Rebond boursier et nouvelle attaque frontale de la Chine contre le bitcoin qui rechute

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Nouvelles économiques et financières

Peu de nouvelles économiques hier, mais néanmoins un chiffre très encourageant, qui plus est en Belgique ! Le baromètre de confiance des consommateurs belges, calculé par la BNB, a atteint + 8 points en juin, soit ni plus ni moins que le meilleur score depuis un peu plus de 20 ans!

Fait(s) du jour

Depuis quelques temps, nombre de spéculateurs - voir certains investisseurs lambda pour une partie de leurs avoirs - se sont détournés des actions et des marchés boursiers, pourtant en forte hausse depuis mars 2020, pour se lancer sur le marché des "cryptomonnaies" et en particulier sur le bitcoin la principale d’entre elles. La raison est très simple : ce cryptoactif est passé, de fin septembre 2020 à la mi-avril 2021 d’environ 10.700 USD à un record de 63.410 USD! De quoi rendre crédible à leurs yeux la phrase qu’on a régulièrement entendu (et qu’on entend encore…) "devenir riche rapidement et sans efforts". Mais depuis ce sommet du 15 avril dernier, les choses se sont fameusement gâtées et le bitcoin a connu une descente aux enfers, les mauvaises nouvelles se succédant régulièrement…

Le bitcoin a d’abord commencé à fortement fléchir quand son supporter numéro 1, Elon Musk patron de Tesla, a tenu des propos négatifs à son égard: retrait de la possibilité de payer des voitures Tesla en bitcoins, moqueries concernant le bitcoin dans une célèbre émission de télévision et, pour couronner le tout, critiques acerbes concernant les quantités énormes d’énergie, et souvent polluantes de surcroit, nécessaires à la création des bitcoins.

Si plusieurs banques centrales (FED, BCE ou Banque d’Angleterre) ou autorités de contrôle des marchés comme la SEC américaine ont multiplié les mises en garde contre les cryptomonnaies, c’est de Chine que sont venues les attaques les plus violentes. Ainsi en mai, via 3 fédérations bancaires importantes, la Chine a interdit l’utilisation du bitcoin et autres cryptoactifs comme moyen de paiement. On a aussi appris que le réseau social chinois Weibo bloquait désormais l’accès à plusieurs comptes populaires liés aux cryptomonnaies, sans doute dans le cadre d’une décision pilotée par le gouvernement chinois. Récemment aussi la police chinoise a arrêté 1100 personnes pour blanchiment d'argent dans le cadre d'une opération de lutte contre les crypto-monnaies.

La dernière et récente attaque en date a directement visé le système de création des bitcoins, les fameux "mining pools" ou "fermes de minage". Celles-ci consomment des quantités colossales d'électricité, nécessaires au décryptage d’algorithmes, à la sécurisation et à l'enregistrement des transactions sur les blockchains ; en retour ces "fermes de minage" sont rémunérées en cryptomonnaies.  Rappelons que selon une étude, publiée en avril 2020 par l'Université de Cambridge, celle-ci estimait à 65% la part de la Chine dans la production mondiale de bitcoins, les USA ne comptant que pour 7.2% et la Russie 6.9%, d’autres pays comme le Kazakhstan, la Malaisie ou l’Iran se partageant les miettes restantes.

Or d'après le "Global Times", un important media chinois soutenu par le parti communiste au pouvoir, « de nombreuses mines de bitcoins dans la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine) - l'une des plus grandes bases d'extraction de crypto-monnaies de Chine - étaient fermées depuis dimanche, selon les autorités locales qui ont ordonné vendredi l'arrêt de cette activité dans la région, dans le cadre d'une intensification de la répression nationale contre l'extraction de crypto-monnaies.

L'interdiction signifie également que plus de 90% de la capacité de créations de bitcoins de la Chine devrait être fermée, du moins à court terme, car les régulateurs d'autres centres d'extraction clés dans les régions du nord et du sud-ouest de la Chine ont pris des mesures sévères similaires. Comment les chinois ont-ils procédé? Ils ont notamment demandé au gestionnaires des barrages hydroélectriques de la région du Sichuan de leur… couper le courant dans le cadre d’une politique "d’inspection"…

Enfin, la Banque Populaire de Chine a déclaré hier qu'elle avait exhorté Alipay, le service de paiement géré par Ant Group (filiale d'Alibaba), et certaines grandes banques à sévir contre les échanges de cryptomonnaies.

