Wall Street au plus haut et on fait le point sur le secteur du tourisme, touché mais pas coulé

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Dans la zone euro,  l’indice PMI final pour l’industrie manufacturière, calculé par IHS Markit, s’est révélé meilleur que prévu en juin, soit 63.4 points contre 63.1 points en mai, c’est-à-dire un nouveau plus haut historique pour le 4ème mois consécutif. Mais les prix des matières premières ont aussi augmenté sensiblement, au plus haut depuis la création de l’enquête.

Quant au taux de chômage en zone euro, celui-ci a un peu reculé en mai selon Eurostat atteignant 7.9% de la population active contre 8.1% en avril. Si on considère l’ensemble de l’Union Européenne, le taux de chômage a représenté 7.3% en mai (contre 7.4% en avril) à comparer à 6.9% un an plus tôt.

Aux Etats-Unis, les demandes hebdomadaires de chômage (364.000) pour la semaine du 26 juin se sont révélées fortement en baisse par rapport à la semaine précédente (415.000) et par rapport aux attentes des économistes (390.000).

Dernière statistique importante publiée hier, l’indice ISM (Institute for Supply Management) manufacturier aux Etats-Unis a baissé à 60.6 points en juin contre 61.2 en mai alors que les économistes prévoyaient un repli moindre (à 61 points). Ce niveau est le plus bas constaté depuis janvier mais reste largement au-dessus du seuil critique de 50.

 

Fait(s) du jour

Alors que ce 1er juillet commençait la période de vacances estivales, il nous a paru utile de faire le point sur le secteur du tourisme, un des pans de l’économie qui a été le plus mis à mal par les conséquences de la pandémie.

Mais quelles activités précises concernent le tourisme? Concrètement la filière touristique regroupe les hôtels, la restauration, les organisateurs de voyages (agences de voyages, tour-opérateurs, croisiéristes,…), les sociétés de divertissement (casinos, etc.), les compagnies aériennes et aéroports,… Les sociétés liées au tourisme se retrouvent en bourse sous le vocable anglais "travel & leisure" (voyages et loisirs) que de nombreux ETF (trackers) prennent comme référence. On retrouve enfin la plupart des sociétés dans 2 secteurs: la consommation cyclique (hôtels, restaurants, casinos, agences de voyage, croisiéristes,…) ou les industrielles (compagnies aériennes, véhicules de plaisance,…).

L’UNWTO (L’organisation mondiale du tourisme, une institution des Nations Unies destinée à promouvoir et à développer le tourisme) vient de relayer un rapport de la CNUCED publié le 30 juin et qui estime l’impact terrible qu’aura le Covid-19 sur le tourisme. "L'effondrement du tourisme international dû à la pandémie de coronavirus pourrait entraîner une perte de plus de 4.000 milliards USD pour le PIB mondial en 2020 et 2021".

Toujours selon ce rapport, la vaccination contre le COVID-19 étant largement déployée dans certains pays et peu dans d'autres, les pertes touristiques sont "réduites" dans la plupart des pays développés (Allemagne, France, Royaume-Uni, Etats-Unis par exemple) mais détériorées dans les pays en développement où parfois le taux de vaccination n’atteint même pas 1%...

Le rapport conclut en signalant que les experts ne prévoient pas que le nombre de touristes internationaux retrouve le niveau précédant la crise avant 2023, voire plus tard. Si le tourisme international devrait rebondir cette année à partir du 2ème semestre essentiellement, la CNUCED prévoit néanmoins encore une perte comprise entre 1.700 et 2.400 milliards USD en 2021 comparé au niveau de 2019 (dans le pire scénario pour 2021, une baisse des recettes touristiques mondiales de 948 milliards USD entraînerait en fait une perte du PIB réel de 2.400 milliards USD à cause des effets collatéraux, en amont et en aval du secteur touristique).

Et dans le secteur touristique, les compagnies aériennes sont un exemple symptomatique de l’impact de la crise sanitaire. Selon l’IATA (l’international Air Transport Association), les pertes de celles-ci ont totalisé environ 126.4 milliards USD en 2020, le trafic de passagers internationaux ayant été inférieur de 75.6% à ce qu’il était en 2019! En fait si les compagnies aériennes ont réussi à réduire leurs coûts d’environ 45%, les revenus ont chuté de plus de 60%...

Et comme on le voit sur le tableau ci-contre, si on ne considère que les compagnies aériennes européennes, certaines ont mieux résisté que d’autres à l’année catastrophique 2020 (40 compagnies auraient d’ailleurs disparu).

