Les bourses mettent les gaz et l’hydrogène pourrait propulser des avions

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Nouvelles économiques et financières

Hier jeudi, selon l’enquête IFO, le climat des affaires en Allemagne s'est amélioré plus nettement qu'attendu en juin (son indice mensuel progressant à 101.8 contre 100.6 attendu et 99.2 en mai), les entreprises se montrant à la fois plus positives sur la situation actuelle et plus optimistes pour le second semestre. Même constat en France où, selon l’Insee, le climat des affaires a aussi continué à s’améliorer en juin, surpassant celui d’avant le début de la pandémie et au plus haut depuis 2007.

Comme anticipé par les économistes, la Banque d’Angleterre n’a pas modifié sa politique monétaire, maintenant son taux directeur à 0.1% (plus bas historique) ainsi que le programme d’achats d’obligations sur les marchés à 895 milliards GBP. De manière assez logique, c’est justifié par le soutien à l’économie britannique, les prévisions économiques étant encore incertaines du fait de l’évolution de la pandémie qui n’est pas encore totalement maîtrisée.

Conformément à la 1ère estimation du gouvernement américain, le PIB a bien progressé de 6.4 % en rythme annuel aux USA au 1er trimestre 2021, contre une hausse de 4.3% au 4ème trimestre 2020. Par ailleurs, les commandes de biens durables ont augmenté de 2,3% en mai par rapport à avril (contre une estimation de 2.8%). Enfin, durant la semaine clôturée le 19 juin, les inscriptions au chômage ont très légèrement diminué d’une semaine à l’autre, moins que prévu par les économistes, soit à 411.000 contre 418.000.

Fait(s) du jour

Il y a quelques semaines, nous avions évoqué le potentiel important de l’hydrogène dont la presse parle de plus en plus, d’autant, comme le signalait notamment le Figaro il y a environ 4 ans, que ce gaz est devenu un vecteur incontournable de la transition énergétique. Et le dernier rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat), qui a fait avant-hier le tour des rédactions du monde entier, démontre que l’humanité va au-devant de retombées "cataclysmiques" si rien n’est fait pour arrêter le dérèglement climatique. Il faudra donc réduire absolument les émissions de gaz à effet de serre par la transition énergétique, via la consommation de moins d’énergie et surtout par un recours croissant aux énergies renouvelables, comme l’hydrogène.

Comme le précise l'IFPEN (Institut Français du Pétrole Energies Nouvelles), "la molécule d'hydrogène est particulièrement énergétique: 1 kg d'hydrogène libère environ 3 fois plus d'énergie qu'1 kg d'essence". De plus, l'hydrogène, lorsqu'il est produit à partir de ressources renouvelables, est considéré comme non polluant. "Les rejets d'un véhicule à hydrogène sont composés uniquement d'eau. Il n'y a aucune émission de particule nocive ou de Co²", selon Air Liquide.

Morgan Stanley prévoit que les véhicules utilisant une pile à combustible alimentée par de l’hydrogène devraient représenter 3% du marché automobile en 2030 mais 35% en 2050, concurrençant la filière électrique. Mais on évoque moins souvent la filière aéronautique. Or hier le journal financier Les Echos a révélé qu’Airbus va tester des réservoirs à hydrogène, lors d’un premier vol d’essai en 2025, à bord d’un A380, son avion le plus imposant.

Pourquoi Airbus évoque t’il les "réservoirs à hydrogène" plutôt que les "moteurs à hydrogène"? En fait, selon les motoristes comme Safran ou Pratt & Whitney, utiliser de l’hydrogène, ou des carburants de synthèse, plutôt que le classique kérosène dans un moteur d’avion ne présente pas de problème majeur; à part quelques adaptations techniques, le moteur est identique à 90%. Le problème avec un avion propulsé par un moteur à hydrogène, c’est le réservoir : à autonomie égale, à cause de sa faible densité, l'hydrogène sous sa forme liquide (la plus compacte), nécessite des réservoirs 4 fois plus gros que le kérosène Et ce n’est pas tout…

Ces réservoirs doivent non seulement être volumineux, mais aussi cryogéniques ! Car, pour rester liquide, l'hydrogène doit être maintenu à - 253 ° Celsius. Mais ensuite, il doit retrouver  son état gazeux et une température adéquate en parvenant aux moteurs. Ce qui nécessite alors un réseau de pompes et de tuyauterie capables de supporter le passage de l'hydrogène de l'état liquide à l'état gazeux, sans se couvrir de glace… Et il faudra par ailleurs stocker ces réservoirs volumineux ailleurs que dans les ailes par exemple, donc dans le corps même de l’avion, en sachant qu’il faudra maîtriser la sécurité du système ; en particulier le risque de fuite et d’explosion car la molécule d’hydrogène est si minuscule qu’elle peut passer à travers l’acier ou les joints… Et d’autres contraintes techniques doivent être prises en compte.

Mais Airbus semble avoir réussi à répondre à tous ces défis techniques car la société prévoit de commencer la fabrication, à Nantes et Brême, de ces fameux réservoirs à hydrogène en 2023.

Reste la problématique de la production d’hydrogène pour répondre à la demande si les moteurs à hydrogène percent dans l’automobile et l’aviation. D'après une étude réalisée par le Hydrogen Council avec McKinsey (2017) "la demande annuelle d'hydrogène pourrait globalement être multipliée par dix d'ici à 2050 et représenter 18% de la demande énergétique finale totale dans le scénario des 2°C de limitation du réchauffement climatique".

