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Menu du jour: inflation en hausse, nouveaux records boursiers et "Reddit Army"

Retrouvez chaque matin une chronique sur l'actualité boursière et financière.

Hier

Nouvelles économiques et financières

La journée d’hier a été chargée en données économiques.

Selon l’Insee, la production industrielle en France s'est repliée de 0,1% au mois d'avril par rapport à mars, et reste 5,5% sous son niveau d'avant crise sanitaire. Sur un an, elle augmente fortement de 13,9%, le mois d'avril 2020 ayant été marqué par le premier confinement et une chute historique de l'activité en France. 

En Europe, l’inflation semble toujours sous contrôle même si la Banque Centrale Européenne (BCE) a revu hier ses prévisions à la hausse, tablant sur une inflation à 1.9% en 2021 contre une estimation de 1.5% donnée en mars. Selon Christine Lagarde, Présidente de la BCE, c’est toujours la hausse des prix de l’énergie qui explique surtout cette poussée de l’inflation qui, après avoir encore augmenté à l’automne, devrait refluer début 2022.

La BCE a aussi revu à la hausse ses prévisions de croissance : le PIB devrait bondir de 4.6% en 2021 (contre une estimation de 4% précédemment) et de 4.7% en 2022 (contre une projection de 4.1% auparavant). Pour 2023, la hausse du PIB est maintenue inchangée à 2.1%.

Tenant compte d’une inflation maîtrisée et d’une économie en reprise mais toujours convalescente, la BCE maintient sans surprise sa politique monétaire inchangée : programme d’achats d’urgence de titres face à la pandémie (PEPP) maintenu à 1.850 milliards d’euros, maintien du taux de refinancement à 0% et du taux de facilité de dépôt à -0.5%.

Inversement à l’Europe, l’inflation américaine a accéléré et plus fortement qu’attendu : au mois de mai, elle s’est affichée à +0.6% (+0.5% attendu) et donc elle atteint 5 % en rythme annuel, un plus haut depuis près de 13 ans ! Par contre l’indice des prix hors alimentation et énergie ou "Core CPI" a augmenté de 0.7% le mois passé (+0.4% prévu), soit une hausse de 3.8% sur 1 an (contre une prévision de 3.4%). Cette poussée de fièvre a ravivé chez certains les craintes d’une remontée persistante des prix à la consommation aux USA et donc d’une intervention prématurée de la Réserve Fédérale (FED).

Toujours aux États-Unis on a eu aussi les inscriptions hebdomadaires au chômage la semaine passée : elles ont atteint un plus bas depuis mars 2020, soit 376.000 contre 385.000 une semaine avant.

Enfin la forte croissance de l’économie mondiale a aussi été confirmée par l’OPEP (malgré des incertitudes liée à la pandémie toujours en cours) qui a maintenu sa prévision d’une forte demande de pétrole au 2ème semestre, à près de 6 millions de barils par jour (+6.6%), demande soutenue en particulier par les USA et la Chine.

Fait(s) du jour

Si, comme on l’a vu ci-dessus, l’inflation, surtout américaine, connaît une poussée de fièvre et inquiète les investisseurs classiques, les boursicoteurs en ligne n’en n’ont cure et s’intéressent toujours frénétiquement aux "meme stocks", en français "actions mèmes" (orthographe correcte!)  ou "mèmes" tout court, appelées aussi "actions feu de paille".

Traditionnellement, ce genre de nouvel investissement extrême - apparenté souvent à une bulle - vient des USA. En parallèle aux SPAC (ou "sociétés chèques en blanc") dont nous parlions en détail dans notre chronique du 12 mars (La détente des taux a permis aux marchés de monter, grâce en particulier aux actions technologiques - Thème de la semaine: La fièvre des SPAC), à côté des cryptomonnaies souvent évoquées dans nos articles, les "mèmes" sont en fait des actions qui connaissent un volume de transactions excessif de la part d’investisseurs particuliers qui les ont ciblée sur les médias sociaux. Ces actions sont donc devenues "virales" sur ces médias sociaux et voient ensuite leurs prix littéralement exploser par le tsunami d’ordres en bourse placés par des millions de boursicoteurs particuliers.

Pour ces investisseurs d’un nouveau genre, pas question d’analyse financière traditionnelle ou de suivi de résultats - la plupart n’ont d’ailleurs qu’une connaissance lacunaire voire inexistante du fonctionnement des marchés boursiers - ce qui compte c’est l’appartenance à un réseau social comme Reddit et à ce qui s’y dit au niveau des marchés boursiers. À ce titre, les spéculateurs s’intéressent par exemple beaucoup à r/wallstreetbets, aussi connu sous le nom WallStreetBets ou WSB, un forum de discussion du site Reddit ayant pour thème la finance et la bourse.

