Hésitations boursières, krach du bitcoin, semiconducteurs en mode "efforts de guerre"

Retrouvez chaque matin une chronique sur l'actualité boursière et financière.

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Conformément à une première estimation faite le 30 avril, le PIB de la zone euro a reculé de 0.6% au 1er trimestre de cette année, par rapport au 4ème trimestre 2020 et de 1.8% sur un an. Il se confirme donc, sans surprise, que la zone euro est techniquement en récession au début de cette année. Au Royaume-Uni le taux de chômage est de 4.8% au 1er trimestre 2021, soit un peu plus bas qu’attendu (4.9%) et avec des premiers signes de reprise. Par contre, les mises en chantier de logements aux USA ont reculé bien plus qu’attendu (-9.5%) en avril.

Fait(s) du jour

Du côté des quelques résultats publiés hier, Engie en Europe et Walmart, Macy’s ou Home Depot aux États-Unis ont  rejoint la cohorte des sociétés ayant annoncé des très bons résultats trimestriels. Seuls bémols, mais sans surprise, les résultats sous pression de 2 opérateurs télécoms, Iliad (France) et Vodafone (Royaume-Uni), dans un secteur où la concurrence fait rage et les coûts explosent, notamment à cause des infrastructures dans la 5G.

Mais un autre phénomène nous a particulièrement interpellé. Nous avons fait état régulièrement dans cette chronique de la pénurie de semiconducteurs qui frappe de nombreuses industries dans le monde entier, et en particulier les secteurs technologique (smartphones, consoles de jeux, ordinateurs,…) et automobile. D’ailleurs, selon une étude récente de AlixPartners, cette pénurie pourrait coûter jusqu’à 110 milliards USD de pertes pour l’industrie automobile cette année alors qu’en janvier ce coût n’était estimé "qu’à" 61 milliards USD…

Ainsi, en 2021, pas loin de 4 millions de véhicules pourraient ne pas être produits par manque de semiconducteurs. De nombreux constructeurs automobiles (Ford, Volkswagen,…) ont dû ralentir leurs chaines de production voire mettre des usines entières à l’arrêt. Et ceux qui continuent à produire en sont parfois réduits à devoir supprimer quelques fonctionnalités sur certains modèles pour épargner les précieux semiconducteurs comme sur la Peugeot 308 où le compteur numérique est momentanément remplacé par un bon vieux compteur analogique à aiguilles, ou comme sur la Chevrolet Silverado de General Motors qui fait l’impasse sur un système économisant la consommation…

La production de semiconducteurs est de plus en plus un enjeu stratégique et géopolitique. Aux USA, un plan de soutien quinquennal de 52 milliards USD à l'industrie des puces devrait inclure le financement de la R&D et de la production ainsi que la mise en place de programmes nationaux. Par ailleurs, le président chinois Xi Jinping s'est engagé à investir dans les industries de haute technologie, en mettant l'accent sur les semi-conducteurs. Enfin, l'Union européenne a déclaré en mars qu'elle souhaitait que 20% des semi-conducteurs du monde soient fabriqués en Europe d'ici à 2030, contre 10% seulement en 2010.

Mais que dire alors du plan que vient de dévoiler la Corée du Sud et que certains spécialistes qualifient "d’effort de guerre"? Le gouvernement du "Pays du matin calme" a déclaré jeudi que 510.000 milliards de wons sud-coréens (près de 450 milliards USD!) seront investis dans les puces d'ici 2030 via le plan "K-Semiconductor", afin de sécuriser les chaînes d'approvisionnement et ne pas dépendre d’autres pays ! La majeure partie de cette somme proviendra d'entreprises privées du pays alors que l’état offrira des allégements fiscaux et des financements avantageux.

Selon les chiffres de 2019, l'Asie dans son ensemble domine le secteur avec près de 80% de toutes les puces du monde produites là-bas, d’abord à Taiwan, suivie par la Corée du Sud et la Chine, (les USA se glissant à la 3ème position).

2 sociétés sont au 1er plan en Corée dans le domaine, Samsung Electronics et SK Hynix, toutes deux cotées en bourse. Samsung prévoit d’investir de l’ordre de 150 milliards USD d’ici 2030. SK Hynix évoque un budget de 97 milliards USD pour agrandir ses structures actuelles à Icheon et Cheongju, auquel s'ajoutent encore 106 milliards pour la construction de quatre nouvelles structures à Yongin.

Hors Corée, les concurrents sont aussi en ordre de bataille. TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Co), s'est engagée à dépenser 100 milliards USD sur 3 ans pour accroître sa capacité de production, tandis qu'Intel aux États-Unis prévoit de construire 2 nouvelles usines en Arizona pour 20 milliards de USD. Et selon certains rapports, ces deux sociétés sont également en discussion au sujet d'une nouvelle usine en Europe. Enfin, le fabricant chinois de puces SMIC (Semiconductor Manufacturing International Corporation, cotée à Shanghai) a déclaré qu'il travaillait à l'expansion rapide de ses capacités, certains projets étant en avance sur le calendrier.

