Rien ne semble freiner la hausse des marchés boursiers - Thème hebdomadaire: Ne pas confondre consommation cyclique et non cyclique

Hier

À voir la forme des marchés boursiers ces derniers temps, rien ne semble pouvoir enrayer pour l’instant la dynamique positive en vigueur toujours favorisée par les messages rassurants et répétés des banques centrales. Et pas plus tard qu’hier, Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) y a été de nouvelles déclarations dans ce sens en disant notamment qu’elle ne percevait pas de risques pour la croissance au-delà du court terme. Par contre, dans le compte-rendu de la réunion d’il y a un mois, les membres du conseil des gouverneurs de la BCE n’excluent pas de réduire le montant des achats d’actifs après l’accélération économique prévue au 2ème trimestre, tout en indiquant que l’enveloppe du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (le fameux "Pandemic Emergency Purchase Programme" ou "PEPP" de 1.850 milliards euros) n’était pas remise en cause. Il semble en fait de plus en plus évident que la croissance économique devrait accélérer à mesure que les mesures de confinement seront progressivement levées et que de plus en plus de gens seront vaccinés. En Allemagne d’ailleurs, les commandes industrielles ont enregistré une nouvelle hausse en février, portée par la demande intérieure. Et dans ce contexte optimiste, la hausse surprise, annoncée hier après-midi, des inscriptions hebdomadaires au chômage aux USA n’a quasiment pas ému les opérateurs.

Et donc finalement, surfant toujours sur l’optimisme ambiant, l’indice Stoxx 600 Europe a affiché un nouveau record historique à 436.86 points, gagnant 0.58% par rapport à la clôture de la veille. Seuls 2 secteurs étaient dans le rouge, les financières (-0.24%) - où les actions des assureurs baissaient d’ailleurs davantage que celles des banques - et l’énergie (-2.06%). Dans ce dernier secteur, les 3 géants pétroliers européens (Royal Dutch, Total et BP) perdaient entre 1.7 et 2.4%.

Si les prix du Brent se maintiennent actuellement à un peu plus de 63 USD le baril, il faut rappeler qu’au début d’avril, l'OPEP+ a exprimé sa confiance croissante dans la reprise économique mondiale en convenant d'augmenter progressivement la production de pétrole au cours des prochains mois alors qu’on attendait plutôt un statu quo de la production. Certains craignent donc une pression sur les prix pétroliers. Mais les producteurs de pétrole font pour l’instant le pari inverse. Bien que la consommation européenne de pétrole soit actuellement faible - la France, l'Allemagne et l'Italie prolongeant ou imposant notamment de nouvelles contraintes pour endiguer la pandémie - les indicateurs de la demande en Chine restent forts et les raffineurs américains se préparent à une recrudescence des déplacements en voiture et en avion. En conséquence l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole et ses alliés ont donc décidé d’ajouter environ 2.15 millions de barils par jour à l'offre mondiale de pétrole entre mai et juillet ce qui pourrait peser sur les prix pétroliers si la demande ne suit pas comme espéré par l’OPEP+. Concrètement la coalition des 23 pays de l’OPEP+ augmentera sa production de 350.000 barils par jour en mai, du même volume en juin et de 450.000 barils par jour en juillet. En outre, l'Arabie saoudite reviendra sur sa réduction volontaire d'un million de barils par jour, ajoutant 250.000 barils par jour en mai, 350.000 en juin et 400.000 en juillet. Cela permettra de rétablir environ un quart du brut qu'ils retiennent encore après avoir procédé à des coupes sombres il y a un an en réponse à la pandémie. Le ministre saoudien du pétrole a par ailleurs déclaré que l'OPEP+ était en train de "tester" le marché et qu'elle avait la possibilité de faire marche arrière si nécessaire lors de sa prochaine réunion, le 28 avril.

Du côté des gains de la séance d’hier, la consommation non-cyclique emportait la palme avec une hausse de 1.55%, les sociétés alimentaires et de boissons jouant les locomotives. Mais on a noté aussi les progrès du secteur des soins de santé (+1.25%) et des services aux collectivités (+1.32%), alors que les actions technologiques et l’industrie engrangeaient pas loin d’un pourcent.

À Wall Street, comme en Europe, le secteur de l’énergie a été sous pression (-1.4% en clôture). Outre ce que nous écrivions ci-dessus concernant les prix pétroliers, il faut signaler que ce secteur a été un des principaux bénéficiaires de la remontée des bourses depuis février-mars 2020 et que cette année, le secteur, illustré par l’indice MSCI Energie (en orange, voir graphe ci-dessous), surperforme encore largement l’indice global MSCI Monde (en blanc) en progressant de 21.5%, des prises de bénéfices ponctuelles ne sont donc pas anormales.

Mais cette déconvenue du secteur de l’énergie a finalement été éclipsée par la nouvelle bonne tenue des actions technologiques (+1.4%) qui profitent de la détente prolongée sur les taux d’intérêt grâce aux discours rassurants des banques centrales. Le S&P 500 a donc affiché un nouveau record historique en clôturant à 4097.17 points (+0.4%) alors que le Nasdaq des valeurs technologiques a gagné 1 % et n’est plus qu’à 1.9% de son record du 12 février dernier. Dans ce secteur, on remarquait notamment les hausses de Microsoft (+1.3%), Oracle (+1.6%), Apple (+1.9%), Intuit (+2.6%) et surtout Paypal (+3.5%). La consommation cyclique a progressé d’un demi % où on notait le bond de 2% de Tesla favorisé par l’annonce cette semaine du gigantesque plan d’infrastructure US contenant notamment une proposition de 174 milliards USD pour dynamiser le secteur des véhicules électriques (voitures, bus, bornes de recharge, etc.). Par contre dans ce secteur automobile, Ford (-1.7%) et General Motors (-1.2%) chutaient après que cette dernière ait annoncé que la pénurie de puces électroniques affectait la production dans plusieurs usines.

