La force tranquille d’Aramco dans des marchés boursiers moroses

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Hier

Comme annoncé avant-hier pour la zone euro, et même si le Brexit en fait maintenant un pays "à part" en Europe, la croissance du secteur manufacturier du Royaume Uni a accéléré, selon l'indice PMI d'IHS Markit, augmentant à 60,9 points en avril, soit la plus forte croissance du secteur depuis juillet 1994. Toujours au rayon économique, mais cette fois outre-Atlantique, le déficit commercial américain a battu son record de février en atteignant 74.4 milliards USD. Cette différence entre les importations plus importantes que les exportations est due au rebond économique rapide.

Depuis quelques semaines, nous nous faisons l’écho des difficultés persistantes du secteur des semi-conducteurs qui pèse pas moins de 440 milliards USD. Et hier l’allemand Infineon (spin-off de Siemens), un des porte-drapeaux européens de ce secteur, a non seulement déçu au niveau de son bénéfice trimestriel (203 millions euros contre un peu plus de 300 millions attendus), mais ses perspectives trop prudentes ont encore davantage marqué les esprits. Infineon a averti mardi que des goulots d'étranglement risquaient de subsister jusqu'au début de l’année chez les fournisseurs de puces, en affectant surtout le secteur automobile (premier client d’Infineon). En dépit des difficultés avec ses fournisseurs de composants, Infineon a pourtant relevé son objectif annuel de ventes à 11 milliards mais il n’a pas augmenté ses investissements en 2021, au contraire d’Intel par ex. qui va investir 20 milliards USD dans 2 nouvelles usines en Arizona…

HelloFresh a publié des résultats en ligne avec les prévisions, mais les observateurs ont sourcillé quant aux perspectives, se posant des questions pour la société lorsqu’une vie plus normale, hors confinement, reprendra. Ferrari a annoncé de son côté une hausse de 24% de son bénéfice net trimestriel et a vendu 2.771 voitures durant la période. Mais la pandémie a aussi poussé Ferrari à repousser d’un an ses objectifs 2022 ce qui a déplu aux analystes.

Pfizer, à la pointe des vaccins contre le Covid-19, n’a par contre pas vraiment surpris en annonçant hier que son chiffre d’affaires total en 2021 devrait atteindre entre 70,5 et 72,5 milliards USD, contre 59,4 et 61,4 milliards USD prévus auparavant. Pfizer a aussi relevé son estimation de bénéfice par action qui serait compris entre 3.55 et 3.65 USD contre 3.1 à 3.20 USD auparavant. Son vaccin contre le Covid-19, codéveloppé avec BionTech, devrait générer cette année un chiffre d’affaires de 26 milliards USD, alors qu’en février Pfizer ne comptait « que » sur 15 milliards USD de ventes en 2021, la marge bénéficiaire avant impôts atteignant environ 25 à 30%. Et la société s’attend à encore signer d’autres contrats pour ce vaccin à l’avenir…

Dans le secteur pétrolier, l’américain ConocoPhillips a aussi annoncé des résultats trimestriels meilleurs qu’attendus. Mais, dans le même secteur, notre attention a été surtout attirée par les résultats publiés par ARAMCO, la société d’état saoudienne introduite en bourse en décembre 2019. Ceux-ci ont aussi été meilleurs que prévus par les analystes en atteignant 21.7 milliards USD (+30% comparé au 1er trimestre 2020) alors que le consensus établi par Reuters était de 19.7 milliards USD. Selon le communiqué d’Aramco, ces très bons résultats sont dus à "un marché du pétrole plus solide et par des marges supérieures dans le raffinage et la chimie, ce qui a compensé en partie une production inférieure".

Aramco va payer 18,8 milliards USD de dividendes au titre du premier trimestre 2021, l’objectif étant d'apporter 75 milliards USD sur l'ensemble de l'année dans les caisses du gouvernement. Car Aramco est très différente de la plupart des géants pétroliers, son capital est à… 98.2% dans les mains du gouvernement saoudien, quelques grands fonds internationaux (Vanguard, Blackrock, UBS,…) se partageant les miettes, même si on a appris il y a quelque jours que Ryad pourrait vendre 1% du capital à "une firme étrangère". La capitalisation boursière (nombre d’actions x cours de bourse) d’Aramco donne le vertige : elle atteint actuellement près de 1.900 milliards USD, en faisant la 2e plus grande société cotée au monde, derrière Apple (2.133 milliards USD), mais devant Microsoft (1.866 milliards USD), Amazon (1.670 milliards USD) ou encore Alphabet (Google, 1.562 milliards USD). Quant au secteur pétrolier proprement dit, ses consœurs internationales ne rivalisent pas vraiment avec Aramco, ses 2 dauphins, américains, pesant "seulement" actuellement en bourse 251 milliards USD pour Exxon Mobil et 205 milliards USD pour Chevron. En fait, si on additionne la capitalisation boursière des 6 concurrents les plus importants (dans l’ordre Exxon, Chevron, Royal Dutch Shell, Total, Petrochina et BP) on arrive actuellement à peine à 922 milliards USD, soit près de 50% de la taille d’Aramco…

