Les financières et l’énergie font chuter les bourses - Matières premières, stop ou encore?

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Vendredi, quelques statistiques ont été publiées comme les prix à la consommation au Japon ou les ventes au détail au Royaume-Unis ; Mais ces chiffres ont finalement peu retenu l’attention des investisseurs.

Par contre les déclarations de James Bullard, Président de la Réserve Fédérale de Saint-Louis et 1 des 18 membres votants de la FED américaine, ont fait grand bruit et plombé les marchés. Celui-ci a déclaré à CNBC qu’une hausse des taux des « FED funds » pourrait intervenir dès la fin 2022 en raison de l'accélération de l'inflation (qui a grimpé à 5% sur un an, bien au-dessus de l’objectif de 2% fixé par la FED). "La pandémie touche à sa fin, il est donc naturel de trouver comment réduire les mesures d'urgenceC’est une année plus solide que ce à quoi nous nous attendions, avec plus d'inflation que prévu, et je pense qu'il est naturel que nous ayons penché un peu plus du côté des 'faucons' pour contenir les pressions inflationnistes." Mercredi, le "dot plot" des membres du comité de politique monétaire de la Fed montrait que 11 d’entre eux sur 18 anticipaient au moins une hausse de taux d'un quart de point de pourcentage en 2023. James Bullard fait partie des sept qui voient un premier tour de vis fin 2022.

Fait(s) du jour

Depuis quelques semaines, un débat anime les conversations des investisseurs professionnels : la remontée spectaculaire des cours des matières premières après la pandémie correspond-elle à l'entrée dans un nouveau super cycle (c'est-à-dire une hausse des prix de l'énergie, des métaux et des produits agricoles destinée à durer au moins 10 ans) ou bien n'est-elle qu'un banal rattrapage dans un environnement chaotique, tant du côté de la production que des chaînes logistiques ? Cette question fondamentale pour le marché a d’ailleurs monopolisé les échanges au Commodities Global Summit, organisé par le "Financial Times", le rendez-vous annuel incontournable des spécialistes du secteur.

Plusieurs économistes comme ceux de Goldman Sachs croient à ce super-cycle car selon eux "la réponse des États à la crise sociale, exacerbée par la crise sanitaire, sera plus redistributive et se concentrera sur les ménages à faibles revenus. Leur consommation va entraîner une hausse phénoménale de la demande en biens physiques et donc des volumes de matières premières". D’autant plus que les plans de relance internationaux font la part belle aux infrastructures faisant appel aux matières premières comme le cuivre, le minerai de fer, etc.

 

Du côté spécifique des matières premières agricoles, si la météo peut rendre l’évolution des prix erratique, selon les prévisions du géant américain Cargill les prix du maïs, du soja et du blé resteront élevés « seulement » pendant les 2 à 4 prochaines années et non pas pendant 10 ans. La demande chinoise pour nourrir son cheptel de porcs en reconstitution ainsi que les besoins en agrocarburants sont les deux principaux facteurs de tension sur les marchés de grains.

Quant au pétrole, son évolution dépend non seulement des facteurs classiques (comme l’évolution économique, la forte demande chinoise ou l’état des stocks), mais aussi des décisions de l’OPEP+. Et ces derniers mois, la combinaison de ces différents éléments a poussé les prix du pétrole à des niveaux qu’on n’avait plus vu depuis des années.

Dans ce débat animé, il nous a paru intéressant de nous pencher plus particulièrement sur le cuivre, une des matières premières les plus emblématiques et dont le prix a connu une véritable explosion depuis quelques mois.

Selon le ministère de l'Industrie, des Sciences, de l'Énergie et des Ressources (DISER) du gouvernement australien, la consommation de cuivre devrait continuer à se redresser et à augmenter, grâce à l'amélioration de la croissance économique et au rôle essentiel du cuivre dans l'électrification. DISER a déclaré que la consommation mondiale de cuivre devrait croître régulièrement à un taux moyen de 2,5% par an au cours de la période considérée, pour atteindre 28 millions de tonnes en 2026 et 31,1 millions de tonnes en 2030. Globalement, entre 2020 et 2030, la demande mondiale de cuivre raffiné devrait augmenter de 31%.