Les boursicoteurs amateurs achètent souvent des petites quantités d’actions (ou des options d’achat), mais selon le principe que les petits ruisseaux font les grandes rivières, une énorme convergence de petits ordres peuvent fortement influencer le cours d’une action. Et c’est ainsi qu’on a vu en janvier dernier, les millions d’abonnés à WallStreetBets se concerter via ce forum pour acheter (via surtout le site de courtage RobinHood) l’action GameStop qui était "shortée" (vendue à découvert) par des hedge funds. GameStop est une société américaine spécialisée dans des magasins de vente de jeux vidéo qui a connu de graves difficultés financières ces dernières années (les joueurs préférant maintenant les jeux en ligne) et dont le cours s’était logiquement effondré avant l’intérêt soudain que nous venons d’évoquer.

Les amateurs de "mèmes", parfois appelés la "Reddit Army", jouent donc sur l’effet de masse pour faire monter rapidement et fort une action, peu importe ses fondamentaux. Et si au départ, certains ont évoqué une sorte de "croisade" contre les "vautours de la finance", personnifiés par les hedge funds (comme Citron Research ou Melvin Capital) vendant à découvert, c’est devenu très rapidement le moyen pour des investisseurs inexpérimentés d’essayer de gagner rapidement beaucoup d’argent et sans beaucoup d’efforts, le nombre d’abonnés à WallStreetBets étant d’ailleurs passé en quelques mois d’environ 2 millions à près de 10.5 millions actuellement…

Après GameStop, les boursicoteurs se sont attaqués à plusieurs autres actions fortement décotées, pour des raisons fondamentales, comme par exemple la chaîne de cinéma AMC Entertainment, la société technologique Blackberry, la société de magasins de détail Bed Bath & Beyond ou plus récemment Clover Health Investments (soins de santé).

 Les boursicoteurs ont le soutien du patron d'AMC, Adam Aron, qui les a régulièrement courtisés ces derniers mois. AMC a ainsi récemment lancé une opération visant à fidéliser ses actionnaires, en leur proposant des extras comme… du pop-corn gratuit ou des séances en avant-première ! Mais par ailleurs, et cyniquement, AMC a lancé ces derniers mois des émissions de nouvelles actions qui diluent tout profit potentiel, ce qui désert les détenteurs d’actions du groupe… Et simplement pour montrer le décalage entre la réalité des fondamentaux et le gonflement délirant de la valeur de l’action, l’action AMC vaut actuellement près de 43 USD alors que l’objectif moyen des 9 analystes - aucun n’étant à l’achat - qui suivent le titre de manière fondamentale est de… 5.25 USD soit une "prime" de près de 88 % !

Inutile donc de rappeler que ces actions sont extrêmement spéculatives, dont ultra volatiles, ce qui a d’ailleurs amené l’autorité de contrôle américaine à intervenir. La SEC vient ainsi de déclarer qu'elle examinait les marchés à la recherche de signes de manipulation et d'autres comportements répréhensibles, alors que AMC Entertainment Holdings et d'autres actions mèmes continuent de monter en flèche. La SEC avait déjà déclaré qu'elle enquêtait sur ce qui s'est passé avec GameStop en janvier, en se concentrant sur la question de savoir par exemple si des traders utilisaient des panneaux d'affichage en ligne pour tromper d'autres investisseurs et les faire participer à la hausse. La SEC a ajouté "Nous agirons pour protéger les investisseurs particuliers si des violations des lois fédérales sur les valeurs mobilières sont constatées", les régulateurs craignant que les investisseurs ne subissent des pertes substantielles en cas de chute de l'action.

Pour résumer, le phénomène des "mèmes" n’a rien à voir avec un investissement classique de moyen-long terme, ni même avec de la spéculation ordinaire. Ce qui fait saliver les boursicoteurs amateurs de ce genre d’opérations ce sont donc des gains élevés en très peu de temps, sans même savoir précisément ce qu’ils achètent. Ils se bousculent dans un mouvement collectif d’excitation pour prendre part à la fête et contribuent ainsi, par effet moutonnier, à l'envolée des prix qu’ils espèrent. Mais étant donné que ces mouvements d’achats ne reposent sur rien, la bulle se dégonfle souvent avec fracas…

Évolution des marchés boursiers

Loin de cette folie spéculative, l’indice Stoxx 600 Europe a terminé la séance d’hier quasiment inchangé, mais en grapillant tout de même 0.03% lui permettant d’enregistrer un 5ème record historique d’affilée à 454.56 points.

4 secteurs sur 11 ont clôturé en hausse, emmenés par les soins de santé (+0.95%). Petit cocorico national, ce sont 2 actions belges qui se sont distinguées: dans le compartiment des sociétés pharmaceutiques UCB (+2.7%) a précédé toutes ses consoeurs européennes alors que dans le segment biotech, ArgenX a encore gagné 3.8% après sa très belle progression d’avant-hier.

