Une taxe mondiale minimum, une biotech US au firmament, les cryptos en déroute

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Nouvelles économiques et financières

Hier matin, les statistiques européennes ont soufflé le chaud et le froid. Le froid d’abord, avec la baisse surprise des commandes industrielles en Allemagne en avril. Alors que celles-ci avaient bondi de 3.9% en mars et qu’on attendait une hausse de 0.5% à 1% en avril, les commandes industrielles ont finalement reculé de 0.2%.

Le chaud ensuite: l’indice Sentix du sentiment des investisseurs en zone euro en juin s’est révélé plus fort qu’attendu, soit 28.1 points, contre 26 attendu et 21 en mai. L’indice est ainsi au plus haut depuis mars 2018.

Fait(s) du jour

Comme nous l’écrivions dans cette chronique hier matin, les ministres des finances du Groupe des sept pays les plus avancés (G7, cad USA, Canada, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France, Italie) ont convenu samedi de soutenir un taux d'imposition mondial minimum des sociétés d'au moins 15 %. L'accord prévoit aussi en contrepartie la fin de taxes nationales (ou de projets) sur les services numériques, levées par plusieurs pays européens, et dont les États-Unis affirment qu'elles visent injustement ses champions nationaux des nouvelles technologies. Cet accord du G7 vise un effort mondial plus large pour mettre à jour les règles fiscales dans le monde et sera discuté plus avant lors d'une réunion du G20 le mois prochain à Venise.

Les grandes puissances économiques cherchent depuis longtemps à s'accorder sur une vaste réforme de la fiscalité transfrontalière afin de lutter contre les pratiques d'optimisation des grandes multinationales - en particulier les géants du numérique comme les GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) - qui ont tendance à déclarer leurs profits dans des pays à la fiscalité avantageuse plutôt que dans ceux où elles réalisent la majeure partie de leur activité.

Une pratique courante chez de nombreuses multinationales consiste ainsi à déclarer les revenus - tels que ceux provenant de sources immatérielles comme les logiciels et les brevets - dans des juridictions à faible fiscalité, quel que soit le lieu où les ventes sont réalisées. Cela permet aux entreprises d'éviter de payer des impôts plus élevés dans leur pays d'origine.

L'Union européenne a estimé à près de 14% l'écart entre le taux d'imposition des grandes entreprises numériques et celui de leurs concurrents physiques de plus petite taille : grâce à des techniques d’optimisation fiscale et à l’installation dans des pays ou le taux d’imposition est plus faible, les géants du numérique paieraient en moyenne 9.5% d’impôts contre 23.2% pour les PME européennes. Mais il y a des exemples encore plus flagrants. Ainsi le journal anglais Guardian a rapporté qu'une filiale irlandaise de Microsoft n'a payé aucun impôt sur les sociétés grâce à sa résidence aux Bermudes. En 2014, l'Union européenne a aussi estimé qu'Apple avait payé un taux d'imposition de… 0,005%.

Ou encore comme le soulignait le journal La Libre en début d’année, sur 8 ans, Google a fait transiter pas moins de 128 milliards d'euros via sa filiale néerlandaise Google Netherlands Holdings B.V., vers le paradis fiscal des Bermudes. Aux États-Unis, jusqu'à 38 milliards d'euros d'impôts ont ainsi été évités. Par contre l'opération aurait rapporté à l'Etat néerlandais plus de 25 millions d'euros «d’impôts sur les bénéfices aux Pays-Bas » entre 2012 et 2019…

Il est clair que tout le monde ne sera pas satisfait au niveau des pays. Comme on le voit dans le tableau ci-dessous, le taux de taxation des sociétés est très différent d’un pays à l’autre, certains imposant beaucoup, d’autres sensiblement moins. Sans compter qu’une quinzaine de pays n'imposent pas d'impôt général sur le revenu des sociétés. Il s'agit notamment de nations insulaires telles que les Bermudes, les îles Caïmans et les îles Vierges britanniques, largement connues comme des "paradis fiscaux" offshore, c'est-à-dire des juridictions où les grandes entreprises transfèrent leurs bénéfices afin de payer moins d'impôts.

Et l’Irlande par exemple se bat logiquement bec et ongles pour soutenir son système avec un taux de seulement 12.5%: selon des premières estimations, la réforme évoquée risquerait de lui faire perdre plusieurs milliards de recettes. Inversement, d’autres pays récupéreront des milliards d’euros ou d’USD. Selon l’OCDE, un taux minimum mondial d'imposition des sociétés constitue l'essentiel des 50 à 80 milliards USD d'impôts supplémentaires que les entreprises finiront par payer.

Mais les Européens craignent aussi que certaines entreprises passent à travers les mailles du filet comme l’a mentionné le Guardian hier à propos d’Amazon. Pourquoi ? Si Amazon a réalisé 27 milliards USD de bénéfices entre avril 2020 et fin mars 2021, sa marge bénéficiaire n'était ainsi "que" de 6,3%, alors que le projet de taxation minimum du G7 note que "les pays de marché où opèrent les grandes multinationales sans nécessairement avoir une présence physique devraient se voir attribuer des droits d'imposition sur au moins 20% des bénéfices dépassant une marge de 10 % pour les entreprises multinationales les plus grandes et les plus rentables".

