Les cryptomonnaies et les matières premières rient, les technos pleurent!

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Hier

Nouvelles économiques et financières

Lundi, en l’absence de publication de données économiques majeures en occident, l’inflation a néanmoins refait parler d’elle. S’il est vrai que le ralentissement surprise des créations d’emplois en avril aux USA, annoncé fin de la semaine passée, écarte pour l’instant la perspective d’une modification de la politique monétaire de la FED, le marché est toutefois méfiant à l’approche des chiffres de l’inflation aux Etats-Unis. Les méga plans de relance US et les tensions créées par une forte demande à l’occasion de la levée de certaines restrictions devraient entraîner une hausse des prix, au moins passagère. Sur les marchés financiers, les investisseurs jouent donc la prudence avant la statistique des prix à la consommation aux USA qui sera dévoilée ce mercredi

Fait(s) du jour

Mais dans ce climat attentiste, voire empreint d’une certaine morosité, on a constaté cependant que les investisseurs conservaient les yeux de Chimène pour 2 types d’actifs tout à fait opposés, les cryptomonnaies et les matières premières! On sait que depuis septembre 2020, le Bitcoin, la "reine des cryptos" a vu son cours exploser passant de 10.000 USD à un record de 63.410 USD le 15 avril dernier. Mais on s’interroge toujours sur la manière de valoriser des actifs numériques comme le Bitcoin vu que jusqu’à présent aucune théorie scientifique ou monétaire sérieuse ne permet de valider ces prix explosifs, si ce n’est qu’on entend régulièrement qu’il y a plus d’acheteurs que de vendeurs «  ce qui paraît extrêmement simpliste comme argument, il faut en convenir…

Par contre, on a constaté que les messages, notamment via des tweets de certaines personnalités, font la pluie et le beau temps de ces "crypto assets". Et il suffit qu’une figure emblématique comme Elon Musk, patron de Tesla, mette en valeur, ou au contraire parle moins d’une cryptomonnaie, pour en expliquer l’engouement ou inversement le désintérêt, et partant la dangereuse et énorme volatilité des cours caractéristique de ces actifs. Or si Elon Musk a d’abord vanté les "mérites" du Bitcoin il y a quelques mois (en février Tesla en a même acheté pour 1.5 milliard USD), il s’est maintenant entiché d’une autre cryptomonnaies le Dogecoin. Or il faut rappeler que le Dogecoin a été créé en 2013… comme une plaisanterie visant à concurrencer le Bitcoin!

Et si les 18.706.512 Bitcoins actuellement en circulation valent 1.030 milliards USD(!), le Dogecoin, passé d’un cours de 0.0075 USD fin janvier à environ 0.47 USD actuellement à la suite de quelques tweets euphoriques d’Elon Musk en particulier, valorise les 129,5 milliards d’unités de Dogecoin en circulation à environ 61.3 milliards USD, ce qui est cher pour une "plaisanterie"… Et l’absurde n’étant jamais loin dans ce genre de situation, il a suffi ce week-end, dans l’émission "Saturday Night Live", que le patron de Tesla qualifie le Dogecoin d’arnaque (dixit) pour que le cours de cet actif numérique s’effondre lourdement.

Hier les partisans de spéculation effrénée ont alors misé sur une autre cryptomonnaie, l’Ether qui a gagné un moment en séance 7%.  L’Ether est issue de la blockchain Ethereum et est dauphine du Bitcoin en importance, son stock de jetons en circulation valant 472 milliards USD. Cet attrait pour l’Ethereum pourrait s’expliquer, comme le soulignait hier CBNC, par le fait qu’il est à la base d'une tendance de plus en plus populaire dans le domaine de la crypto-monnaie, connue sous le nom de "finance décentralisée", qui vise à recréer les produits financiers traditionnels avec la technologie blockchain, le système informatique "distribué" qui sous-tend de nombreuses crypto-monnaies. Ethereum bénéficie également de l'essor des NFT ("Non Fungible Tokens" ou jetons non fongibles), des actifs numériques conçus pour représenter la propriété d'articles virtuels uniques comme l'art et les souvenirs sportifs. De nombreux NFT, tels que CryptoKitties et CryptoPunks, fonctionnent sur Ethereum.

Si certaines banques comme Goldman Sachs ou Morgan Stanley envisagent d’un peu investir dans les cryptomonnaies pour leurs clients fortunés, d’autres crient au fou comme Warren Buffet ou le Chief Investment Strategist de Bank of America Securities parlant de la « mère de toutes les bulles ». L’avenir départagera ces avis très différents…!

Par contre, il y a davantage de consensus pour expliquer l’attrait grandissant et toujours intact pour nombre de matières premières comme le cuivre, le lithium, le minerai de fer, l’aluminium ou le palladium. On a ainsi vu hier le minerai de fer dépasser les 200 USD la tonne pour la première fois de son histoire. La demande chinoise demeure solide malgré des mesures pour limiter la production d'acier près de Pékin (pour éviter trop de pollution) mais le redémarrage de l'activité industrielle en Chine alimente la demande en matières premières. Et les analystes de Citigroup pensent que la production globale d'acier en Chine restera solide, d'où une demande en minerais qui ne faiblit pas. Et l’offre ne suit pas, ainsi Rio Tinto, Vale ou BHP n'ont pas livré autant de minerais que prévu.