IAG (regroupant British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus et Level) a enregistré la plus grosse perte, soit 7.4 milliards d’euros dont 4.5 milliards pour British Airways et 1.4 milliards pour Iberia. Air France-KLM  et Lufthansa n’ont guère fait mieux.

La plupart de ces sociétés devront d’ailleurs passer par de douloureux plans de restructuration, et augmentations de capital.

Même si les compagnies aériennes "low cost" comme EasyJet ou Ryanair ont réussi à limiter les dégâts, elles n’ont pu néanmoins éviter d’encaisser des pertes conséquentes. 

Hors Europe, la situation n’a guère été plus enviable : aux USA, la plus grande société du secteur, American Airlines, a perdu 7.3 milliards USD, la pire perte de son histoire avec un chiffre d’affaires chutant de 62 %. Au Japon, All Nippon Airlines (ANA), première compagnie aérienne japonaise prévoit une perte record de 4,1 milliards d’euros (510 milliards de yens) alors que Japan Air Lines (JAL) devrait à peine mieux s'en sortir avec une perte nette évaluée entre 2 et 2,2 milliards d'euros. D’autres grandes sociétés comme Qantas (principale compagnie australienne), Air China, China Southern Airlines, Singapore Airlines ou Emirates, moins touchées car officiant davantage vers l’orient moins impacté, affichent néanmoins une perte cumulée de près de 13 milliards d’euros en 2020.

En 2021, les résultats devraient s’améliorer mais toujours rester en perte : selon les dernières estimations (avril 2021), les compagnies aériennes anticipent des pertes cumulées de 47.7 milliards USD pour cette année.

Le secteur de l’hôtellerie a aussi énormément souffert : les revenus mondiaux du secteur ont plongé à environ 200 milliards USD en 2020 (- 46% par rapport à 2019). Les statistiques montrent que les 5 plus grandes chaînes hôtelières du monde (Wyndham Worldwide, Choice Hotels International, Marriot, Hilton et Intercontinental Hotels - seule entreprise non américaine -) ont perdu 14 milliards USD à cause de la pandémie de COVID-19. Selon certains spécialistes, il faudra 3 ans à l’industrie hôtelière pour se remettre des effets de la crise sanitaire…

Mais tout n’est pas noir dans l’industrie touristique et celle-ci va notamment tirer parti de la période très délicate qu’elle traverse depuis plus d’un an pour accélérer son virage vers la digitalisation. Déjà face à la concurrence de Airbnb, l’hôtellerie s’était voulue plus connectée pour augmenter sa valeur ajoutée (sites en ligne ultradéveloppés et "user friendly", assistants vocaux, chambres dotées des dernières nouveautés technologiques, etc.). En 2017 déjà, un rapport du World Economic Forum ("Digital Transformation Initiative - Aviation, Travel and Tourism Industry") évaluait l’impact du numérique dans l’industrie touristique; il était ainsi estimé qu’entre 2016 et 2025, la transformation numérique va créer jusqu’à 305 milliards USD de valeur pour cette industrie, grâce à une rentabilité accrue.

Et pour terminer sur une note positive, dans tout secteur y compris le tourisme, certains savent tirer parti des circonstances, aussi mauvaises soient-elles. Ainsi en est-il de Trigano, société française cotée à Paris et numéro 2 européen des camping-cars (derrière l’allemand Hymer, filiale de Thor Industries cotée à Wall Street). La société a annoncé hier qu’entre avril et juin (3ème trimestre de son exercice 2020-2021 décalé) elle avait réalisé un chiffre d’affaires record: celui-ci a explosé de 131% durant ce dernier trimestre! La société profite en fait du désir d’évasion de nombre de personnes qui ne veulent pas (plus) être coincées lors de leurs vacances par des contraintes sanitaires et qui veulent pouvoir se déplacer quand et où elles veulent.

Évolution des marchés boursiers

Grâce à de bonnes statistiques économiques européennes (indices PMI et chômage) et à la baisse plus importante que prévue du chômage aux USA, l’indice Stoxx 600 Europe a rebondi hier soir et clôturé en hausse de 0.62%.

Un seul secteur a fini dans le rouge, les actions technologiques (-0.5%) à cause essentiellement du segment des semiconducteurs en baisse de 1.4%.

Parmi les 10 autres secteurs, l’énergie a terminé largement en tête des gains du jour (+2.12%), les prix pétroliers étant repartis à la hausse avant les conclusions de la réunion de l’OPEP+. Si, selon certaines rumeurs jeudi, la Russie et l’Arabie saoudite seraient parvenus à un accord de principe sur un relèvement de la production de l’organisation dans les prochains mois, on apprenait en fin de journée que le sommet était reporté à aujourd’hui, faute de consensus. Parmi les 3 majors pétroliers européens, BP a progressé de 3%, Royal Dutch Shell de 2.7% et Total Energies de 1.6%.

