Menace inflationniste? Le ménage boursier à 3 des phobiques, des sceptiques… et des zens

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Nouvelles économiques et financières

Sans surprise, l’inflation a accéléré en mai en Allemagne pour atteindre 2.5% sur 1 an, au plus haut niveau depuis près de 10 ans, tirée logiquement par le bond des prix de l’énergie (+10% sur 1 an). Hors ce dernier facteur, la hausse des prix en Allemagne est 1.8% en glissement annuel. Même constat en France où l’inflation a aussi augmenté, mais de manière plus modérée, passant de 1.2% en avril à 1.4% en mai, également fortement influencée par les prix de l’énergie. A noter que l’indice des prix harmonisé (IPCH) qui sert de référence au niveau européen atteint 2.4% en Allemagne et 1.8% en France.

Aux Etats-Unis, les chiffres publiés hier ont été contrastés. Les ventes au détail ont diminué plus que prévu en mai (-1.3% contre -0.8% attendu), les Américains s’étant plus tourné vers les services que vers les biens. Même tendance pour l’indice d’activité manufacturière "Empire State" qui a baissé plus que prévu en juin à 17.40 points alors qu’on attendait 23 points.

Par contre les prix à la production aux USA en mai ont été plus fortement en hausse que projeté soit +0.8% (0.6 attendu). En glissement annuel, la progression est de 6.6 (6.3% attendu par les économistes sondés par Reuters). Bond aussi plus important que prévu pour la production US en mai – grâce au fort rebond du secteur automobile – soit +0.9% (+0.6 estimé).

Fait(s) du jour

C’est un des premiers signes tangibles, et spectaculaires, de l’apaisement des relations entre les Etats-Unis et ses partenaires depuis l’élection de Joe Biden: l’Union Européenne a fait savoir hier qu’elle est parvenue à un accord avec les USA concernant les aides publiques versées aux avionneurs respectifs, à savoir Airbus et Boeing. Depuis 2004, Washington et Bruxelles s’opposent devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) – ce qui est le plus long conflit au sein de l’organisation - au sujet des aides publiques "illégales" versées à leurs avionneurs respectifs.

Une trêve entre les protagonistes avait été décidée en mars et devait normalement se terminer le 11 juillet, mais maintenant on peut parler ici de véritable armistice : les deux parties ont en effet convenu de suspendre pendant 5 ans les droits de douane dissuasifs qu’ils s’infligeaient l’un à l’autre d’une part, et de « chercher désormais à surmonter les divergences de longue date et éviter des futurs litiges » d’autre part.

Les Etats-Unis tentent de rallier l’Union Européenne dans leur bras de fer commercial avec la Chine et souhaitaient profiter du sommet en cours entre les Etats-Unis et l’Europe, avec la visite du président Américain, pour apaiser une relation transatlantique mise à mal par les années Trump. En effet, sous la présidence de ce dernier, les tensions s’étaient exacerbées, les USA ayant été autorisés en octobre 2019 par l’OMC à imposer des taxes sur près de 7,5 milliards USD de biens et services européens importés chaque année. Concrètement les taxes se montaient ainsi par exemple à 25 sur les vins et spiritueux européens et 15% sur les avions Airbus. Et un an plus tard, l’OMC avait aussi autorisé l’Europe à mettre en place des taxes (pour près de 4 milliards USD) sur des produits importés des Etats-Unis.

L’accord est très important pour Airbus et Boeing qui sont, de très loin, les 2 principaux constructeurs d’avions commerciaux au monde, leurs parts de marché combinées approchant les 97%, laissant des miettes à leurs concurrents comme l’entreprise canadienne Bombardier, le brésilien Embraer ou la jeune société chinoise Comac (Commercial Aircraft Corporation of China, créée en 2008). Il faut toutefois souligner que la domination de Boeing a progressivement été érodée ces dernières années, Airbus devenant finalement en 2019 numéro 1 mondial du secteur.

