La "Super League" de football européenne au centre des conversations boursières

Hier

Ce lundi, les marchés boursiers ont voulu reprendre leur souffle après les nouveaux records enregistrés fin de semaine passée, ceux-ci s’appuyant sur l’optimisme des investisseurs, lui-même conforté par de rassurantes statistiques (américaines et chinoises particulièrement) attestant d’une forte reprise économique. D’ailleurs les 1ers résultats trimestriels de sociétés, aux USA et en Europe, majoritairement mieux qu’attendus, confirment cette tendance positive.

Cependant hier, le football a pris une place particulière et prépondérante dans les discussions entre professionnels de la finance. Ceux-ci ont voulu évaluer les conséquences financières de l’annonce explosive de la création d’une "Super Ligue" de football par 12 des clubs les plus influents et les plus riches de la planète foot européenne.

Le but de ce projet serait de concurrencer la célèbre Ligue des Champions de l’UEFA, remportée 40 fois sur 65 éditions par ces 12 clubs rebelles, mais à laquelle la participation n’est pas garantie du fait des aléas sportifs. Par ailleurs ces clubs contestent la clé de répartition des généreux droits audiovisuels, trop redistributifs à leurs yeux, alors qu’ils voudraient que les clubs qui génèrent le plus d’audience reçoivent une part beaucoup plus importante des recettes. Et l’enjeu n’est pas anodin pour ces grands clubs (dont plusieurs cotés en bourse comme la Juventus de Turin ou Manchester United) : concrètement, un club participant à l'actuelle "Champions League" récolte par an entre 30 millions euros (s’il accède aux phases de groupe, suite à une qualification aléatoire dans son championnat national) et 120 millions euros s'il remporte la compétition. La formule de la Super League mettrait un terme à cette volatilité et garantirait au moins, dans un premier temps, près de 200 millions euros par an à chaque équipe qui y participe…

Mais l’ambition des clubs rebelles va plus loin. Actuellement si les championnats de foot nationaux génèrent environ 7 milliards euros de recettes par an, les droits audiovisuels des compétitions européennes ne rapportent "que" un peu plus de 3 milliards euros. La Super Ligue aurait donc comme vocation de rendre les compétitions européennes plus intéressantes afin de "doper" ces droits télévisés et par ailleurs de ne répartir les recettes qu’entre 20 équipes (les 12 actuelles plus 8 à venir) au lieu de 40 équipes comme actuellement, où des plus petits clubs reçoivent une part du gâteau.

A noter que si Florentino Perez (président du Real Madrid) serait le nouveau président de la Super League, ce serait Andrea Agnelli (président de la Juventus) qui serait son nouveau vice-président. Et Agnelli n’est pas un inconnu des milieux boursiers puisqu’issu d’une riche famille d’entrepreneurs italiens, il est aussi administrateur de Fiat (récemment fusionnée avec PSA pour former Stellantis) et du holding italien Exor (actionnaire de Stellantis notamment, mais aussi de CNHI – camions, bus, véhicules agricoles - ou d’organes de presses comme La Repubblica, la Stampa ou The Economist).

En attendant, rien n’est fait, les grandes ligues officielles (l’européenne UEFA et la mondiale FIFA) ayant annoncé, si le projet se concrétise, qu'elles se réservaient le droit d'exclure les clubs rebelles de leurs différentes compétitions. Ils menacent également par ailleurs d'exclure les joueurs des clubs concernés et qui prendraient part à un tel projet de toutes les compétitions internationales, championnat d’Europe et coupe du monde en tête… De footballistique à financière, l’affaire risque donc bien de continuer au niveau judiciaire, chaque partie voulant défendre ses thèses devant les tribunaux. Mais davantage que le risque judiciaire, le projet de Super League fait face à une énorme levée de boucliers de nombreux supporters de foot partout en Europe, y compris parmi les 12 clubs évoqués, dénonçant "une décision uniquement motivée par la cupidité de certains dirigeants et actionnaires de clubs de foot". Cette affaire risque d’ailleurs d’interpeller certaines sociétés qui pourraient se poser des questions sur le sponsor apporté à des clubs de football.