Le cuivre ou le cobalt bénéficient aussi de leur importance pour "l’énergie verte" (véhicules électriques, éoliennes,…), largement mise en avant pour la transition énergétique mondiale. Sans compter évidemment que le secteur technologique est très gourmand de matières premières comme le lithium et de tous les métaux rares en général.

Et l’appétit des investisseurs ne se dément pas : les spécialistes de Citigroup estiment à 684 milliards USD le montant total d'actifs sous gestion placés dans les matières premières au mois d'avril, un record historique…

A noter hier enfin une certaine tension sur le pétrole, autre matière première vitale, suite à la cyberattaque d’envergure qu’a subie Colonial Pipeline, un des plus grands opérateurs d’oléoducs américains, qui relie les raffineries, les aéroports et stations-services via une gigantesque réseau de pipelines à travers les USA. Le réseau de Colonial Pipeline a dû être mis à l’arrêt et les dégâts sont actuellement encore difficilement quantifiables.

Evolution des marchés boursiers

L’attentisme évoqué en préambule de cette chronique a eu pour conséquence un indice Stoxx 600 Europe quasi inchangé par rapport à vendredi (+0.10%). Les financières (+0.84%) ont remporté la palme de la meilleure performance sectorielle, porté par les actions bancaires et en particulier celles de tailles petite ou moyenne comme UniCredit, Crédit Agricole, Sabadell ou Bank of Ireland gagnant entre 4 et 8%. Derrière, la poussée des prix des matières premières favorisait les secteurs de l’énergie (+0.6%) et des matériaux (+0.8%) et en particulier le sous-secteur des "matériaux et mines" (+1.6%) ; les actions les plus en vue étaient notamment Rio Tinto (+1.9%), Arcelor Mittal (+2.4%), Glencore (+2.6%) ou Norsk Hydro (+2.6%).

Inversement, du côté des perdants de la journée, les actions technologiques étaient matraquées (-2.3%), le sous-secteur des semi-conducteurs (-3.2%) faisant particulièrement l’objet de prises de bénéfices.

Aux Etats-Unis, les craintes d’inflation ont repris le dessus avec notamment… la forte hausse des matières premières. Et donc les actions technologiques, sensibles aux taux quant à leurs valorisations futures, ont été les plus pénalisées, l’indice Nasdaq perdant près de 2.6% et l’indice S&P 500 abandonnant 1%, plombé par ce secteur technologique (-2.5%). Dans ce compartiment on ne comptait évidemment plus les victimes, d’Apple à PayPal, perdant toutes entre 2.1% et 3.8%, avec les semi-conducteurs en leaders malheureux (-4.4% en moyenne).

Le podium des perdants du jour était complété en 2éme place par la consommation cyclique (ou discrétionnaire) abandonnant 2%, impactée par la chute de 2 de ses vedettes, Amazon perdant 3.1% et Tesla chutant de 6.4%. Le service des communications prenait la 3éme place des "losers" (-1.9%), Facebook (-4.1%), Alphabet (-2.6%) et Twitter (-3.7%) enregistrant les baisses les plus marquées.

5 secteurs ont néanmoins terminé dans le vert hier, dont d’abord les services aux collectivités (+1%) portés par les sociétés d’électricité en particulier. En 2éme position on trouvait la consommation non cyclique (ou de base) engrangeant 0.8%, les actions des sociétés actives dans les produits domestiques ou l’alimentaire étant recherchées.

A noter enfin, dans le secteur pharma (+0.1%), le bond de plus de 10% de l’allemande BioNTech (cotée aux Etats-Unis) bénéficiant de nouveaux contrats importants pour son vaccin anti-Covid (co-produit avec Pfizer) aux USA et en Europe.

Aujourd'hui

Marchés boursiers asiatiques et futures sur les bourses occidentales

Ce matin (7h45), les actions asiatiques glissent dans la foulée de la baisse des bourses américaines et des dernières données statistiques montrant que les prix à l’usine en Chine ont augmenté en avril plus que prévu, alimentant les craintes inflatoires. Ce sont surtout Tokyo et Hong Kong qui chutent (respectivement de 3.2% et 1.8%) alors que Shanghai-Shenzhen est étonnamment à la hausse (+0.4%). A noter que l'indice des actions Asie-Pacifique de MSCI connait sa plus forte baisse depuis mars, le secteur technologique ayant clairement sous-performé.

Les futures ne sont guère plus encourageants pour les marchés occidentaux aujourd’hui : l’ouverture des bourses européennes devraient s’inscrire en nette baisse (plus d’1%) alors que Wall Street corrigerait de plus de 0.5 % lors des premiers échanges.

Annonce(s) du jour à prendre en compte

Question statistiques économiques, l’indice ZEW du moral des investisseurs en Allemagne pour mai est très attendu ce jour. Aux Etats-Unis, même si ce n’est pas l’indicateur le plus connu, les investisseurs jetteront un œil sur l’indice NFIB de la confiance des PME qui devrait repartir à la hausse en avril.

Au niveau des résultats, en Europe, on aura notamment ceux de Befimmo, KBC, Alstom, ThyssenKrupp ou Ubisoft. Aux USA, on suivra particulièrement ceux d’Electronic Arts, un des leaders mondiaux des jeux vidéo, qui a profité des confinements.

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Avertissement

Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

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