal Education. Pour les lecteurs intéressés, ils peuvent consulter la liste complète de ces 98 valeurs à l’adresse suivante : Weighting for HXC (nasdaqomx.com).

Petit retour en arrière. Fin 2020 et début 2021, la plupart des sites et journaux spécialisés, citant des spécialistes comme Fidelity, Schroders, Carmignac, etc., plébiscitaient les marchés émergents et chinois en particulier. Une enquête de Bank of America, datée de novembre 2020, notait que les gestionnaires de fonds internationaux sondés plaçaient les marchés émergents en première place de leurs investissements en 2021. Xavier Hovasse, gérant spécialisé chez Carmignac et mettant en avant l’Asie et la nouvelle économie chinoise, résumait ainsi bien le sentiment général: "Ces pays ont un potentiel très fort, ils sont les grands gagnants de la révolution technologique qui s’est accélérée avec la crise". "Des sociétés comme le coréen Samsung, Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) et les géants chinois des hautes technologies, notamment Tencent dans l’internet ou JD.com dans le commerce en ligne, réunissent de nombreux suffrages".

Mais un grain de sable, semblant à priori isolé, a grippé, fin 2020, l’enthousiasme général. Ant Group, géant chinois du paiement en ligne et filiale financière d’Alibaba, a vu son introduction en bourse planifiée en novembre "suspendue" au dernier moment par les régulateurs chinois! Le patron d’Alibaba avait eu le tort, fin octobre, de critiquer les autorités de régulation chinoises en les assimilant notamment à un "un club de retraités"; il s’en était pris au banques publiques chinoises et avait prôné l’établissement d’un système financier "plus sain"…

En avril dernier, nouveau coup dur pour Alibaba qui s’est vue infliger une amende record de 2.8 milliards USD pour abus de position dominante, tout en étant obligée de revoir son business model dans les 3 ans à venir. La société a été accusée de forcer les marchands actifs sur son site (via les plateformes Taobao et Tmall) à ne pas collaborer avec des concurrents. Mais Alibaba n’a pas été la seule entreprise de la nouvelle économie à être visée, une trentaine d’autres sociétés connues ont aussi été condamnées par les autorités chinoises entre autres pour abus de position dominante ; parmi celles-ci on retrouve Tencent, Baidu ou ByteDance (propriétaire du célèbre réseau TikTok cher aux adolescents). Cette dernière a, sous la pression des autorités de son pays, d’ailleurs dû renoncer à une cotation à New York cette année.

Didi Global, le "Uber chinois", a peine introduite sur la bourse de New York fin juin vient aussi de faire l’objet d’une enquête des autorités chinoises et se voir suspendre son application en Chine. Son tort? La Chine s’attendait à ce que la société repousse son IPO américaine après lui avoir signalé le caractère sensible des données collectées auprès de ses clients. Didi est passée outre cette mise en garde, d’où la réaction vive de la Chine et la dégringolade en bourse: en moins d’un mois l’action Didi introduite à 14 USD a perdu plus de 40 % de sa valeur…

La Chine multiplie d’ailleurs les offensives régulatoires, la dernière en date visant le très lucratif business de l’éducation privée (cours de soutien scolaire et préparation d’examens), représentant plusieurs centaines de milliards USD. De nouvelles directives publiées samedi dernier obligent ces sociétés à dorénavant s’inscrire comme… ASBL et à ne plus donner cours le week-end, les jours fériés et durant les vacances scolaires... De nombreuses sociétés de ce secteur sont cotées, en Chine ou aux USA, et ont alors vu leurs cours de bourse s’effondrer dans la foulée comme Tal Education, New Oriental Education, Koolearn Technology ou China Maple Leaf.

Enfin Tencent Music aurait, selon une décision récente du régulateur chinois, enfreint les lois antitrust du pays et devra donc renoncer à ses droits musicaux exclusifs.