Aujourd'hui

Ce matin en Asie (7h45), si Tokyo est en hausse (+0.6%), les bourses chinoises baissent, Hong Kong de 0.9% et Shanghai-Shenzhen de 1.3%, certaines inquiétudes font surface concernant la pression sur les prix, les statistiques chinoises ayant montré l'inflation en usine la plus rapide depuis 2018. Par ailleurs, la Chine fait partie des pays qui sont confrontés à de nouveaux obstacles en matière de vaccination de masse contre la pandémie car ses efforts pour vacciner 560 millions de personnes d'ici à la fin du mois de juin se heurtent à une pénurie d'approvisionnement en vaccins.

En cette fin de semaine, les futures prédisent actuellement que les marchés européens ouvriraient quasiment inchangés par rapport à la clôture d’hier tout comme aux États-Unis.

Enfin, au rayon statistiques du jour, les investisseurs seront sensibles, avant bourse, à la production industrielles et à la balance commerciale en Allemagne en février. Outre-Atlantique, deux indicateurs figures à l’agenda aujourd’hui: les prix à la production en mars et les stocks des grossistes en février.

Le thème de la semaine: Ne pas confondre consommation cyclique et non cyclique

Alors que la reprise économique est de plus en plus une réalité - même si différenciée selon les continents et les pays - les investisseurs misent de plus en plus logiquement sur les secteurs et actions qui vont le mieux profiter de cette forte embellie. Et dans ce cadre, on cite notamment la consommation des ménages. Depuis plus d’1 an, du fait des contraintes liées au(x) confinement(s) - sorties fortement limitées, commerces fermés ou au ralenti, voyages déconseillés ou interdits,…-, la plupart des personnes ont réduit leurs achats et inversement augmenté leur épargne. Selon les estimations récentes de Bloomberg Economics (mars 2021), les consommateurs des plus grandes économies du monde ont accumulé 2.900 milliards USD d'économies supplémentaires (dont 1.500 milliards USD aux USA) pendant les périodes de confinement liées à la Covid, une vaste réserve de liquidités qui crée le potentiel d'une reprise puissante après la récession pandémique. On s’attend donc à une hausse de la consommation, voire d’une «frénésie de dépenses » dans certains cas, suivant la fin progressive des mesures de confinement.

Il faut cependant distinguer 2 types de consommation, la consommation cyclique (aussi appelée "discrétionnaire") et la consommation non cyclique (aussi appelée "de base" ou "staples" dans la terminologie anglaise) qui sont très différentes par leurs composantes et leurs comportements économiques et boursiers. La consommation non cyclique concerne des dépenses de consommation pratiquement insensibles à l’évolution de l'économie (comme la nourriture, les boissons ou le savon par exemple). Que l'économie soit en forte croissance ou en récession, les secteurs liés à ce type de consommation ne sont pas particulièrement touchés et poursuivent régulièrement leur croissance. Inversement, s’opposant à cette consommation "défensive", la consommation cyclique a trait à l’ensemble des biens et services considérés comme non prioritaires ou vitaux (par exemple les voyages, les voitures ou les biens de luxe) et la corrélation est étroite avec les fluctuations économiques. Ce type de consommation est généralement aussi plus saisonnier, plus important par exemple durant les mois d’été (vacances) ou en fin d’année (dépenses liées aux fêtes). Le beta des sociétés du secteur de la consommation cyclique est donc souvent supérieur à 1, leur volatilité étant plus importante que la moyenne du marché.

Sur le tableau ci-dessous, j’ai repris, pour l’indice Stoxx 600 Europe et l’indice S&P 500 américain, la répartition complète de ces 2 secteurs et leurs sous-secteurs, avec leur poids dans l’indice et des exemples concrets de sociétés cotées (à titre purement informatif).

Comme on peut le voir, si le poids relatif de la consommation cyclique est à peu près identique en Europe et aux États-Unis (11.6 à 12% des indices globaux), il n’en n’est pas de même pour la consommation non cyclique, près de 2 fois plus importante dans l’indice européen. Cela est dû essentiellement à la présence de poids lourds européens dans l’alimentaire et les boissons ainsi que dans les produits de soin personnel. Dans le secteur de la consommation cyclique l’équilibre entre les différents sous-secteurs est très différent: le luxe est par exemple beaucoup plus important en Europe alors qu’inversement les ventes au détail via internet sont davantage l’apanage des sociétés américaines.

Pour terminer, comme on le voit sur le graphe ci-contre, depuis la chute des marchés en février-mars 2020, le secteur de la consommation cyclique (en jaune) s’est redressé plus vite et plus fort que celui de la consommation de base (en orange) et même que l’indice global MSCI Monde (en blanc), confirmant ainsi sa corrélation avec la reprise économique. La consommation non cyclique a même sous-performé par rapport à l’indice MSCI Monde, son côté défensif l’ayant pénalisé.

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