Mais paradoxalement le processus de production de l'hydrogène pose pour l'instant problème car à la fois polluant et coûteux. À ce jour, 96% de l’hydrogène produit l’est à partir d’énergies fossiles (gaz, charbon ou pétrole) ou de bois car utiliser des énergies renouvelables coûte beaucoup plus cher : l’hydrogène "vert" coûte 2 à 3 fois plus cher que le "jaune", produit à base d’électricité nucléaire ou "bleu", décarboné dans des puits de captage...

De nombreux projets industriels (Siemens Energy, Air Liquide, Schlumberger, Linde,…) émergent ainsi dans la filière. Et notamment tous ceux qui entendent mettre sur pied des capacités de production d'électrolyseurs capables de produire de l'hydrogène "vert" via les plans de soutien public annoncés en Europe, comme en Allemagne ou en France. A noter enfin que selon Morgan Stanley les principaux bénéficiaires du développement de l’utilisation de l’hydrogène en Europe sont Air Liquide (48% de part de marché mais seulement 10% des ventes), Linde (22% de part de marché et 5% des ventes) et Air Products (21% du marché, 24% des ventes).

Sur le graphe ci-dessous, on voit que ces 3 sociétés ont mieux performé que l’indice Stoxx 600 Europe (en vert) depuis le début de 2020 et sont dans le sillage de l’indice S&P 500 américain (en rouge); l’Allemand Linde (en orange) ayant même jusqu’à présent fait mieux que ses 2 concurrents  (Air Liquide, en blanc, et Air Products, en jaune) et que les 2 indices précités.

Évolution des marchés boursiers

Soutenus par les bonnes statistiques du climat des affaires en Allemagne et en France, les bourses européennes ont connu une nouvelle belle journée, l’indice général Stoxx 600 Europe progressant de 0.9% soit à 457.04 points, moins de 3 points plus bas que le record historique du 16 juin dernier.

Tous les secteurs ont terminé en hausse, à l’exception des services de communication (-0.06%).  Les actions technologiques ont joué les locomotives en gagnant 2%; dans ce secteur, Adyen, la "fintech" néerlandaise de paiement en ligne, s’est distinguée en bondissant de 5.7% après avoir annoncé qu’elle avait obtenu une licence bancaire aux USA.

Derrière les technos, on trouvait la consommation cyclique (ou discrétionnaire) en progrès de 1.12 % et les financières (+1.07 %) suivies par les industrielles (+0.98%) et les matériaux (+0.91%). Ces 4 secteurs font partie de la mouvance "value", liée à la conjoncture économique, ce qui tendrait à montrer que les investisseurs continuent à parier sur une poursuite de l’embellie économique.

Du côté de Wall Street, l’accord bipartite au Sénat américain sur le plan massif d’investissement dans les infrastructures  a contribué à soutenir les marchés boursiers US qui ont enregistré de nouveaux records historiques. L’indice S&P 500 a fini à 4266.49 points (+0.6%) et l’indice Nasdaq à 14369.71 (+0.7%).

Le secteur financier a le plus progressé (+1.2 %). Les banques américaines s'apprêtent à annoncer un retour des dividendes et des rachats d'actions après que les tests de résistance ("stress tests") de la Réserve fédérale ont montré que le secteur a constitué une réserve de liquidités pendant la pandémie; toutes les banques américaines dépassent largement les exigences de fonds propres minimum imposés par la FED.

Le secteur de l’énergie a gagné 0.9% porté essentiellement par la hausse du cours des prix pétroliers, le Brent continuant de grimper et approchant maintenant les 76 USD le baril. En avril 2020, au moment du krach pétrolier, le baril de Brent cotait au plus bas à environ 16 USD, sans compter que le WTI a été même en territoire négatif…

Les services de communication ont terminé en hausse de 0.8%, devant les industrielles (+0.7%) et les actions technologiques (+0.6%).

Au niveau des actions individuelles, notons le bond de la société pharmaceutique Eli Lilly (+7.3%, la plus forte hausse de l’indice S&P 500) après avoir déclaré qu'elle déposerait cette année aux Etats-Unis une demande de mise sur le marché de son médicament expérimental contre la maladie d'Alzheimer, le Donanemab. L’agence américaine du médicament (FDA) lui a accordé le statut de traitement innovant ("breakthrough therapy").

Tesla a aussi fortement progressé hier (+3.5%): Elon Musk a signalé que la société Starlink serait introduite en bourse lorsque les flux de trésorerie seraient "raisonnablement prévisibles", ajoutant que les actionnaires de Tesla pourraient bénéficier d’un avantage en matière d’investissement. Rappelons que Starlink est un projet d’accès à internet par satellite proposé par le constructeur aérospatial SpaceX, reposant sur le déploiement de plusieurs milliers de satellites de télécommunications placés en orbite terrestre basse.

Enfin, lors de transactions réalisées après la clôture de Wall Street, on aura remarqué le bond de plus de 14% de l’action Nike qui a annoncé des résultats meilleurs que prévus.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h30) en Asie, les marchés asiatiques s’inscrivent dans la foulée haussière des marchés occidentaux hier : la bourse de Tokyo gagne 0.7%, celles de Hong Kong 1.1% et celles de Shanghai-Shenzhen 1.4%.

Les futures sur les marchés boursiers européens et américains indiquent actuellement une ouverture à la hausse de ceux-ci tant en Europe (+0.2 %) qu’aux USA (+0.1 %).

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Ce vendredi nous disposerons, pour la zone euro des chiffres de la masse monétaire ainsi que des crédits au secteur privé en mai. En Allemagne, on aura aussi l’indice GfK de la confiance des consommateurs pour juin.

Aux Etats-Unis, dans l’après-midi, on prendra connaissance des revenus et dépenses des ménages. On terminera par la publication de l’indice de confiance des ménages selon l’Université du Michigan pour juin.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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