Il faudra néanmoins du temps pour résorber totalement la pénurie actuelle de semiconducteurs sachant qu’il faut environ 2 ans pour construire une nouvelle usine de fabrication de puces, mais comme le souligne aussi la société européenne STMicroelectronics (qui va investir 2 milliards USD en 2021) "entre le moment où vous décidez de l'investissement et le moment où l'usine tourne à plein régime il faut à peu près entre 4 et 5 ans"…

Evolution des marchés boursiers

Les temps sont décidément durs pour les cryptomonnaies, ces nouveaux actifs virtuels privés que certains ont cru peut-être un peu vite être des investissements de rêve, soit un moyen de gagner très rapidement et très facilement des montants énormes… Après les mises en garde récentes de la SEC américaine et le désamour étonnant et fulgurant d’Elon Musk, patron de Tesla, pour le bitcoin, c’est de Chine hier qu’est venue une nouvelle attaque contre ces "monnaies numériques". En effet le bitcoin et les autres principales cryptomonnaies chutent après que la Banque populaire de Chine (PBOC) a réaffirmé que ces jetons numériques ne pouvaient pas être utilisés comme moyen de paiement parce qu’ils ne sont pas de véritables devises. Les institutions financières et de paiement ne sont pas autorisées à fixer le prix des produits ou des services avec des monnaies virtuelles, précisent les autorités financières. Ce matin, le bitcoin, perd encore 9% à 39.500 USD, soit un effondrement de près de 40% par rapport à son record du 15 avril dernier…

Si les marchés boursiers européens sont loin de s’émouvoir des déboires des cryptomonnaies, ils sont restés, comme lundi, néanmoins hésitants et partagés quant à l’évolution de l’inflation et donc des taux d’intérêt. Ainsi l’indice Stoxx 600 Europe a à peine progressé (+0.18%) avec le secteur immobilier en leader (+1.3%) devant les actions technologiques (+0.8%) et la consommation cyclique (+0.6%).

Parmi les perdants du jour, le secteur des services de communication a chuté de 0.8% où faisait grand bruit l’effondrement des cours de Vodafone (-9%) et Iliad (-10.2%). Cette dernière souffre de 2 maux essentiellement : la pénurie de composants et l’accélération de son coûteux plan d’investissement dans la 5G qui l’a obligé à tirer un trait sur son objectif de cash-flow opérationnel… C’est aussi une accélération des investissements dans les réseaux qui a fortement pénalisé Vodafone avec pour conséquence une trésorerie disponible inférieure aux attentes des analystes.

Ces déceptions interviennent alors que le secteur des télécoms & média est en pleine ébullition par les opérations de rapprochement annoncées lundi entre ATT et Discovery aux USA ou celle hier entre TF1 et M6 en France. Vivendi a également annoncé qu’il pourrait vendre 10% de plus d’Universal Music. Enfin il y a les rumeurs d’intérêt d’Amazon pour les studios MGM, qui pourraient être rachetés pour 9 milliards USD, et apporter à l’activité streaming d’Amazon Prime un énorme catalogue de films (les James Bond, Le Hobbit, les Rocky, Le silence des Agneaux, Autant en emporte le vent, etc. mais aussi des séries comme Stargate SG-1, The Handmaid’s Tale ou encore Fargo). Comme a dit un jour le visionnaire Bill Gates "Content is king"…

À Wall Street, les principaux indices ont terminé en recul comme le S&P 500 (-0.9%) et le Nasdaq (-0.6%). Le secteur de l’énergie a le plus baissé (-2.6%) entraîné par la chute des sociétés pétrolières, elles-mêmes impactées par le fort recul des prix du pétrole (de 70.3 USD le baril à 68 en une journée), des rumeurs affirmant que l’Iran pourrait augmenter sa production. Mais à 2 rares exceptions (les soins de santé et l’immobilier) qui terminaient en très léger boni, tous les secteurs ont baissé hier, l’inflation étant toujours au centre des préoccupations. D’ailleurs dans la dernière enquête de Bank of America auprès des gestionnaires de fonds, l'inflation arrive en tête de liste des plus grands risques, suivie d'une crise du marché obligataire et des bulles d'actifs, le Covid-19 n’arrivant qu’en 4ème position.

Les autres secteurs ayant le plus reculé ont été l’industrie (-1.5%), les financières (-1.3%) et les services de communication (-1.2%). Dans ce dernier secteur, le géant ATT a chuté de près de 6%, les investisseurs digérant la fusion avec Discovery et l’annonce d’un dividende réduit en conséquence de cet accord. Enfin le secteur technologique au sens large a souffert notamment via les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Alphabet et Microsoft) perdant en moyenne entre 1 et 1.7%.

Aujourd'hui

Ce matin (7h40) les marchés boursiers asiatiques de Tokyo et Shanghai-Shenzhen sont en baisse (de respectivement 1.7 et 0.2%), les questionnements sur l’inflation et les taux n’étant pas  résolus. À noter que les bourses de Hong Kong et Séoul sont fermées pour cause de congés.

Selon les futures, les bourses occidentales vont clairement ouvrir en mode baissier également, l’Europe corrigeant de plus d’1% à l’ouverture alors qu’à Wall Street les premiers échanges verraient les marchés baisser d’environ 0.4%.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Au rayon des statistiques macroéconomiques, en Europe on prendra surtout connaissance du rapport de la Banque Centrale Européenne (BCE) sur la stabilité financière ainsi que du niveau de l’inflation dans la zone euro en avril.

Dans l’après-midi, aux USA, les stocks hebdomadaires de pétrole du département de l’Energie auront été dévoilés. En début de soirée, le compte-rendu de politique monétaire de la réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FED), les fameuses "minutes", du 28 avril sera publié.

Du côté des quelques résultats annoncés aujourd’hui retenons ceux de Porsche en Europe et aux États-Unis ceux de Cisco, Analog Devices, Target et Lowe’s.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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