Sur le graphe ci-dessous, on voit ainsi clairement que le "taux de hachage" du bitcoin chute de plus en plus alors que la Chine intensifie son offensive contre les "fermes de minage" installées sur son territoire.

Les "mineurs" chinois semblent donc condamnés à l’exil et à devoir remonter leurs installations dans d’autres pays. Selon le Washington Post, de plus en plus de mineurs envisagent de s’installer aux États-Unis, dans des états comme le Texas, le Tennessee ou le Dakota du Sud, voire au Canada voisins. Mais, il y a 2 problèmes majeurs pour les USA: un, l’administration Biden - très impliquée dans les considérations écologiques - ne devrait pas être très ouverte quant aux cryptomonnaies et à leur surutilisation énergétique; deux, l’électricité aux USA coute, selon les sources, entre 3 et 6 fois plus chère qu’en Chine (or le coût énergétique est un facteur clé dans la production des bitcoins)…

Les autres alternatives ne sont pas non plus évidentesen Russie, des mineurs ont vu leurs coûteux ordinateurs saisis par des policiers corrompus et en Iran, un moment pressenti comme solution de repli, le gouvernement iranien a interdit récemment l'exploitation minière du bitcoin et d'autres cryptomonnaies, les responsables accusant le processus à forte intensité énergétique d'être à l'origine des pannes d'électricité dans un certain nombre de villes iraniennes.

Pour ne rien arranger au recul de popularité du bitcoin, le célèbre hebdomadaire financier Barron’s a révélé que, dans un rapport destiné à ses clients en gestion privée, Goldman Sachs a écrit que "le bitcoin et autres cryptomonnaies ne répondent pas aux critères qui déterminent si une classe d’actifs est digne d’intérêt pour un investissement".

Selon Investing.com, l'équipe de Goldman à l'origine de ce rapport s'est concentrée sur 5 critères pour déterminer si un actif, y compris le bitcoin, est un investissement judicieux, précisant qu'il faut qu'un actif remplisse au moins 3 de ces critères pour qu'il soit considéré, à savoir:

  • Générer des flux de trésorerie réguliers et fiables sur une base contractuelle, comme les obligations;
  • Générer des bénéfices grâce à une exposition à la croissance économique, comme les actions;
  • Apporter des avantages constants et fiables à un portefeuille en matière de diversification;
  • Atténuer la volatilité;
  • Fournir des preuves cohérentes et fiables de la couverture de l'inflation ou de la déflation en tant que réserve de valeur.

Le constat du rapport est implacable: Goldman Sachs a ainsi souligné que le bitcoin ne répond à AUCUN de ces critères. La banque a également souligné que les données sur les crypto-monnaies étaient limitées et parfois de qualité "médiocre", ce qui complique l'investissement.

Rappelons d’ailleurs encore une fois, si cela était nécessaire, qu’en ce qui concerne les cryptomonnaies comme le bitcoin, aucune méthode sérieuse d’évaluation n’a permis jusqu’à présent de déterminer leur valeur - s’il en existe une - les cours montant simplement quand il y a plus d’acheteurs et descendant quand il a y plus de vendeurs. Et souvent ce sont les "tweets" d’influenceurs comme Elon Musk qui font la pluie et le beau temps des cryptoactifs…

Pour terminer, mentionnons l’épisode récent du Salvador, ce petit état d’Amérique Centrale, qui vient d’approuver une loi convertissant le bitcoin en monnaie légale, une première mondiale! Mais écueil de taille, pour toutes les raisons qu’on connaît, le FMI et la Banque Mondiale s’opposent à cette légalisation, cette dernière venant d’ailleurs de rejeter la demande d’aide du pays pour lancer cette « monnaie ». Il est clair notamment que les préoccupations réglementaires portent d’ailleurs notamment sur leur utilisation dans le commerce illégal (drogues, piratage et vol, pornographie illégale), les cyberattaques, le potentiel de financement du terrorisme, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Or selon une étude réalisée en mai 2019 (Sex, Drugs, and Bitcoin: How Much Illegal Activity Is Financed through Cryptocurrencies? - The Review of Financial Studies), les activités illégales ont ainsi représenté pas moins de 46% des transactions en bitcoin sur la période 2009-2017!

Évolution des marchés boursiers

Après le coup de mou observé vendredi, les marchés boursiers européens ont retrouvé de l’allant ce lundi, l’indice Stoxx 600 Europe terminant en hausse de 0.60%. La principale raison de ce retour à l’optimisme est à mettre à l’actif de Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne qui a rassuré les marchés en déclarant "qu’un resserrement de la politique monétaire serait prématuré et constituerait un risque pour la reprise et les perspectives d’inflation". Seuls 2 secteurs ont terminé très légèrement dans le rouge, les soins de santé (-0.10%) et l’immobilier (-0.04%).

