La Russie et l’Arabie Saoudite veulent un pétrole moins vert qu’espéré

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Nouvelles économiques et financières

Vendredi matin, selon Eurostat, les ventes au détail dans la zone euro ont baissé (-3.1%) plus que prévu en avril (à cause d’un recul des ventes de produits non alimentaires) tout en restant logiquement largement supérieures (+23.9%) à celles d’avril 2020, en plein début de confinement dû à la pandémie.

En mai aux États-Unis, il y a eu 2 fois plus d’emplois créés dans le secteur non agricole qu’en avril (soit 559.000 contre 278.000 en avril), c’est moins que prévu… donc c’est une bonne nouvelle pour les marchés financiers! Ce constat peut paraître cynique mais cela rassure quant aux craintes inflationnistes, même si le rapport du Département de Travail US indique néanmoins que le salaire horaire moyen a grimpé de 0.5% en mai soit plus qu’escompté  (+0.2%). Après une hausse de 0.7% en avril, le salaire horaire moyen sur un an augmente ainsi de 2%. A noter par ailleurs que le taux de chômage est descendu à 5.8% en, mai, plus bas que prévu par les économistes, contre 6.1% avril.

Fait(s) du jour

Dans cette même chronique, le 28 mai dernier nous écrivions que depuis plusieurs semaines, de nombreuses compagnies pétrolières, tant européennes qu’américaines, subissaient la pression d’une partie de leurs investisseurs et de l’opinion publique internationale pour adopter des résolutions climatiques claires qui permettront d’atteindre la neutralité carbone au plus tôt (Les sociétés pétrolières doivent évoluer de l’or noir vers l’or vert, et en attendant Airbus et Boeing redécollent - Private Banking CBC). Lors des assemblées générales annuelles d’ExxonMobil, Chevron, Total ou Royal Dutch Shell, des résolutions avaient ainsi été votées en faveur d’un engagement plus volontariste pour les préoccupations environnementales, en promotionnant notamment plus résolument les énergies alternatives. Les dirigeants politiques subissent aussi une pression immense pour tenir les promesses faites dans le cadre de l'Accord de Paris, et on a d’ailleurs vu que la 1ère décision du président Biden lorsque il a été élu, était de confirmer le retour des USA dans cet accord qu’avait rejeté D. Trump.

Il faut rappeler que près de 200 pays ont ratifié l'Accord de Paris sur le climat en 2015, acceptant de poursuivre leurs efforts pour limiter l'augmentation de la température de la planète à 1,5 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels. L'accord exige que les émissions nettes de gaz à effet de serre soient nulles d'ici 2050. Et s’il fallait encore bien mesurer l’importance de cette échéance, le mois dernier, l'AIE (Agence Internationale de l’Energie) a lancé un avertissement sévère sur l'utilisation des combustibles fossiles dans le monde. Elle a déclaré que l'exploitation et le développement de nouveaux gisements de pétrole et de gaz devaient cesser cette année si le monde voulait atteindre des émissions nettes nulles d'ici 2050.

Mais c’était sans compter la rébellion de 2 des plus grands pays producteurs de pétrole au monde, la Russie et l’Arabie Saoudite, qui prévoient de défier les recommandations de l’AIE et de continuer à investir dans le pétrole et le gaz, rejetant ainsi les appels à réduire radicalement l'utilisation des combustibles fossiles malgré l'aggravation de la crise climatique. Lors du Forum Economique International de Saint-Pétersbourg, le ministre de l’énergie russe Alexander Novak a déclaré à CNBC que l'AIE avait une approche "simpliste et irréaliste". Ses commentaires interviennent peu après que le ministre saoudien de l'énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, ait plaisanté sur le rapport de l'AIE lors d'une conférence de presse en ligne en début de semaine passée. Selon Reuters, le prince a déclaré que le rapport de l’AIE était "une suite du film 'La La Land'", ajoutant "Pourquoi devrais-je le prendre au sérieux ?".

Mais pour tempérer ces propos à contre-courant d’un mouvement mondial en faveur du climat, les deux pays ont cependant confirmé leur engagement vers plus d’énergies renouvelables. Ainsi, le ministre russe Novak a ajouté "Je peux vous assurer que la Fédération de Russie, ses plans, sa stratégie est de continuer à investir à la fois dans le pétrole et le gaz et dans le charbon. Mais nous investissons également dans les énergies renouvelables, dans l'hydrogène, dans les voitures électriques et les stations de recharge électriques, de sorte que nous envisageons la prochaine décennie comme l'utilisation d'un mélange d'énergies renouvelables et de combustibles fossiles". Et l’Arabie Saoudite a ajouté "nous produisons du pétrole et du gaz à faible coût et nous produisons des énergies renouvelables. Nous exhortons le monde à accepter cette réalité : nous allons être les gagnants de toutes ces activités".

