Des marchés boursiers blasés malgré des statistiques économiques et des résultats meilleurs que prévus?

Hier

Vendredi matin on attendait avec curiosité les dernières données PMI ("Purchasing Managers Index" ou indice des directeurs d’achat) en Europe. IHS Markit a fait état d’un retour à la croissance du secteur des services en mars, l’indice PMI ressortant à 50,3 points, repassant ainsi au-dessus du seuil critique des 50 pour la première fois depuis 8 mois. L’indice manufacturier a quant à lui atteint 63,4 points, du jamais vu depuis la création de la statistique en juin 1997! Globalement le rebond de l’activité du secteur privé européen s’est donc confirmé, l’indice global progressant en avril à 53.7 points. Après-midi IHS Markit publiait aussi ses chiffres pour l’activité du secteur privé aux États-Unis et l’indice flash PMI composite US d’avril a atteint un plus haut historique à 62.2 points. Autre statistique positive, le fort rebond du marché immobilier américain, les ventes de maisons neuves étant au plus haut depuis près de 15 ans!

Au rayon des résultats, ces 2 dernières semaines ont montré la même tendance: une large majorité de sociétés ont affiché des résultats trimestriels très bons et, souvent, meilleurs qu’attendus. Ainsi vendredi, à côté d’une minorité de déceptions (Intel, Honeywell, Amex, Kimberly-Clark, Essity,…), parmi les bons bulletins on a par contre remarqué Air Liquide, Rémy Cointreau, SEB, Vinci, Lafarge Holcim, Daimler, Snap, Mattel, Schlumberger,… Et dans le secteur du luxe européen, que nous mettions en exergue dans notre dernière chronique, la société italienne Moncler (notamment connue pour ses doudounes haut de gamme) a annoncé une hausse de 21 % de ses ventes à taux de change constants. Mais le marché a réagi négativement à ces chiffres les jugeant "sans éclat" par rapport à ceux de LVMH, Kering et Hermès, comme quoi être bon ne suffit pas quand les autres sont très bons… ou quand le marché veut "plus que plus"!

Cet état de fait a été remarqué par les analystes de Barclays qui ont souligné vendredi que la croissance des bénéfices par action (BPA) a été particulièrement élevée jusqu’à présent, soit +107% en glissement annuel en Europe et +63% aux États-Unis. La saison des résultats trimestriels des entreprises a démarré sur les chapeaux de roue, mais les bonnes surprises n'ont pas encore réussi à générer, c’est un euphémisme, une dynamique haussière sur les marchés boursiers mondiaux, comme on le voit sur le graphe ci-dessous: les indices S&P 500 américain et Stoxx 600 Europe ont très peu évolué ces 2 dernières semaines.

Concrètement, vendredi matin, 13% des entreprises européennes et 20% des entreprises américaines avaient publié leurs résultats du 1er trimestre, la majorité d'entre elles (74% en Europe et 83% aux États-Unis) dépassant les attentes du consensus. Mais il semble bien que les attentes élevées en matière de bénéfices ont été largement prises en compte par les marchés jusqu’à présent après leur progression impressionnante au cours de l'année dernière.

À l’approche du mois de mai, les vétérans des marchés rappellent alors le célèbre adage boursier "Sell in May and go away", qui n’a pas vraiment de base scientifique ou financière mais est simplement le mois où nombre de dividendes sont payés et donc déduits du cours de bourse, étant ainsi un prétexte à vendre des actions ayant affiché des plus-values… Dans ce contexte craintif, toute nouvelle à connotation négative peut rapidement renforcer la nervosité des bourses, comme le projet controversé de hausse des impôts aux États-Unis.

En attendant, les bourses européennes ont semblé blasées vendredi, malgré les bonnes statistiques économiques et une majorité de résultats trimestriels au-delà des attentes. L’indice Stoxx 600 ainsi clôturé légèrement en baisse par rapport à jeudi (-0.13%), avec quasiment autant de secteurs à la hausse qu’à la baisse. Parmi les perdants du jour, l’immobilier corrigeait de 1.1%, devant les soins de santé (-0.9% où UCB, enregistrait la plus forte chute (-4.2%) de ce secteur en Europe suite à l’échec en phase 2 du Zilucoplan contre la "myopathie nécrosante", une maladie musculaire rare) et la consommation de base (-0.7%). Du côté des gagnants, les actions technologiques prenaient le leadership (+0.7%) où on notait la nouvelle hausse dans les semi-conducteurs d’ASML (+2%, toujours portée par ses très bons résultats trimestriels) lui permettant d’afficher un plus haut historique à 554.1 euros. Ensuite on trouvait le secteur des matériaux (+0.6%) et les valeurs industrielles (+0.3%).

Aux USA, nous signalions vendredi matin dans notre chronique que les investisseurs avaient été effrayés la veille par le projet du président américain Joe Biden de relever le taux marginal d'imposition de 37% à 39,6% et de quasiment doubler les taxes sur les gains en capital, pour les porter là aussi à 39,6% voire à 43.4% si on inclut la taxe sur les profits financiers (au lieu de 20% actuellement), pour les Américains dont les revenus annuels dépassent 1 million USD. Néanmoins si une telle perspective n’est jamais appréciée par les investisseurs, il faut rappeler que ce n’est encore qu’un projet et qu’il doit encore passer l’épreuve du Congrès américain, divisé, ce qui est tout sauf une sinécure! Mais si d’une manière ou d’une autre, le gouvernement américain devra financer ses gigantesques plans de relance, avec notamment une hausse des impôts à la clé (dont celui des sociétés, de 21 à 28 %, qui avait été très (trop) généreusement diminué par D. Trump de 35 à 21 %), rien ne dit que ce sera avec l’ampleur crainte par certains.

À Wall Street, la "rage taxatoire” de J. Biden qui avait tant effrayé jeudi étant donc relativisée vendredi, l’indice S&P 500 clôturait en hausse de 1.1%. Si 2 secteurs ont légèrement corrigé (la consommation de base et les services aux collectivités, -0.2%), tous les autres ont monté. Les financières décrochaient la timbale (+1.9%), devant le secteur des matériaux (+1.7%) et les sociétés technologiques (+1.4%). Dans ce dernier secteur, si Intel décrochait de plus de 5 % après ses résultats décevants, les autres géants comme Apple, Microsoft ou Alphabet progressaient de 1.6 à 2.1%.

Aujourd'hui

Ce matin (7h40), les marchés boursiers asiatiques commencent la semaine sur une note timide sur fond de crise sanitaire s’aggravant dans certains grands pays comme l’Inde ou le Japon. À Tokyo la bourse parvient néanmoins à gagner 0.4% alors que Hong Kong et Shanghai-Shenzhen ne grapillent que des miettes (+0.02 et +0.09%).

La prudence des investisseurs asiatiques semble contagieuse, les futures (contrats à terme) prévoyant que les marchés boursiers européens ouvriraient quasiment inchangés, Wall Street progressant à peine lors des 1ers échanges.

Au rayon des statistiques économiques, on prendra connaissance à 10h de l’indice IFO du climat des affaires allemand pour avril. Aux USA, à 14h30 les commandes de biens durables du mois de mars seront annoncées et à 16h30, il s’agira des résultats de l’enquête manufacturière de la Réserve de Dallas.

Cette semaine sera très riche en résultats de sociétés à commencer ce lundi en Europe avec notamment Michelin et Philips et aux USA avec Tesla ou AMD.

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