Les taux à long terme sont un peu remontés, à l’instar du Bund allemand à 10 ans à -0.17%. Conséquence logique, les financières qui avaient été malmenées vendredi ont repris du poil de la bête et terminent en hausse de 0.42%.

Néanmoins d’autres secteurs ont fait mieux comme les matériaux (+1.35%) profitant d’une embellie de certaines matières premières comme le cuivre, l’étain ou le palladium. Les industrielles (+1.05%) et la consommation cyclique ou discrétionnaire (+1.01%) ont aussi mieux performé que la moyenne.

Parmi les industrielles, Air Liquide (+2.5%) s’est distinguée grâce à JP Morgan qui a relevé sa recommandation de "neutre" à "surperformance" ainsi que son objectif de cours de 134 à 170 euros. Concernant le secteur de la consommation cyclique, le segment automobile était particulièrement en forme, 3 actions enregistrant d’ailleurs des hausses de cours de plus de 3% (Stellantis, Volkswagen et Porsche).

Le secteur de l’énergie a aussi rebondi (+0.93%), les cours du Brent repartant à la hausse et dépassant la barre des 75 USD le baril.

Pour terminer, signalons l’effervescence hier du segment de la distribution (secteur de la consommation de base) où la société britannique WM Morrison Supermarkets a vu son cours exploser (+34.6%!) après son rejet d’une offre de rachat inamicale de 7.6 milliards USD du fonds de capital investissement américain Clayton Dubilier & Rice. Dans la foulée, d’autres distributeurs comme Tesco, Sainsbury ou Carrefour en ont profité pour quelque peu progresser.

À Wall Street, l’indice S&P américain a terminé la journée en force (+1.4%), tous les secteurs finissant dans le vert. Mais le secteur de l’énergie s’est particulièrement distingué (+4.3%) grâce à une nouvelle hausse des prix du pétrole, le WTI américain s’affichant à 73.72 USD le baril et le Brent à un peu plus de 75 USD le baril, un niveau inédit depuis fin octobre 2018. Outre une demande soutenue de l’or noir, qui profite de la reprise économique, les spécialistes pétroliers ont semble t’il salué l’élection à la présidence iranienne de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi. Celui-ci pourrait rendre plus difficiles les négociations sur le nucléaire iranien et donc retarder le retour sur le marché du pétrole de son pays.

Derrière le secteur énergétique, les financières américaines ont rebondi de 2.3%, portées par la remontée des taux longs comme le 10 ans US qui a frôlé 1.5%Les actions industrielles ont gagné en moyenne 2.21% et les matériaux 2.07%, les investisseurs favorisant donc les secteurs plus cycliques et exposés à la bonne tenue économique.

Parmi les rares déceptions de la journée, on a noté la chute de plusieurs actions liées au secteur des cryptomonnaies, celles-ci ayant fait l’objet d’une nouvelle offensive des autorités chinoises et faisant rechuter notamment le bitcoin (voir ci-dessus notre "faits du jour"). Etaient donc en baisse des actions comme Galaxy Digital Holdings (-7.6%), Riot Blockchain (-2%), Coinbase Global (-2.9%) ou Marathon Digital Holdings (-3.8%).

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h40) les marchés asiatiques sont globalement positifs avec notamment un fort rebond du côté du Japon, la bourse de Tokyo progressant de 2.96%. Les bourses chinoises sont plus mitigées, Hong Kong baissant même légèrement (-0.14%) alors que Shanghai-Shenzhen montent de 0.61%.

Les contrats à terme indiquent actuellement que les marchés boursiers européens et américains ouvriraient positivement, dans la foulée de leur clôture d’hier, soit de respectivement 0.39% et 0.14%.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Ce mardi on sera attentif à l’indice de confiance des consommateurs pour la zone euro en juin.

Les États-Unis publieront les chiffres de ventes de logements anciens en mai ainsi que l’indice manufacturier de la FED de Richmond.

Mais le marché sera surtout attentif à la prise de parole de J. Powell, président de la Réserve Fédérale américaine (FED), qui sera auditionné par une commission de la Chambre des Représentants, sur la réponse donnée à la pandémie (prêts d’urgence, programme d’achat d’actifs,…).

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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