Tesla, le bitcoin et les Chinois ou une histoire à trois qui s’envenime

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Nouvelles économiques et financières

La Commission Européenne a publié mercredi ses prévisions économiques de printemps : elle a annoncé une croissance du PIB de 4.2% cette année et de 4.4% en 2022 alors que l’économie de l’Union Européenne s’était effondrée de 6.1% en 2020 à cause des restrictions liées à la pandémie. Alors que les Américains ont annoncé un taux d’inflation largement supérieur aux attentes (4.2%), la Commission Européenne prévoit un pic à 1.9% en 2021 et une inflation modérée à 1.5% en 2022.

Vendredi on a par contre constaté une stagnation des ventes au détail aux USA ainsi qu’une production industrielle en-deçà des attentes. D’un autre côté, cela indique que le soutien des autorités monétaires reste nécessaire, car l’économie est toujours en convalescence. D’ailleurs, l’indice du sentiment des consommateurs américains de mai, publié vendredi, par l’Université du Michigan a rechuté à 82.8 points contre plus de 90 attendu et 88.3 points précédemment…

Fait(s) du jour

La publication des résultats trimestriels touche doucement à sa fin, mais les 2 derniers jours les quelques résultats annoncés ont confirmé la tendance des dernières semaines avec une large majorité de sociétés publiant des chiffres meilleurs que prévus. Ainsi en a-t-il été par exemple pour Ageas, Montea, Bekaert, Ahold-Delhaize, Commerzbank, Bayer, Pernod-Ricard ou Toyota. Du côté des rares déceptions, notons Burberry, Ubisoft, Renault ou Walt Disney.

Mais sur les marchés, beaucoup auront surtout discuté de Tesla dont le cours a perdu près de 300 USD (soit 1/3 de sa valeur) depuis son sommet du 26 janvier à 883 USD. Les dernières nouvelles n’ont pas vraiment aidé le pionnier des voitures électriques. Ainsi, selon les derniers chiffres de la China Passenger Car Association (CPCA), Tesla a vu ses ventes chuter de 27% en avril en Chine, soit 25.845 voitures. Cela reste plus important que ses 3 plus grands concurrents chinois (Nio, Xpeng et Li Auto) ayant vendu ensemble 17.788 voitures en avril, mais c’est préoccupant car cela fait suite à une pression croissante des consommateurs et des autorités chinoises, à la suite de plusieurs dysfonctionnements ayant affecté les voitures Tesla et fortement relayés dans la presse du pays.

D’autant que la Chine est désormais pour Tesla le 2éme marché derrière les Etats-Unis, comptant pour environ 30% de ses ventes, une part de marché qui pourrait monter à 40% cette année selon certaines estimations.

Mais les jours précédents, Tesla a aussi fait la Une par la volte-face étonnante de son patron, Elon Musk, qui a annoncé qu’on ne pourrait dorénavant plus payer une Tesla en bitcoins, une "cryptomonnaie trop polluante". Ce revirement est inattendu car en février Tesla avait investi pour 1.5 milliard USD en bitcoins et, dans un tweet le 24 mars, avait écrit que les américains pourraient payer l’achat d’une Tesla en bitcoins ! Et ce dimanche le bitcoin a étendu ses pertes après qu’Elon Musk, a laissé entendre que Tesla pourrait vendre (ou avoir vendu) ses bitcoins : en effet un utilisateur de Twitter connu sous le nom de CryptoWhale, a déclaré: "Les bitcoiners vont se gifler le trimestre prochain lorsqu’ils apprendront que Tesla a vendu le reste de ses avoirs. Avec la quantité de haine que qu’Elon Musk reçoit, je ne lui en voudrais pas…“. Musk a répondu: “En effet.”

Il faut savoir que la création de bitcoins (par le système du "proof of work" utilisés par les "mineurs") est incroyablement énergivore, en hausse constante depuis 2016, avec une forte accélération en 2020, pour atteindre actuellement 150 Térawatts heures (TWh), un record absolu! Par comparaison, selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), ce chiffre est à comparer à la consommation d’énergie totale de Google (12.2 TWh) ou aux quelques 200 TWh utilisés par tous les centres de données mondiaux (exceptés ceux qui exploitent le bitcoin). Ce que de nombreux spécialistes considèrent comme un gaspillage d’énergie est aussi supérieur à la consommation annuelle en électricité de pays comme la Suède 132 TWh, l’Argentine 125 TWh, les Pays-Bas 110 TWh ou la Belgique 82 TWh ! Et selon l’AIE, si les "mineurs" utilisaient les équipements les plus énergivores, leur consommation pourrait atteindre 500 TWh…

Et quel est le lien entre Tesla, le bitcoin et la Chine? En fait, près des 2/3 des "fermes de minage" du bitcoin dans le monde (ou "mining pools", ces gigantesques complexes informatisés créant des bitcoins) sont situées en Chine dans les régions du Xinjiang ou du Yunnan, jusqu’à présent tolérées par les autorités chinoises, et profitant d’une électricité très bon marché, surtout alimentées par des centrales alimentées au lignite, un type de charbon particulièrement polluant… Et le mois dernier, la célèbre revue scientifique Nature a publié une étude indiquant que les émissions provenant de ces exploitations pourraient compromettre les objectifs climatiques de la Chine ce qui commence à sérieusement ennuyer les autorités qui s’interrogent sur les mesures à prendre…

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, plusieurs cryptomonnaies  "vertes", à la faible empreinte carbone, ont profité des déclarations d'Elon Musk et se sont envolées dans la foulée comme l’Ether, le Bitgreen, le Nano ou le Cardano, voire le Dogecoin pour lequel Elon Musk a inversement réitéré son intérêt.