La spéculation a donc gagné 2 clubs cotés en bourse, faisant partie des 12 rebelles, la Juventus bondissant de 18% et Manchester United (coté principalement à New York) de près de 7%. Mais cette euphorie a aussi déteint sur certains clubs cotés, mais non (encore) pressentis dans cette Super League, comme Dortmund (+11%). Cette fièvre spéculative n’a néanmoins pas permis au secteur de la consommation cyclique (dont les clubs de football font partie) de terminer hier dans le vert (-0.65%) alors que l’indice global Stoxx Europe 600 a clôturé légèrement en baisse (-0.07%), reprenant son souffle après ses records récents. Outre la consommation cyclique, les principaux secteurs en repli était ceux de la technologie (-1.1%, à cause essentiellement des semi-conducteurs) et de l’industrie (-0.6%). Au niveau des gains, limités, on notait surtout celui des soins de santé (+0.3%).

Les marchés boursiers américains ont également fini dans le rouge, le S&P 500 perdant 0.5% et le Nasdaq près d’1%. Les actions technologiques, principal secteur du S&P 500, ont d’ailleurs clôturé en baisse de 0.9% et, comme en Europe, c’est surtout le segment des semi-conducteurs qui a le plus souffert (-2.6%). Le secteur de la consommation cyclique a perdu 1.1%, où on a remarqué la chute de 3.4% de Tesla après qu’un de ses véhicules, apparemment privé de conducteur (autonome), se soit écrasé contre un arbre samedi au Texas tuant ses deux occupants. Les autres secteurs de la cote ont limité leurs pertes entre 0.01% (soins de santé) et 0.49% (services aux collectivités). Seul l’immobilier a terminé dans le vert (+0.3%). A noter que du côté des résultats trimestriels, 3 sociétés emblématiques ont annoncé des résultats meilleurs qu’attendus: IBM, Coca-Cola et Harley-Davidson, l’action du célèbre producteur de motos bondissant d’ailleurs de près de 10%.

Aujourd'hui

En Asie ce matin (7h45), alors que les bourses chinoises progressent légèrement (Hong Kong +0.1% et Shanghai-Shenzhen +0.4%) la bourse japonaise chute de 2.1%. Selon plusieurs sources locales, la gouverneure de Tokyo se préparerait à demander au gouvernement central de déclarer l’état d’urgence, dès le 22 avril, alors que les infections au coronavirus ont atteint ce week-end le niveau le plus élevé depuis 2 mois. Le gouverneur d’Osaka ferait la même demande. Et tout ceci dans un contexte où de plus en plus de japonais remettent en question la tenue des prochains Jeux Olympiques, déjà reportés en 2020. Selon certains économistes japonais, de nouvelles restrictions sanitaires pourraient avoir un impact économique important et générer une nouvelle contraction au 2e trimestre.

A l’inverse de ce que nous constations hier matin, les futures (contrats à terme) sont mieux orientés pour les bourses américaines qu’européennes. En effet, celles-ci ouvriraient en baisse d’environ 0.1 % alors qu’aux USA elle progresseraient de 0.2% dans les premiers échanges.

Au niveau des statistiques économiques, les prix à la production allemands seront dévoilés tôt ce matin.

Quant aux résultats trimestriels de sociétés, on surveillera notamment en Europe ceux de Danone, Atos ou Kering et aux Etats-Unis en particulier ceux de de Procter & Gamble, Travelers, Netflix, Manpower, Lockheed Martin, Philip Morris ou Johnson & Johnson, la plus importante des sociétés pharmaceutiques mondiales.

Mais ce soir, les investisseurs tourneront aussi leurs regards vers Apple qui donnera sa première présentation en 2021. Parmi les nouveautés pressenties, les rumeurs évoquent notamment la mise sur le marché d’AirTags, un tracker GPS permettant de localiser les autres appareils de la marque à la pomme.

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