L’important tour de vis régulatoire du gouvernement chinois ces derniers mois résulte d’une double crainte. D’une part voir la stabilité financière du pays menacée et incontrôlable si des géants comme Alibaba ou Tencent, qui connaissent un succès grandissant avec leurs applications financières mobiles peu régulées jusqu’il y a peu, connaissaient un jour un problème grave. D’autre part, la gestion et le contrôle des données par les géants d’internet, tous secteurs confondus, gêne le pouvoir dirigiste chinois, d’autant si, comme c’est le cas pour plusieurs sociétés, des actionnaires étrangers sont au capital.

A noter enfin qu’un haut responsable de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine vient de déclarer que les entreprises chinoises cotées aux Etats-Unis doivent divulguer les risques d’ingérence de leur gouvernement. Certains responsables politiques américains s'inquiètent du fait que les entreprises chinoises bafouent systématiquement les règles américaines, qui exigent que les entreprises publiques divulguent aux investisseurs une série de risques potentiels pour leurs activités. Les sociétés cotées chinoises sont donc actuellement prises dans un étau pour le moins compliqué…

Mais le "serrage de vis régulatoire" signifie t’il la fin de la croissance des sociétés chinoises et de l’intérêt des investisseurs? Comme l’écrivait le journal financier français Les Echos le 19 mai dernier "Faut-il voir dans ce tournant jusqu'à une volonté de briser les géants du Web? Certainement pas. L'économie numérique contribue aux 2/3 de la croissance chinoise et Pékin a bien conscience de l'apport des géants du Web". D’autant que si les Chinois affaiblissent trop et trop longtemps leurs champions, ce serait tout profit pour leurs grands concurrents étrangers, particulièrement américains ce qui n’est pas non plus le but recherché par le gouvernement de l’Empire du Milieu.

Mais pour continuer à prospérer, "les géants chinois doivent désormais démontrer qu'ils peuvent contribuer aux priorités du gouvernement"… Plus directement dit "Restez fidèle au Parti et n'oubliez pas à qui vous devez votre fortune". Les nouveaux milliardaires chinois qui contrôlent ces sociétés et qui ont perdu des milliards dans la chute du cours de leurs actions, sont prévenus…

Évolution des marchés boursiers

Hier mardi, même si les nombreux résultats publiés en Europe continuent à être majoritairement meilleurs qu’attendus (LVMH, Michelin, Dassault Systèmes, Edenred, Lagardère, Randstad, Logitech, Be Semiconductor,…), les marchés boursiers ont clairement corrigé. Deux raisons expliquent le phénomène : d’une part, certaines sociétés qui ont publié des chiffres meilleurs qu’attendus déçoivent par exemple quant à leurs prévisions des prochains trimestres ; d’autre part la tempête régulatoire frappant de nombreuses actions chinoises importantes a déprimé les investisseurs engendrant parfois des ventes panique de celles-ci et touchant par contagion nombreuses actions internationales.

L’indice Stoxx 600 a baissé de 0.54%, tous les secteurs sans exception finissant dans le rouge. 2 secteurs ont particulièrement pâti de cette journée boursière morose, les technologiques (-1.61%) et la consommation cyclique ou discrétionnaire (-1.29%). Les autres secteurs ont limité leurs pertes à moins d’un pourcent, variant entre -0.05% (matériaux) et -0.80% (énergie).

Dans le secteur technologique, la société suisse Logitech (équipements pour PC: claviers, souris,…) a chuté de près de 10 % (plus forte baisse du secteur et de l’indice Stoxx 600) malgré des résultats meilleurs que prévus. Mais plusieurs analystes ont semblé blasé quant à ces résultats et aux trimestres précédents encore plus spectaculaires; et comme le cours de Logitech avait pratiquement doublé en juin d’une année à l’autre, le cours a fait particulièrement l’objet de prises de bénéfices selon le principe bien connu "sell on good news"…

2ème plus forte baisse du secteur technologique (et 3ème baisse du Stoxx 600), la société française de services de paiement Worldline (-9%). Si elle a annoncé des résultats conformes aux attentes, sans plus, elle a déçu par une marge opérationnelle inférieure aux prévisions. Elle n’a pas non plus augmenté ses prévisions ou donné d’informations intéressantes; les analystes ont donc conclu que la société manquait d’arguments pour convaincre sanctionnant alors le cours de bourse…