Selon le rapport, la croissance des revenus, l'accès accru à l'électricité et les progrès rapides de la technologie ont entraîné de fortes augmentations de la demande mondiale de cuivre au cours des 100 dernières années. En fait, la consommation mondiale de cuivre a, en moyenne, doublé tous les 25 à 30 ans. Cette tendance devrait s'accélérer, les biens et infrastructures à forte intensité de cuivre étant appelés à jouer un rôle croissant dans l'économie mondiale. La Chine consomme la moitié du cuivre mondial et est le principal facteur de tension sur le marché du cuivre. La consommation de cuivre de la Chine devrait d’ailleurs croître en moyenne de 3% par an pour atteindre 15 millions de tonnes en 2022, indique le rapport.

Par ailleurs les initiatives écologiques créent une demande accrue pour le métal rouge. En effet, les propriétés physiques du cuivre en font un matériau indispensable pour les systèmes de production d’électricité ou de chaleur à la base des énergies renouvelables (les éoliennes et les installations photovoltaïques par exemple sont grandes consommatrices de cuivre). On sait aussi que dans la thématique durable, les véhicules électriques consomment beaucoup plus de cuivre que les véhicules thermiques (Selon l'International Copper Alliance, l'utilisation du cuivre dans les moteurs électriques devrait doubler d'ici 2030 pour atteindre plus de 250.000 tonnes par an, un véhicule électrique consommant 4 fois plus de cuivre qu’un véhicule thermique…). Et cela s’ajoute au fait que de l'électronique à la construction de maisons, le cuivre est largement utilisé dans l'industrie manufacturière.

Cette tension sur les prix du cuivre devrait aussi perdurer car le sous-investissement dans le cuivre au cours de la dernière décennie est à l'origine de problèmes d'approvisionnement, d’autant que l’instabilité politique au Chili, où est extrait une grande partie du cuivre mondial (soit environ 25%), contribue au problème… Sans compter que lancer un nouveau site d’extraction de cuivre prend entre 10 et 20 ans. Quant aux stocks physiques mondiaux situés essentiellement à Shanghai, New York, ils ont diminué ces derniers mois, conséquence du déséquilibre entre l’offre et la demande. Ainsi, fin avril, les stocks de ces trois places boursières étaient évalués au total à 418.000 tonnes soit moins d’une semaine de consommation mondiale… Et selon les statistiques de l’International Copper Study Group (ICSG), le déficit (différence entre offre et demande) mondial actuel de cuivre dépasse les 300.000 tonnes.

Mais le tassement de la production industrielle chinoise en mai a permis ces derniers jours de faire baisser la surchauffe sur les matières premières, alors que l'administration chinoise des réserves alimentaires et stratégiques a confirmé les rumeurs qui circulaient depuis quelques jours en annonçant qu'elle allait vendre aux industriels des lots de métaux, allant du cuivre à l'aluminium en passant par le zinc. En parallèle, selon Bloomberg, les entreprises publiques chinoises ont reçu l'ordre de limiter leur exposition aux marchés internationaux de matières premières.

Alors, "stop ou encore" pour les matières premières et le cuivre en particulier? De nombreux éléments évoqués ci-dessus tendent à montrer que la demande va rester forte plusieurs années. Mais d’un autre côté, la Chine, principale consommatrice de matières premières au monde a montré qu’elle peut inverser la tendance, au moins momentanément. Mais pourra-t-elle continuer à freiner ses achats de matières premières au risque de d’impacter sa croissance économique?

Évolution des marchés boursiers

Nous relations ci-dessus que la FED américaine pourrait être déterminée à durcir sa politique monétaire plus tôt que prévu, et pourtant les taux longs américains ont enregistré une baisse "surprenante". Le rendement des obligations américaines à 30 ans a enregistré sa plus forte chute en 3 mois et le taux a 10 ans a rechuté: à 1.37% on est loin du sommet à 1.74% enregistré fin mars 2021… En fait, la crainte d'une très forte et incontrôlée poussée des prix avait été l'un des principaux vecteurs de la hausse des taux enregistrée depuis le début de l'année.