Mais le côté "casino" des cryptomonnaies reste interpellant: Bloomberg révélait récemment que 2% seulement des détenteurs de comptes en cryptomonnaies détiennent 95% des bitcoins en circulation ; que se passera t’il si brusquement un de ces méga-comptes vendait tout ou partie de ses bitcoins, d’autant que, rappelons-le, le bitcoin monte ou descend uniquement s’il y a plus d’acheteurs ou de vendeurs (aucune méthode scientifique ou financière ne permet de valoriser les cryptomonnaies)… Enfin, alors que la FSMA belge vient de remettre en exergue les problèmes de blanchiment par cryptomonnaies, l’autorité de contrôle américaine des marchés (SEC) a multiplié récemment les mises en garde contre ces actifs "hautement spéculatifs" , laissant entendre qu’un renforcement de la législation était nécessaire, et refusant pour l’instant d’agréer des ETF (trackers) en cryptomonnaies...

Evolution des marchés boursiers

Même si les marchés d’actions sont heureusement beaucoup moins volatils que ceux des cryptomonnaies, la semaine passée a néanmoins été nerveuse. Jusqu’à mercredi le spectre d’une résurgence l’inflation même provisoire, clairement confirmée aux USA, a fait baisser les marchés boursiers. Mais si les craintes inflationnistes n’ont pas complètement disparu, la FED a à nouveau tenu des propos rassurants (pas de hausse des taux avant un dépassement PROLONGE de l’objectif d’inflation) alors qu’en Europe la BCE a souligné qu’elle ne comptait pas non plus changer de politique monétaire à court terme. Les marchés boursiers pouvaient donc à nouveau se concentrer sur la reprise économique et la fin de semaine a été beaucoup plus positive.

Vendredi l’indice Stoxx 600 Europe a ainsi terminé à un fifrelin de son record historique de lundi passé en progressant de 1.2% par rapport à la veille. Le secteur de l’énergie, très volatil ces derniers jours, a enregistré la plus forte hausse (+2.1%) devant les actions technologiques (+1.9%), ces dernières ayant été lourdement frappées en début de semaine  par la peur d’une hausse des taux ; le secteur perd d’ailleurs 3.3% sur l’ensemble de la semaine.

Si aucun secteur européen n’a terminé dans le rouge, ça a été de justesse pour celui des matériaux, inchangé par rapport à la veille. Il est vrai qu’après le rally constaté ces derniers mois (l’indice Bloomberg Commodity a progressé de près de 60% depuis le krach de mars 2020), on a constaté des prises de bénéfices dans les matières premières ces 2 derniers jours. Et sur la semaine les baisses situées entre 2 et 3% sont la norme pour le cuivre, le cobalt, le zinc ou le nickel.

Aux Etats-Unis aussi le rebond des bourses entamé jeudi s’est confirmé vendredi, l’indice S&P 500 progressant de 1.5% et le Nasdaq a forte connotation technologique bondissant même de 2.3%. Les actions du secteur de l’énergie, surtout pétrolières, étaient encore plus recherchées qu’en Europe et ont monté en moyenne de 3.2%, devançant les technologiques (+2.1%) et la consommation cyclique (+1.8%).

Seul bémol d’importance, l’action Walt Disney a reculé de 2.6% vendredi, les résultats ayant déçu. Si le marché n’attendait rien des parcs à thème, fermés depuis des mois pandémie oblige, les abonnements au streaming (vidéo à la demande) ont été en deçà des attentes (103,6 millions fin mars contre 109.3 attendus). La société de Mickey, tout comme Netflix, a vu ses souscriptions ralentir alors qu’elles avaient explosé l’année passée (les confinements ayant boosté les abonnements). Il faut toutefois signaler que Disney+, la chaîne de streaming de Walt Disney, est largement en avance sur son business plan: au lancement en novembre 2019, la société avait projeté entre 60 et 90 millions d’abonnés d’ici fin… 2024! En un peu plus d’1 an elle a donc dépassé le cap des 100 millions de clients alors qu’il aura fallu pas moins de 10 ans a Netflix pour arriver à ce résultat

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h30) les marchés asiatiques évoluent de manière divergente. Si la bourse de Tokyo baisse de 0.9%, celle de Hong Kong gagne 0.5%, alors que celles de Shanghai-Shenzhen bondissent de 1.4%. La propagation du virus en Asie est à nouveau sur le devant de la scène dans certaines régions d’Asie. Ainsi Singapour par exemple prévoit de fermer les écoles publiques cette semaine et de passer à l'enseignement à domicile. Taïwan s'efforce de contenir sa pire épidémie et d'éviter un confinement complet.

Les contrats à terme (futures) sur l’Europe et les Etats-Unis ne sont pas non plus unanimes dans leurs indications : si l’Europe devrait ouvrir en hausse (+0.37%), les pertes (-0.1%) domineraient les premiers échanges aux USA.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

En Europe, la semaine va notamment se caractériser par la poursuite de la levée progressive des mesures sanitaires comme ce lundi au Royaume-Uni où les voyageurs en provenance de pays figurant sur la "green list" seront désormais exemptés de quarantaine. Mercredi, la France et les Etats-Unis assoupliront les mesures à leur tour. Ce retour à une certaine normalité devrait être positif pour les économies.

Sur le front des statistiques macroéconomiques, on attend en ce début de semaine l’enquête manufacturière "Empire State" de la FED de New York pour mai ainsi que l’indice NAHB de la confiance des promoteurs constructeurs pour le même mois.

Au niveau des résultats, dont la publication touche à sa fin, le marché sera attentif à ceux de Ryanair qui a jusqu’à présent plutôt bien résisté dans un secteur en plein marasme du fait de la crise sanitaire.

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Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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