"Doctor Copper", Tenaris et Schlumberger en aiguillons de marchés boursiers prudents

Hier

En ce début de semaine, le bal des annonces macroéconomiques a été ouvert par l’indice IFO du climat des affaires en avril qui s’est avéré en deçà des attentes des économistes, à cause d’une part de la situation sanitaire toujours préoccupante et, d’autre part, de tensions grandissantes dans les chaines d’approvisionnement. Cela n’a pas empêché le gouvernement allemand de relever sa prévision de croissance du PIB, de 3 % (estimation de janvier dernier) à 3.5% grâce à un 4e trimestre 2020 plus robuste que prévu. Et de manière plus générale, Morgan Stanley reste optimiste sur un rebond de l’activité au 2e trimestre en Europe grâce à une reprise attendue de la consommation. Aux États-Unis, les commandes de biens durables n’ont rebondi que de 0.5% en mars alors qu’on attendait une hausse de 2.5% mais c’est mieux que la baisse de 0.9% enregistrée en février. Ces données ne sont que l’avant-garde d’autres statistiques importantes, en fin de semaine, comme les PIB européen et américain pour le 1er trimestre. Enfin, le marché sera en particulier très attentif à la réunion de la FED américaine, tout comme à celle de l’OPEP+ alors que certains s’inquiètent de la situation sanitaire dégradée en Inde et qui pourrait peser sur la demande de pétrole de cette importante économie.

À côté de la macroéconomie, la microéconomie ne sera pas en reste au niveau des résultats trimestriels des sociétés et la semaine sera très riche à ce propos. Ainsi, rien qu’aux USA, environ 180 sociétés composant l’indice S&P 500 (soit 36 % du total) vont annoncer leurs résultats cette semaine, dont notamment plusieurs vedettes de la côte (comme Alphabet, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft, Qualcomm, Starbucks, McDonald’s, Boeing ou Exxon) dont le poids boursier influencera, d’une manière ou d’une autre, l’ensemble de leur secteur et de la bourse. Mais en Europe, le rythme des publications semestrielles va aussi s’intensifier, parmi lesquelles les 3 majors pétroliers (BP, Total et Shell), mais aussi plusieurs ténors bancaires (HSBC, Deutsche Bank, Barclays ou BNP) ainsi que nombre de sociétés d’horizons divers comme Delivery Hero, Sanofi, Airbus, Lufthansa, Telenet, AstraZeneca ou Proximus.

Et pour l’instant, à l’exception d’une minorité de "ratés" dans l’annonce de ces résultats, il se confirme que l’extrême majorité des sociétés publient des chiffres qui dépassent de près ou de loin les estimations, pourtant souvent déjà ambitieuses. Ainsi Refinitiv (données IBES) a calculé qu’en 2 semaines, aux Etats-Unis, des 123 sociétés du S&P 500 qui ont déjà publié leurs résultats, 85,4% d'entre elles ont dépassé les attentes. Sur le long terme, la moyenne des sociétés qui battent le consensus n’est "que" de 65% alors qu’elle était de 76% pour les 4 trimestres précédents.

D’un point de vue sectoriel, Refinitiv souligne que c’est le secteur financier qui affiche le plus fort taux de croissance (121.5%) des résultats par rapport à l’année précédente. Ensuite on a la consommation cyclique avec un taux de croissance des bénéfices de 105.4%, où le sous-secteur automobile notamment a explosé les estimations initiales (+4.117,2%)! Inversement, le secteur industriel est le plus à la peine pour l’instant avec un taux de croissance négatif (-15.1%) au 1er trimestre 2021 par rapport à la même période de 2020, où le sous-secteur des compagnies aériennes affiche les plus mauvais résultats (-192.8%) fortement impacté par les restrictions sur les voyages dues à la crise sanitaire.

Dans l’attente du feu nourri d’informations publiées cette semaine, les marchés boursiers européens ont joué la prudence, évoluant sans grande direction avec des volumes de transactions plus limités que la moyenne. L’indice Stoxx 600 Europe a clôturé en hausse de 0.26%. Les baissiers étaient emmenés par le secteur de la consommation de base (-0.8%) et en particulier les distillateurs et négociants en vins comme Diageo et Pernod Ricard qui perdaient entre 1.5 et 2.5%. Les services aux collectivités (-0.4%) et les soins de santé (-0.3%) étaient les deux seuls autres secteurs en baisse.