L'inflation érode les rendements obligataires, ce qui pousse les investisseurs à demander une rémunération plus élevée, surtout pour les titres les plus longs. Mais en montrant qu'elle était prête à intervenir plus tôt que prévu pour contrer une hausse des prix trop rapide, la FED américaine a rassuré les marchés. Comme l’a rappelé le journal financier français Les Echos, la courbe des taux américains s'est alors aplatie: la différence entre les taux courts et les taux longs s'est réduite. L'écart entre le rendement des "Treasuries" à 5 ans et à 30 ans est ainsi à son plus bas niveau depuis fin 2020. Une tendance qui sera surveillée de près par les marchés actions. Car un aplatissement durable de la courbe peut également refléter une moindre confiance dans les perspectives de croissance à long terme de l'économie américaine…

Comme nous le signalions donc en préliminaire de cette chronique, les déclarations de James Bullard, Président de la Réserve Fédérale de Saint-Louis et 1 des 18 membres votants de la FED américaine, ont plombé les marchés, l’indice général Stoxx 600 Europe a ainsi perdu 1.6%. Aucun secteur européen n’a pu sortir la tête l’eau, les pertes s’étalant entre 0.47% pour l’immobilier et près de 3% pour l’énergie. Dans ce dernier secteur, les prix du baril de Brent ont fléchi après avoir atteint 74.39 USD le baril mercredi, un plus haut depuis 3 ans, le Brent valant maintenant 73.7 USD le baril. Les prises de bénéfices ont notamment été engendrées par le questionnement quant à la vigueur de la reprise économique et par les reprises de pourparlers entre les USA et l’Iran qui pourraient permettre à ce dernier pays de reprendre ses exportations de pétrole.

Le secteur financier a aussi beaucoup souffert vendredi (-2.22%) marqué par des taux longs clairement plus bas qu’il y a quelques semaines, à l’instar du Bund allemand à 10 ans à -0.20% contre -0.07% à la mi-mai. Les actions technologiques ont complété ce triste podium avec une perte moyenne de 2.18%. 

Le secteur des matériaux a abandonné 1.6%, impacté en particulier par la baisse ces derniers jours de nombre de métaux comme le cuivre, le zinc, le nickel, l’aluminium ou le palladium. À noter que ceux-ci – outre les interventions chinoises déjà évoquées - ont notamment souffert de la vigueur du dollar qui les rend plus chers pour les investisseurs en devises étrangères.

À Wall Street, tout comme pour les bourses européennes, aucun secteur n’a échappé au marasme vendredi, l’énergie emmenant aussi les perdants (-2.92%), devant les services aux collectivités (-2.63%) et les financières (-2.44%). Globalement l’indice S&P 500 a clôturé en baisse de 1.3% alors que le Nasdaq reculait de 0.9%.

Néanmoins, certaines valeurs ont pu tirer leur épingle du jour comme Adobe, la société technologique américaine, dont le cours a bondi de 2.6 % vendredi grâce à la publication de résultats meilleurs qu’attendus, accompagnés de prévisions également supérieures aux attentes.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce lundi matin (7h20), les marchés asiatiques sont en baisse emmenées par Tokyo qui chute lourdement (-3.5%) alors que Hong Kong perd 1.4% et Shanghai-Shenzhen 0.4%. Les craintes d’un durcissement plus rapide que prévue de la politique monétaire américaine impactant aussi l’Asie…

Les futures (contrats à terme) indiquent également une ouverture clairement baissière des marchés boursiers en Europe (-0.9%) et aux États-Unis (-0.5%).

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Début de semaine très calme au niveau des indicateurs économiques. On disposera ainsi, en matinée, de l’indice des consommateurs en Belgique pour le mois de juin.

Côté résultats, on surveillera ceux de Prosus, holding coté aux Pays-Bas et recelant les actifs internet du groupe sud-africain Naspers, dont l’importante participation dans le géant chinois Tencent.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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