Le secteur financier (+1.19%) a enregistré la 2ème performance sectorielle du jour. Après la FED américaine en faveur des banques US, c’est la Banque Centrale Européenne, par la voix de sa présidente Christine Lagarde, qui a déclaré que les restrictions sur les dividendes et rachats d’actions des banques européennes pourraient être bientôt levées (en septembre en principe).

Derrière on trouvait, dans un mouchoir de poche, le secteur des services aux collectivités (+0.99%), les industrielles (+0.95%) et les services de communication (+0.88%).

Au niveau des valeurs individuelles, signalons la belle hausse de Renault (+4.5%) dont le directeur général a dit à Bloomberg que la pénurie de semiconducteurs, qui a tant pénalisé le secteur, finirait bientôt. Par ailleurs la société ambitionne d'afficher, pour sa marque Renault, le mix le plus vert du marché européen en 2025, avec plus de 65% de véhicules électriques et électrifiés, et même jusqu'à 90% de véhicules purement électriques en 2030.

À signaler aussi, Sodexho, spécialiste de la restauration collective, a relevé ses prévisions de résultats pour le 2e semestre et a gagné 2.3%, entraînant dans sa foulée des pairs comme le groupe londonien Compass (+3.9%). Enfin, Trigano dont nous parlions ci-dessus dans notre rubrique "faits du jour" a vu son action bondir de 5.6% après la publication de ses excellents résultats.

A Wall Street l’indice S&P 500 en clôturant à 4.319,94 points a inscrit son 6ème record consécutif! À noter que si les marchés continuent à être portés par de bonnes statistiques, le FMI a confirmé cette impression en révisant une nouvelle fois ses prévisions de croissance pour l’économie américaine. Le FMI table donc maintenant sur une hausse du PIB de 7% en 2021 (contre 6.4% auparavant), soit la croissance la plus rapide en 25 ans pour les USA! Dans le même rapport, le FMI ne s’inquiète pas pour l’inflation, le principal risque pour l’économie restant le Covid-19.

Comme en Europe, c’est le secteur de l’énergie qui a joué les locomotives pour l’ensemble de la cote (+1.72%), le prix du pétrole (Brent) frisant les 76 USD le baril, soit une hausse de plus de 46% en 2021 dont 8% sur le seul dernier mois. 3 actions pétrolières trustaient d’ailleurs les places des plus fortes hausses au sein de l’indice S&P 500, soit Diamondback Energy (+6.1%), Occidental Petroleum (+5.1%) et Marathon Oil (+4.5%).

Derrière l’énergie, les secteurs les plus en vue étaient les services aux collectivités (+1.1%), les soins de santé (+0.93%), les services de communication (+0.88 %) et les financières (+0.77%).

Seul secteur en baisse hier, la consommation de base (-0.28%), notamment impactée par la chute de l’action de la chaîne de pharmacies Walgreen Boots Alliance (-7.4%). Celle-ci a annoncé des résultats au-delà des attentes mais avec des prévisions des résultats à venir qui ont déçu certains analystes. Il est vrai que la société, qui a administré 25 millions de doses de vaccins contre le Covid-19 durant la pandémie, s’attend maintenant à une diminution du rythme des vaccinations.

Au rayon des baisses, signalons aussi la chute de la société de semiconducteurs Micron Technology (-5.7%): en dépit de résultats et perspectives meilleures qu’attendus, les analystes sont déçus par la forte hausse prévue des coûts et par les craintes de la société quant au pic de la demande de semiconducteurs.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h40) en Asie, la bourse de Tokyo est en légère hausse (+0.3%) alors que par contre les marchés boursiers corrigent nettement: Hong Kong baisse de 1.6% et Shanghai-Shenzhen chutent de 2.4%, les investisseurs s’inquiétant notamment de la propagation du variant Delta et de ses conséquences économiques.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux sont plus positifs: l’Europe pourrait ouvrir en hausse de 0.3% et les USA également mais de manière plus modérée.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

En Europe, avant l’ouverture des marchés, on aura le chiffre des ventes au détail en Allemagne.

Mais les regards seront surtout braqués aujourd’hui sur plusieurs statistiques américaines : créations d’emplois, taux de chômage et salaires en juin.

On devrait aussi prendre connaissance de la balance commerciale et des commandes à l’industrie aux USA en mai.

Bonnes vacances!

La chronique reprendra le mardi 27 juillet.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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