L’accord entre l’Europe et les USA est d’autant plus bienvenu que les 2 dernières années ont été très difficiles pour les 2 constructeurs (voir graphe ci-contre), surtout pour Boeing qui a d’abord dû faire face à la crise du 737 MAX, un de ses modèles les plus vendus. Tous les avions de ce type ont été interdits de vol à la suite de la catastrophe aérienne d'Ethiopian Airlines survenue le 10 mars 2019, moins de cinq mois après la chute d'un appareil du même type de la compagnie indonésienne Lion Air. Ces deux accidents avaient fait 346 morts au total.

Logiquement les commandes et livraisons du 737 MAX ont été suspendues en attendant les autorisations de pouvoir à nouveau faire voler cet avion, plusieurs modifications importantes devant y être apportées. Ces autorisations n’ont été données aux USA que fin 2020 et en Europe qu’au début 2021, ce qui explique l’effondrement des livraisons en 2019 et 2020 par rapport à Airbus.

En 2020, la pandémie de COVID-19 a frappé de plein fouet l'ensemble de l'industrie aéronautique, Airbus et Boeing en tête.  D'innombrables vols ont été cloués au sol pendant des semaines en raison des restrictions de voyages à l'échelle mondiale, et ensuite les vols n’ont repris que lentement au gré des autorisations de voyager délivrées avec parcimonie par de nombreux pays. Dans ces conditions, de nombreuses compagnies aériennes ont suspendu ou annulé leurs commandes de nouveaux avions, sans parler des problèmes de production auxquels les avionneurs ont été confrontés au cours de l'épidémie comme beaucoup de leurs consoeurs industrielles.

Mais l’avenir du secteur semble plus radieux comme l’a notamment fait savoir Airbus fin mai de cette année en affirmant qu’elle produirait en 2023 plus d’avions "monocouloirs" (l’A320neo surtout) qu’avant la crise sanitaire. Si d’ici fin 2021, Airbus produira 45 "monocouloirs" soit déjà 10% de plus qu’actuellement, elle augmenterait donc encore fortement la cadence pour arriver à 64 par mois en 2023 contre 60 en 2019.  Et Airbus étudie un plan permettant d’augmenter les cadences allant jusqu’à 75 avions par mois d’ici 2025.

D’ailleurs toujours selon une estimation d’Airbus faite fin 2019, la flotte mondiale d’avions de ligne fera plus que doubler dans les 20 prochaines années, ce qui devrait entraîner la livraison de près de 40.000 avions supplémentaires d’ici 2038, dont 1/3 d’avions pour remplacer des modèles obsolètes (notamment très gourmands en carburant). Mais en octobre 2020, Boeing a communiqué un chiffre encore plus élevé : selon l’avionneur américain, la flotte commerciale mondiale devrait atteindre 48.400 appareils d'ici 2039, contre 25 900 avions aujourd'hui. Au cours de cette période, l'Asie continuera à accroître sa part de la flotte mondiale, représentant près de 40 de la flotte contre environ 30 aujourd'hui.

Évolution des marchés boursiers

Dans une note hebdomadaire, les analystes de Fidelity ont mis en avant un nouveau type d’investisseur… : "En matière d’inflation, il y avait les phobiques, les sceptiques... Désormais, il faudra aussi compter sur les zens. Une espèce d’investisseur caractérisée par une inhabituelle placidité face à la perspective d’une surchauffe inflationniste". Et effectivement, en attendant la décision de la politique monétaire de la FED américaine prévue aujourd’hui, dans un contexte de forte hausse de l’inflation aux Etats-Unis, les investisseurs européens sont restés très zens par rapport à un risque de modification de la politique monétaire US, et notamment de hausse des taux. Il est vrai aussi que la hausse des prix en Europe est loin d’être aussi élevée qu’aux USA…