Pourtant, durant la séance de bourse plutôt "vendeuse", certaines sociétés ont pu tirer leur épingle du jeu et terminer en hausse. Le meilleur exemple de l’indice Stoxx 600 a été la société chimique anglaise Croda (+ 5.6%) qui a charmé les investisseurs par des résultats au-delà des attentes. Tout comme d’ailleurs la société suisse Lindt & Sprüngli (chocolats et confiseries) progressant de 4% avec des résultats dépassant clairement les prévisions.

A Wall Street, la séance a été aussi teintée essentiellement de rouge, l’indice S&P 500 finissant en baisse de près d’un demi pourcent alors que le Nasdaq chutait lui de 1.2%.

Si 6 secteurs ont néanmoins terminé en hausse, les 5 autres négatifs ont déterminé la tendance du jour vu leur poids plus important. Plus de 50% de la capitalisation boursière du marché américain étant ainsi concentré sur les actions technologiques (en baisse hier de 1%), de la consommation cyclique (-1.2%) et des services de communication (-1.1%).

Parmi les actions technologiques, Apple a baissé de 1.5%, Microsoft de 0.9% et Alphabet (Google) de 1.6%. Pourtant, après bourse, ces 3 sociétés ont annoncé des résultats trimestriels meilleurs que prévus. Alphabet a ainsi bénéficié de la hausse des dépenses publicitaires et des achats en ligne, Apple a notamment été favorisée par de meilleures ventes qu’attendues d’iPhones 12 en Chine et Microsoft a continué à surfer sur son activité de "cloud intelligent". Un bémol pourtant pour Apple: la société n’a pas voulu donner de guidance pour les prochains résultats, vu en particulier la pénurie de composants, tout en admettant que la croissance des résultats devrait diminuer. Dans les transactions suivant la clôture de Wall Street, l’action baissait alors de 2.7%...

Hors actions technologiques, nous avons aussi remarqué la chute de 7% d’UPS. Si ses résultats ont dépassé les attentes, les investisseurs s’inquiètent du ralentissement de son activité alors que la fin des déconfinements devrait signifier moins de livraisons de colis et documents, le cœur de son métier.

Pour terminer, notons que ce sont des secteurs plus défensifs qui ont fini en hausse hier comme les services aux collectivités (+1.7%), l’immobilier (+0.8) ou les soins de santé (+0.4%).

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h40) en Asie, les actions japonaises perdent 1.7% alors que les actions chinoises chutent moins que les 2 derniers jours mais perdent néanmoins encore 0.7% à Hong Kong et 0.3% à Shanghai-Shenzhen.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux anticipent également actuellement une poursuite de la tendance baissière soit -0.04% à l’ouverture en Europe et -0.13% à Wall Street lors des premiers échanges.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Sur le plan économique, on aura ce matin l’indice GfK de confiance des consommateurs allemands en août.

Après-midi, 3 statistiques américaines seront révélées: la balance commerciale, les stocks de grossistes (juin) et les réserves hebdomadaires de pétrole.

Mais l’information la plus scrutée sera probablement, en soirée, les conclusions de la FED américaine concernant sa politique monétaire.

Au niveau des résultats de sociétés, on aura une avalanche de chiffres aujourd’hui. Parmi ceux-ci, en Europe, on aura ceux de BASF, Deutsche Bank, Melexis, Elia, Cofinimmo, Banco Santander, Atos, Capgemini, Carrefour, Safran, Unibail-Rodamco-Westfield, Vivendi, Suez, Rio Tinto, GSK, Barclays, Spotify, Nestlé,…

Aux USA, on disposera notamment des derniers chiffres pour Pfizer, Boeing, Facebook, Qualcomm, McDonald’s, Paypal, Ford, Bristol Myers Squibb, Thermo Fisher,…

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Avertissement

Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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