Estée Lauder, un exemple type de résultats contrastés, peu appréciés en bourse

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Hier

Les semaines se suivent et se ressemblent ces derniers temps : si ce ne sont pas les indices boursiers qui affichent de nouveaux records, ce sont les statistiques économiques qui s’en chargent. Ainsi en a-t-il été hier matin de l’indice PMI de IHS Markit qui mesure la performance du secteur manufacturier pour la zone euro en avril. A 62.9 points (contre 62.5 en mars dernier), cette croissance a permis à l’indice d’afficher son meilleur niveau depuis 1997, année de sa création. L’embellie économique explique cela même s’il y a un bémol, la chaîne logistique étant toujours très tendue, la demande augmente plus rapidement que l’offre créant des tensions au niveau des prix, et donc un processus inflatoire. Par contre aux Etats-Unis le même type d’indice a montré un ralentissement de la croissance de l’activité manufacturière en avril alors qu’en mars il avait affiché un record depuis fin 1983. Néanmoins, la reprise économique n’est actuellement pas remise en cause car en rythme annuel, la croissance de l’indice avoisine 6%.

Nous écrivions récemment que, parfois, le diable se cache dans les détails. La publication des résultats du groupe américain Estée Lauder, un des leaders mondiaux des cosmétiques et produits de soins (faisant partie en bourse du secteur de la consommation de base), en a été une nouvelle illustration hier. A Priori, les résultats trimestriels de cette société étaient très bons et même meilleurs qu’attendus par les analystes avec un bénéfice par action de 1.62 USD (+88% en devises constantes). Mais en y regardant de plus près, et en particulier au niveau du chiffre d’affaires, on a constaté que celui-ci était en deçà des attentes avec des divergences par segments d’activité.

Plus précisément, selon le communiqué d’Estée Lauder "Nos produits de soins de la peau et nos parfums ont été d'incroyables moteurs de croissance", mais par contre "la demande de maquillage continue d'être faible étant donné le moins grand nombre d'opportunités de se maquiller", le manque de contacts sociaux et le port du masque n’incitant guère à faire des efforts au niveau du maquillage… "Les fermetures de bureaux, de magasins de détail et d'autres entreprises du fait de la pandémie de Covid-19 et le déclin significatif des rassemblements sociaux ont influencé les préférences et les pratiques des consommateurs", reconnaît Estée Lauder dans le communiqué. Et donc au final, si les ventes de produits de soins ont bondi de 31% (à 2.25 milliards USD), les ventes de produits de maquillage, comme les rouges à lèvres ou les blush, ont chuté de 11% (à environ 1 milliard USD). Par contre en Asie, et particulièrement en Chine, la reprise économique en avance sur le reste du monde a permis d’enregistrer une légère progression de ces produits de maquillage.

D’ailleurs, comme on le voit pour de plus en plus de sociétés, l’Asie apparaît comme le moteur principal de la croissance. Ainsi, pour Estée Lauder, les vente en Asie ont représenté 1.25 milliards USD (+35%), contre 1.7 milliards USD en Europe, Afrique et Moyen-Orient (+12%) et seulement 916 millions USD en Amérique du Nord (+3%).

Au niveau des marchés, alors que la bourse de Londres était fermée, limitant fortement les volumes de transactions, l’indice Stoxx 600 Europe, a terminé en hausse de 0.6% avec, fait remarquable, les 11 secteurs composant l’indice finissant tous dans le vert. Le secteur de l’énergie, sous pression les derniers jours, a rebondi hier de près d’1%, la hausse de 3% du cours du pétrolier espagnol Repsol étant particulièrement saluée.  Derrière on retrouvait les services aux collectivités et l’immobilier, tous les deux progressant de 0.9%. En queue de peloton des gagnants du jour on trouvait les secteurs des technologies et des services de communication qui ne grimpaient que de 0.2% chacun.