Et les investisseurs européens ont quelque part salué ces sociétés pétrolières, et Aramco comme "primus inter pares", en permettant au secteur de l’énergie d’être le seul à terminer en hausse (+1%) dans l’indice global Stoxx 600 Europe en déclin de 1.4% en clôture, celui-ci faisant l’objet de prises de bénéfices. D’autant qu’une déclaration, ce mardi pendant la journée, de Janet Yellen, la Secrétaire au Trésor US, a refroidi l’atmosphère en déclarant que "les taux devront peut-être augmenter quelque peu pour empêcher une surchauffe de l’économie".

Sectoriellement, il semble enfin que, fort de statistiques économiques confirmant l’embellie économique, mais aussi du recul progressif de la pandémie grâce aux campagnes de vaccination, les investisseurs se tournent de plus en plus vers les actions "value" (aux bénéfices plus directement liés à la reprise économique) au détriment des actions dites « de croissance » comme les technologiques. Ce dernier secteur a chuté hier de 3.9% et parmi les plus grandes victimes on remarquait SAP (-3.3%), ASML (-4.6%), Infineon (-5.9%) ou Adyen (-6.4%). 2e perdant de la journée, la consommation cyclique a perdu 2.2%, notamment à cause du segment automobile et de Ferrari (-8%), mais aussi d’HelloFresh (-6.7%), 2 sociétés dont les perspectives post-pandémie ont paru moins alléchantes aux analystes. A noter aussi dans ce secteur la baisse prononcée du spécialiste polonais de l’e-commerce, Allegro (-7%) qui pourrait acquérir son concurrent tchèque Mall Group, mettant sous pression sa rentabilité à court-moyen terme. Toujours dans ce secteur de la consommation cyclique, et pour terminer sur une note positive, notons les bonds de 6% de la société danoise Pandora (bijoux) et de 12% de la française Trigano (camping-cars et caravanes) forts de résultats trimestriels supérieurs aux attentes.

Aux Etats-Unis, la chute des poids lourds technologiques a logiquement entrainé l’ensemble des grands indices boursiers vers le bas, l’indice S&P 500 dégringolant de 0.67% et le Nasdaq de 1.88%, ce dernier enregistrant sa plus forte baisse depuis mars. Au sein de ce secteur, sensible aux taux et donc aux déclarations de J. Yellen, on aura remarqué notamment les corrections d’Apple (-3.5%), Microsoft (-1.6%), Adobe (-2.5%), SalesForce (-2.9%), Intuit (-3.3%), Paypal (-3.5%) ou encore Alphabet, maison-mère de Google (-1.6%). Deuxième secteur le plus baissier, la consommation cyclique (-1.2%), où son poids lourds, Amazon, reculait de 2.2%; mais on notait aussi la baisse du secteur automobile et notamment General Motors (-3.2%) et Tesla (-1.7%) alors que le secteur tourisme et loisirs souffrait aussi notamment par l’entremise de Booking (-2.4%) mais surtout des croisiéristes comme Carnival (-4.5%)

La hausse de 5 secteurs, et surtout de ceux considérés comme « value », soit les matériaux (+1%), les financières (+0.7%) et les industrielles (+0.4%), ont permis de limiter la casse à Wall Street.

Aujourd'hui

Les marchés boursiers asiatiques de Tokyo, Séoul et Shanghai-Shenzhen sont toujours fermés aujourd’hui pour cause de congés fériés. Et à l’heure où nous écrivons ces lignes, la bourse de Hong Kong perd 0.5% par rapport à mardi.

Les futures (contrats à terme) indiquent à priori un rebond prononcé des bourses européennes à l’ouverture (+0.7%) alors que Wall Street prendrait 0.1% en moyenne lors des premiers échanges.

Du côté des statistiques économiques, les indices d’activité PMI Markit IHS seront une nouvelle fois scrutés aujourd’hui. Après ceux des directeurs d’achat du secteur manufacturier lundi, place aux composantes des services du mois d’avril, en Europe et aux USA. Mais les observateurs surveilleront surtout, à 14h15, le nombre de créations d’emplois dans le secteur privé tel que calculé par le cabinet ADP.

En ce qui concerne les résultats de sociétés, on aura aujourd’hui en Europe ceux de Veolia Environnement, Stellantis, Solvay ou Bpost. Aux Etats-Unis Uber et General Motors notamment publieront leurs trimestriels.

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