Comme on le voit dans le tableau ci-dessous, l’Arabie Saoudite et la Russie sont les numéros 2 et 3 mondiaux, représentant pas loin d’1/4 de la production mondiale de pétrole, leur point de vue est donc d’autant plus important et interpellant. Et il apparaît en tout cas clair que vu leur position, "réaliste" ou "dure" selon les avis, le pétrole risque d’être moins vert qu’espéré dans les prochaines années et que, plus que jamais, l’objectif 2050 pour la neutralité carbone sera un fameux défi…

Évolution des marchés boursiers

Après une petite pause jeudi, et rassuré par les statistiques américaines de l’emploi, l’indice Stoxx 600 Europe a repris sa marche en avant vendredi en enregistrant son 3ème record historique de la semaine, après ceux de mardi et mercredi, en clôturant en hausse de 0.39% à 452.57 points. Les actions technologiques ont affiché la meilleure performance sectorielle en progressant de 1.2%, rassurées par les chiffres de l’emploi américain éloignant quelque peu les risques de hausse des taux. Derrière les soins de santé (+0.9%) et l’immobilier (+0.7%) complétaient le podium des vainqueurs du jour, alors que les matériaux (+0.5%) échouaient à la 4ème place.

Seuls 2 secteurs ont terminé dans le rouge vendredi, soit l’énergie et les financières perdant tous les deux 0.5%. Néanmoins ces deux légers reculs sont à relativiser et à considérer comme des prises de bénéfices logiques dans la mesure où ces secteurs ont clairement fait mieux que la moyenne en 2021. Selon les indices MSCI Europe, l’indice énergie a ainsi bondi de près de 20% cette année et celui des financières de près de 22% contre 15% pour l’indice MSCI Europe et 13.4% pour le Stoxx 600 Europe.

Aux États-Unis, Wall Street a échoué d’un rien dans sa quête d’un nouveau record. En finissant vendredi à 4229,89 points (+0.88% par rapport à jeudi), il n’a même pas manqué 3 points pour dépasser le précédent sommet historique du 7 mai dernier (4232.60 points).

Le secteur technologique, au poids le plus important dans l’indice, a emmené la plupart des secteurs dans son sillage en progressant de 1.9%, les services de communication, à connotation également technologique, suivant avec un gain de 1.4%. Si des poids lourds comme Apple ou Microsoft ont progressé de près de 2%, on aura aussi noté le bond de 3.6% de Nvidia, le leader américain des semiconducteurs.

Les secteurs de croissance comme la technologie ou les services de communication bénéficient en particulier des dernières statistiques américaines qui montrent que si l’économie est en pleine forme, les taux restent sous contrôle. À noter toutefois un bémol négatif. Le Groupe des 7 nations les plus riches (le G7) a conclu un accord historique sur un taux mondial pour l'impôt sur les sociétés "d'au moins 15%". Celui-ci pourrait aider les pays, notamment européens, à imposer des taxes aux multinationales, notamment aux géants américains de la technologie tels que Amazon, Facebook ou Google. Par contre ces 2 dernières sociétés n’ont guère frémi des enquêtes lancées en Allemagne et en Europe pour pratiques anticoncurrentielles…

Le secteur de la consommation cyclique a complété le podium des vainqueurs du jour avec un gain de 0.8%. Dans ce secteur, on aura surtout remarqué le rebond de Tesla (+4.6%) après sa chute des dernières semaines. Un seul secteur a clôturé la semaine en (léger) recul, les services aux collectivités perdant 0.2%.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce vendredi matin (7h55), si la bourse de Tokyo est en hausse (+0.3%), les bourses chinoises sont en baisse, Hong Kong perdant 0.6% et Shanghai-Shenzhen 0.4%. La balance commerciale de la Chine a montré que les exportations ont continué à augmenter en mai (+18.1%), bien qu'à un rythme plus lent que le mois précédent (+22.2%), alimentées par une forte demande mondiale, alors que les importations ont fortement augmenté (39.5%) et plus qu’en avril (+32.2%).

Les futures sur les marchés occidentaux prédisent actuellement une légère baisse des bourses européennes et américaines à l’ouverture (environ 0.1%).

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Peu de données économiques en ce début de semaine: lundi, avant l’ouverture des marchés boursiers européens, on aura donc eu les chiffres de la balance commerciale chinoise en mai (voir ci-dessus) ainsi que les commandes à l’industrie en Allemagne pour avril.

Pour la zone euro, on aura aussi ce matin l’indice Sentix de la confiance des investisseurs en juin. Aux États-Unis, en soirée, on disposera du niveau du crédit à la consommation pour le mois d’avril.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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