Si les grands argentiers affirment qu’aucun passe-droit ne sera pourtant toléré, le véritable risque réside dans les futures échappatoires à venir, les sociétés chercheront toujours à optimiser leur taxation en profitant des lacunes légales du système et d’autant plus si certains pays continuent à appliquer un système particulier en dehors de l’accord global…

Évolution des marchés boursiers

L’indice global Stoxx 600 Europe a poursuivi hier sa politique des petits pas et a donc enregistré un nouveau record historique à 453.56 points soit une hausse de 0.22% par rapport à vendredi. Une large majorité de secteurs ont fini en hausse avec comme tête de liste les services de communication (+0.9%), devant la consommation cyclique (+0.7%), les soins de santé et l’immobilier, ces deux derniers progressant de 0.6%.

Si les actions du secteur des services de communication bénéficient de plusieurs opérations de rapprochement avérées ou supposées, la consommation cyclique continue à progresser mettant notamment en vedette le secteur automobile ainsi que celui des équipementiers, et notoirement celui des fabricants de pneus. Michelin a ainsi encore gagné 1.4% hier alors que Continental engrangeait 2%. En 2021, l’indice MSCI Europe Automobiles et Equipementiers Automobiles gagne ainsi déjà 32%, affichant son statut de 1er de classe européen devant le secteur bancaire (+29%).

2 secteurs ont terminé hier en queue de peloton, celui de l’énergie quasiment inchangé et surtout les matériaux en chute de 0.9% dans la foulée de la baisse du prix de nombre de matières premières comme le minerai de fer, le plomb, le palladium ou l’aluminium. Au rayon belge, signalons la baisse de la biotech ArgenX (-2.4%) après l’annonce de la fin d’un accord de coopération, signé en 2018, avec Johnson & Johnson. Celui-ci portait sur l’anticorps Cusatuzumab développé contre la leucémie myéloïde aigüe. ArgenX en récupère tous les droits afin d’en poursuivre seul le développement. Pour KBC Securities, le Cusatuzumab représente seulement 2%  de la valorisation d’ArgenX, selon la méthode de la somme des parties, ce qui correspond à +/- 5 euros par action, soit la baisse du jour.

À Wall Street, en clôturant en baisse de 0.08%, l’indice S&P 500 s’est éloigné de quelques points supplémentaires du record historique du 7 mai dernier, pourtant en point de mire vendredi. 4 secteurs ont réussi à finir dans le vert, l’immobilier (+0.9%), les services de communication (+0.5%), les soins de santé (+0.4%) et les services aux collectivités (+0.2%).

Dans le secteur des soins de santé, tous les regards se sont portés sur Biogen dont le cours a bondi de 38.4 % dans un volume de transactions 12 fois supérieur à la moyenne journalière! La Food and Drug Administration (FDA), l’autorité de santé américaine, a approuvé l’Aduhelm dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. L’Aduhelm utilise une molécule, l’Aducanumab, constituée d’anticorps monoclonaux visant à éliminer les agrégats d’une protéine (la bêta-amyloïde) qui sont responsables, aux premiers stades de la maladie, des symptômes de perte de mémoire se formant à l’intérieur des cellules des patients. Selon Biogen, 1.5 million d’Américains pourraient avoir besoin de ce médicament, administré par perfusion mensuelle, ce qui représenterait un marché potentiel de plus de 10 milliards USD.

Mais malgré l’euphorie de la nouvelle, l’Aduhelm fait déjà polémique car la FDA l’a approuvé sur base de données encore partielles, sous la pression de groupes de défenses des patients atteints d’Alzheimer et de certains médecins. Et donc la FDA a exigé de Biogen des essais cliniques supplémentaires qui, s’ils démontrent que le médicament ne fonctionne pas comme prévu, entraîneront le retrait du marché de l’Aduhelm…

Parmi les 7 secteurs en baisse aux Etats-Unis hier, celui des matériaux a le plus souffert, abandonnant 1.2%, devant les industrielles (-0.7%) et les financières (-0.6%).

Notons qu’à part Amazon qui a très légèrement baissé (-0.3%), les autres membres des GAFAM ont tous terminé en légère hausse, la nouvelle d’une taxation mondiale minimum de 15 % proposée par le G7 ne les ayant guère émus…

Hors marchés d’actions, soulignons la nouvelle déroute des cryptomonnaies, le bitcoin en tête qui a rechuté de près de 10% à moins de 33.000 USD, un niveau qu’on n’avait plus vu depuis fin janvier. L’indice Galaxy Crypto de Bloomberg perd par ailleurs plus de 8% ce matin. 2 informations expliqueraient cette nouvelle déconvenue de taille : d’abord le réseau social chinois Weibo bloque désormais l’accès à plusieurs comptes populaires liés aux cryptomonnaies, sans doute dans le cadre d’une décision pilotée par le gouvernement chinois. Ensuite une note de Goldman Sachs de samedi, laisse penser que les investisseurs institutionnels ne sont plus si intéressés que cela par le bitcoin.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce vendredi matin (7h45), les bourses asiatiques sont orientées à la baisse, Tokyo perdant 0.2%, Hong Kong 0.5% et Shanghai-Shenzhen 1.3%.

Les futures sur les marchés boursiers occidentaux indiquent actuellement que l’Europe ouvrirait en très légère baisse alors qu’inversement, les Etats-Unis progresseraient un peu lors des premiers échanges.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Au niveau économique on aura aujourd’hui quelques données d’importance comme la production industrielle en avril en Allemagne mais surtout, à 11h, l’indice allemand ZEW du sentiment économique en juin. En France on aura connaissance de la balance commerciale en avril. Pour la zone euro, on disposera aussi du PIB révisé pour le 1er trimestre 2021.

Mais on sera aussi attentifs, à la conférence de presse de la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du Commissaire européen au Budget Johannes Hahn sur le projet de budget général 2022 de l'Union Européenne.

Après-midi, sera publiée aux USA, la balance commerciale d’avril qui permettra d’établir le niveau du déficit commercial.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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