Et en attendant de voir qui des phobiques, des sceptiques et des zens aura raison, l’indice Stoxx 600 a affiché un nouveau plus haut historique (le 8ème d’affilée!) à 458.81 points en hausse de 0.11% par rapport à la veille. La plupart des secteurs, tant en hausse qu’en baisse, ont peu bougé par rapport à lundi. Néanmoins, parmi les vainqueurs du jour, on aura remarqué le gain de 0.73% de la consommation de base et de 0.68 des valeurs industrielles. Au sein de la consommation de base, la hausse de Associated British Foods (+3.3%) a été remarquée – car parmi les meilleures performances du jour tout secteur confondu d’ailleurs – profitant notamment d’une recommandation récente d’achat de Morgan Stanley.

L’immobilier (-0.52%) et les matériaux (-0.51%) sont les 2 secteurs qui ont le plus perdu hier. Néanmoins même dans des secteurs en difficulté, certaines valeurs arrivent parfois à tirer leur épingle du jeu. Notons ainsi, dans le secteur des matériaux, le gain de 2.6% d’Air Liquide, amenant le cours de l’action à un plus haut historique, grâce à HSBC notamment qui a relevé son opinion sur le titre du géant des gaz industriels de "conserver" à "achat" et porté son cours cible de 148 à 166 euros. Selon HSBC, Air Liquide devrait être l’un des gagnants de la reprise économique et du thème de la reflation.

A Wall Street, après les records de lundi, les indices S&P 500 et Nasdaq ont, à l’inverse de l’Europe, déjà décidé de faire une pause, le premier abandonnant hier 0.20 et le second 0.71.

4 secteurs seulement ont terminé à la hausse avec un secteur de l’énergie en grande forme (+2.1%), les majors pétroliers jouant les locomotives comme Chevron (+2.2%) et surtout ExxonMobil (+3.6%). Le prix du pétrole de référence américain (WTI) est au plus haut depuis octobre 2018, tout comme le Brent, la référence mondiale, qui a dépassé allègrement les 74 USD le baril. Celui-ci est toujours porté par les perspectives de demande élevées suite à la reprise économique et par la crainte moins marquée du retour du pétrole iranien.

Derrière les actions industrielles ont progressé de 0.51%, devant les services aux collectivités (+0.35%) et les actions financières (+0.23%). Parmi les sociétés industrielles, notons la hausse de 0.6% de Boeing dont nous avons parlé ci-dessus.

Parmi les secteurs en baisse, l’immobilier américain était le plus touché (-1.04%) devant les actions technologiques (-0.64%). Dans ce dernier secteur, le cours d’Oracle a chuté (-1.2% mais -4.8% après bourse): si la société a annoncé des meilleurs résultats que prévus, les analystes ont été déçu par les chiffres de la division "cloud"

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce mercredi matin (7h50), les marchés asiatiques sont orientés à la baisse. La bourse de Tokyo perd actuellement 0.5%, tout comme celle de Hong Kong alors que les bourses de Shanghai-Shenzhen abandonnent 1.5%.

Dans l’attente des conclusions de la FED aujourd’hui, à partir de 20 h (heure belge) les contrats à terme indiquent une ouverture très prudente, très légèrement à la hausse, à l’ouverture des bourses européennes et américaines;

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Ce mercredi, c’est donc la décision de politique monétaire de la FED américaine qui monopolisera la plupart des commentaires. Mais néanmoins quelques statistiques économiques seront publiées.

Ainsi en Belgique on connaîtra les derniers chiffres du chômage alors qu’au Royaume-Uni sera révélé le chiffre de l’inflation en mai.

Après-midi, aux Etats-Unis, on prendra connaissance des permis de construire et mises en chantier de logements neufs en mai ainsi que du rapport hebdomadaire sur les stocks de pétrole outre-Atlantique.

Je serai absent ces jeudi 17 et vendredi 18 juin.

Je reprendrai donc l’écriture de cette chronique le lundi 21 juin.

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