Dans ce dernier secteur, le cours de l’opérateur de télécommunications néerlandais KPN chutait de 2.6% dans un volume de transactions en bourse 3 fois supérieur à la moyenne journalière. Les investisseurs ont peu apprécié, euphémisme, le rejet de 2 offres de rachat de KPN, l’une par un consortium composé du fonds d’investissement suédois EQT et de l’américain Stonepeak Infrastructure, l’autre par le fonds américain KKR, un des plus anciens et importants au monde. Certains ont probablement oublié que les Pays-Bas ont la réputation d’être particulièrement opposés aux rachats forcés,  le journal Libération titrant déjà en avril 1999 "Pays-Bas : le pays ou l’OPA n’existe pas".  Outre l’offre évoquée ci-dessus sur KPN, on se rappellera d’autres échecs hollandais comme ceux sur Unilever ou Akzo Nobel. Plus évocateur en Belgique, Bpost se souvient avec amertume de sa triple tentative avortée de rapprochement avec Post NL en 2016. Et alors que les Pays-Bas disposent pourtant d’une large batterie de moyens "anti-OPA", le gouvernement a déjà plusieurs fois étudié un projet législatif de blocage des OPA hostiles étrangères…

Aux Etats-Unis, contrairement à l’Europe, les secteurs se sont répartis entre perdants et gagnants avec un indice global S&P 500 progressant seulement de 0.27% en clôture alors que l’indice Nasdaq des valeurs technologiques perdait lui 0.48%. Dans ce dernier secteur, la hausse du cours d’Apple (+0.8%), 1ére société cotée américaine, et porte-drapeau des actions technologiques, n’a pas suffi à contrecarrer les baisses marquées des semi-conducteurs (-1.2% en moyenne avec notamment la chute de 3.8% d’AMD) et de poids lourds comme SalesForce (-2.8%) ou ServiceNow (-3.2%).

Le secteur de la consommation cyclique a été le principal perdant du jour (-0.7%), à cause principalement d’Amazon (-2.3%), faisant l’objet de prises de bénéfices après son  gain de plus de 10% en 1 mois, et de Tesla (-3.5%). Cette dernière fait l’objet, en Chine, de plaintes relatives à la sécurité et au service clientèle alors que par ailleurs le journal allemand Automobilwoche a signalé que Tesla devrait retarder de 6 mois supplémentaires l’inauguration de sa Gigafactory près de Berlin. Par contre les gagnants étaient emmenés par l’énergie (+2.9%); si les majors pétroliers gagnaient entre 2.4 et 2.8%, on a surtout vu le bond des équipementiers, et surtout celui de Baker Hugues (+8%), profitant d’une analyse très positive de Barclays. 3 secteurs progressaient aussi de plus d’1%, les soins de santé (+1.2%, avec le bond de 4% de Moderna qui a accepté de fournir jusqu'à 500 millions de doses de son vaccin Covid-19 au programme mondial Covax) et les secteurs cycliques de l’industrie (+1%) et des matériaux (+1.5%).

Aujourd'hui

Les marchés boursiers asiatiques de Tokyo et Shanghai-Shenzhen sont toujours fermés aujourd’hui pour cause de congés fériés alors que Hong-Kong progresse légèrement ce matin (+0.3%).

Actuellement, selon les futures (contrats à terme), les bourses occidentales ouvriraient légèrement en baisse.

Au niveau économique peu d’indications aujourd’hui mais on aura tout de même l’indice PMI Markit IHS des directeurs des achats du secteur manufacturier au Royaume-Uni pour avril. Aux États-Unis, on attend le chiffre du déficit commercial du mois de mars qui pourrait battre le record de février établi à 70 milliards USD…

Côté résultats, ce sera un peu plus animé qu’hier, avec la publication des chiffres trimestriels, en Europe, d’Axa, Infineon, Ferrari, Orpéa ou HelloFresh alors qu’aux Etats-Unis on connaîtra ceux de Pfizer, de ConocoPhillips ou de Lyft.

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