Le secteur financier a emporté la mise hier (+1.2%) avec les banques à la manœuvre, 7 d’entre elles gagnant même entre 3 et 4% (ING, Société Générale, KBC, Banco Bilbao Vizcaya, ABN Amro, Bank of Ireland et Bawag), les investisseurs espérant que, cette semaine, plusieurs d’entre elles publient des résultats aussi performants que leurs homologues américaines. L’énergie a empoché 0.9 % où on remarquait le gain de plus de 2% des équipementiers comme TechnipFMC ou SBM Offshore, mais surtout de 3.5% de l’italien Tenaris, leader et spécialiste mondial de tubes en acier non soudés destinés aux industries gazières et pétrolières, notamment utilisés pour les forages en eaux très profondes. Depuis le début de l’année Tenaris (en blanc) a très nettement surperformé ses consœurs et même l’indice global Stoxx 600 comme le montre le graphe ci-dessous, alors que son cours était à la traîne ces dernières années.

Les matériaux (+0.8%) et l’immobilier (+0.6%) complétaient le peloton de tête, les autres secteurs se contentant de gains limités entre 0.1 et 0.3%. Dans le secteur des matériaux, on a remarqué surtout la hausse d’Antofagasta (+4.3%), une société chilienne cotée à Londres, un des leaders mondiaux de la production de cuivre dont le cours vient d’atteindre son plus haut historique de fin décembre 2010. La demande croissante pour le cuivre est alimentée par les besoins de plus en plus importants dans le domaine des énergies renouvelables ainsi que pour le secteur technologique, dont le segment des semi-conducteurs. Plus qu’une anecdote, les spécialistes du marché des matières premières surnomment le cuivre "Doctor Copper" car il est considéré comme un bon indicateur de la direction prise par l’économie, son prix montant en phase d’expansion et baissant lorsque l’économie se contracte…

Aux États-Unis, l’indice S&P 500 a terminé, comme en Europe, en très légère hausse (+0.18%), alors que le Nasdaq performait mieux (+0.87%). 4 secteurs étaient en baisse, dont surtout la consommation de base (-1.16%). Du côté des vainqueurs, en 1er lieu, on trouvait l’énergie (+0.64%), où comme leurs confrères européens les équipementiers ressortaient du lot, et particulièrement Schlumberger (+2.6%). La consommation cyclique (+0.62%) recevait la médaille d’argent (+0.62%) où le segment automobile se distinguait le plus grâce à Tesla dont le cours progressait de 1.2%, les résultats trimestriels étant publiés après la clôture. Et ceux-ci ont battu légèrement le consensus, mais certains analystes notaient que des crédits réglementaires plus importants, des impôts plus faibles et les ventes de 10% de bitcoins détenus par la société ont stimulé les résultats financiers, sans quoi les résultats auraient été moins brillants, même si Tesla a enregistré des résultats robustes en Chine. Les actions technologiques (+0.56%) complétaient le podium, juste devant les matériaux (+0.5%) où là aussi "Doctor Copper" se distinguait avec la hausse de Freeport-McMoran (+6.9%).

Aujourd'hui

Ce matin (7h45), les marchés boursiers asiatiques sont plutôt moroses, impactés par la recrudescence de la pandémie dans certaines régions, mais aussi par le fait que les régulateurs chinois enquêtent maintenant sur le géant de la livraison de nourriture MEITUAN pour des pratiques monopolistiques présumées, une extension de la campagne visant à maîtriser les mastodontes technologiques du pays. Tokyo perd ainsi 0.3% et Shanghai-Shenzhen 0.4%, alors que Hong-Kong parvient tout juste à maintenir la tête hors de l’eau (+0.1%). Les futures pour les marchés occidentaux sont partagés avec une légère baisse prévue en Europe (-0.05%) contre une hausse modérée à Wall Street (+0.14%).

Au niveau macroéconomique, la France publiera le nombre de demandeurs d’emploi pour le 1er trimestre. Le Parlement européen devrait se prononcer sur l’accord commercial post-Brexit pour lequel le vote a déjà été repoussé de nombreuses fois… Aux États-Unis, on aura (à 16h) l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board pour avril, mais on disposera aussi de l’indice S&P Case Shiller des prix immobiliers (février) et de l’enquête manufacturière de la FED de Richmond (avril). Mais les yeux seront surtout rivés sur la réunion de politique monétaire de la FED qui commence aujourd’hui et se terminera demain.

Du côté des résultats du jour, on surveillera en Europe notamment ceux de Schneider Electric, Lagardère, ABB, BP, Novartis, HSBC, UBS, ou Xior et aux USA, ceux très importants de Microsoft et Alphabet (Google), mais après la clôture de Wall Street, ainsi que 3M, General Electric, UPS, Visa ou Amgen.

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