Derrière les soins de santé, on trouvait les services de communication (+0.88%) et les technologiques (+0.60) alors que les financières affichaient un maigre gain de 0.06%. Parmi les télécoms, BT Group a tenu la vedette avec un bond de 6.6%, suite à la nouvelle de l’acquisition, par Altice Group, d’une participation de 12.1% dans le groupe anglais, devenant ainsi son 1er actionnaire. Concernant les actions technologiques, c’est la société française de semiconducteurs Soitec qui s’est distinguée (+2.9%) après avoir revu à la hausse des prévisions pour l’exercice 2021-2022.

Parmi les perdants du jour, la consommation cyclique (-0.88%) était impactée en particulier par les prises de bénéfices du segment "hôtels & restaurants". On trouvait ensuite les industrielles (-0.73%) et les services aux collectivités (-0.64%). A noter, dans le secteur industriel, la baisse de Stellantis (-1.4%) dont les marques Peugeot et Citroën sont mises en cause dans le cadre de l’affaire du "Dieselgate".

Aux États-Unis, après plusieurs tentatives, les marchés boursiers tiennent aussi leur record : l’indice S&P 500 a clôturé hier soir à un plus haut historique de 4.239,18 points, en progrès de 0.47% par rapport à mercredi. Tout en gagnant de son côté 0.78%, l’indice du Nasdaq est par contre resté 0.8% en dessous de son record de fin avril dernier.

Comme sur les bourses européennes, les investisseurs américains semblent donc s’inquiéter peu des chiffres économiques publiés hier, considérant finalement, comme les banques centrales, que l’inflation n’est que provisoire et que donc le risque de hausse des taux est limité. D’ailleurs hier le taux à 10 ans américain a encore baissé, terminant à 1.43% contre 1.49% la veille.

Au niveau des secteurs, les soins de santé ont obtenu la 1ère place du jour en progressant de 1.69%, les fournisseurs d’équipements médicaux gagnant en moyenne 1.1% contre 2.2% pour les sociétés pharmaceutiques et biotech; au sein de ce dernier segment, on a remarqué la hausse de plus de 6% d’Organon, plébiscitée par un broker.

Le petit secteur immobilier a grimpé de 0.95%, devant les actions technologiques (+0.75%) où les hausses les plus notables étaient à mettre à l’actif de ServiceNow (+5.3%, Goldman Sachs l’ayant placée sur sa "Conviction List") et Adobe (+4.1%). Au sein de la consommation cyclique, après plusieurs journées difficiles au début du mois, Tesla a poursuivi son rebond (+1.9%) profitant du lancement du modèle S Plaid, une version luxe vendue à 120.000 USD aux États-Unis. Dans le même secteur, Amazon a pris aussi 2.1% malgré ses déboires avec le Royaume-Uni et l’Union Européenne (cette dernière envisageant de lui imposer une amende de plus de 400 millions USD pour violation du RGPD).

Du côté des perdants du jour, la poursuite de la baisse des taux a négativement influencé le secteur financier (-1.12%), devant les matériaux (-0.56%), les industrielles (-0.47%) et l’énergie (-0.13%). Les secteurs "value" ont donc fait l’objet de prises de bénéfices hier. Mais ce n’est rien à côté de l’effondrement de plusieurs "mèmes" ou "actions feu de paille" dont nous parlions ci-dessus (AMC -13%, Clover Health -15%, GameStop -27%, …), rappelant aux investisseurs (trop) intrépides que ces actions sont plus à ranger dans la catégorie "casino" que bourse

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce vendredi matin (7h30), les marchés boursiers asiatiques évoluent dans les 2 directions. Tokyo est actuellement inchangée, Hong Kong progresse de 0.4% mais Shanghai-Shenzhen baissent de 0.8%.

À noter qu’en Chine, les autorités continuent à sévir contre le monde des cryptomonnaies. Après avoir, les dernières semaines durci les restrictions à l’encontre des activités de minage du bitcoin et lancé des avertissements contre le caractère spéculatif des "cryptoassets", près de 1.100 personnes ont été arrêtées. Elles sont soupçonnées de s’être livrées au blanchiment d’argent grâce aux cryptomonnaies, suite à des escroqueries par téléphone et internet.

À l’heure actuelle, les contrats à terme indiquent que les marchés boursiers occidentaux vont continuer sur leur lancée positive d’hier soir et donc ouvrir en hausse, tant en Europe (+0.2%) qu’aux États-Unis (+0.1%)

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Aujourd’hui après la journée chargée d’hier, il y aura beaucoup moins d’événements économiques. Avant l’ouverture des marchés boursiers, le Royaume-Uni publiera les chiffres du PIB et du commerce extérieur pour avril. Aux États-Unis, dans l’après-midi, on disposera de l’indice de confiance des ménages de l’université du Michigan pour juin.

Mais les observateurs seront attentifs aussi au sommet du G7, où chefs d’états et de gouvernements, vont essayer, durant ces 2 jours, d’entériner la proposition d’un taux d’imposition minimum de 15% des bénéfices des multinationales.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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