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Les déboires d’un hedge fund font trembler le secteur bancaire

Hier

Depuis plusieurs semaines, l’évolution des marchés boursiers, européens en particulier, est rythmée par les nouvelles en provenance du front sanitaire. Mais depuis quelques jours est venu s’ajouter le suspens lié à l’échouage, dans le canal de Suez, de l’Ever Given, ce porte-conteneurs géant qui a empêché tout trafic via cette route maritime stratégique.

Bonne nouvelle, hier on a appris que le navire avait été remis à flot et que le trafic pouvait reprendre, alors que dimanche encore près de 400 navires étaient bloqués aux 2 extrémités du canal. En fonctionnant 24h sur 24, le responsable de l’Autorité du canal a estimé qu’il faudra environ 3 jours et demi pour que tous ces bateaux en attente puissent traverser. L’impact économique est important car le blocage a mis à mal une chaîne d’approvisionnement mondiale déjà fragilisée ces derniers mois par l’arrêt ou le ralentissement de plusieurs secteurs d’activité du fait de la pandémie. Par contre les prix du pétrole, un moment en surchauffe par crainte de problèmes d’approvisionnement, vu que les pétroliers ne pouvaient plus traverser le canal de Suez, sont à nouveau basés sur les fondamentaux classiques liés à l’offre et à la demande. Le Brent cote ainsi 64.9USD actuellement, en légère hausse par rapport à vendredi soir.

Mais il n’était pas dit que les marchés boursiers allaient retrouver facilement leur sérénité. Ce lundi le secteur bancaire international a été secoué par les déboires du hedge fund (un fonds d’investissement particulier de type spéculatif) ARCHEGOS CAPITAL Management. Suite à des paris perdants en terme d’investissements, celui-ci n’a pas pu répondre à des "appels de marge" (des versements de fonds supplémentaire liés à des positions dites "ouvertes" sur le marché) et a ainsi été contraint de voir plusieurs de ses positions liquidées brutalement sur les marchés boursiers. Cela a eu pour conséquence de faire lourdement chuter, dès vendredi soir, les actions américaines vendues « à casser » par Archegos (dont ViacomCBS, Discovery, Baidu ou Vipshop), mais aussi de fortement impacter les résultats estimés de plusieurs banques internationales qui étaient liées à ces transactions avec Archegos. Ainsi Nomura (-16.3% lundi matin à Tokyo), faisant état de "pertes importantes" (on parle de +/-  2 milliards USD), tout comme Crédit Suisse (-13.8%), déjà lourdement sanctionnée ces derniers mois par les pertes liées à la faillite de la fintech Greensill et qui lui aura coûté au moins 4 milliards USD. D’autres banques seraient touchées par cette affaire, comme Goldman Sachs (-0.5%), Morgan Stanley (-2.6%), UBS (-3.9%) ou encore Deutsche Bank (-3.3%), mais apparemment dans une moindre mesure.

Le plus étonnant dans cette histoire c’est que Bill Hwang, fondateur d’Archegos n’est pas un inconnu des marchés financiers… ni de la justice ! Il fait partie des héritiers de Julian Robertson, pionnier légendaire des hedge funds avec son fonds Tiger Management, liquidé durant l'éclatement de la bulle Internet au début des années 2000. Les disciples de Robertson, appelés les "bébés tigres", ont lancé par la suite d’autres hedge funds en appliquant les mêmes stratégies risquées que leur mentor, en particulier sur des actions technologiques. Mais Tiger Asia Management (TAM), créée par Hwang, est lourdement sanctionnée par la SEC en 2012, lorsque le fonds est accusé d'avoir spéculé sur des banques chinoises à partir d'informations privilégiées. TAM annonce alors sa transformation en "family office" et paie une forte amende. Sous le nouveau nom d’Archegos, Hwang  a recommencé alors ses stratégies risquées à base de "swaps" (des produits dérivés) et autres effets de levier, et a construit discrètement d'énormes positions dans des sociétés cotées d'envergure mondiale, comme Baidu, ViacomCBS, Discovery, etc. Le souci c’est que vu la chute de plusieurs actions technologiques ces dernières semaines, Archegos n’a donc pu répondre aux appels de marge et ses courtiers ont débouclé en urgence ses positions ces derniers jours. A noter que selon Institutional Investors, un autre "bébé tigre", Tao Li de TENG YUE PARTNERS, a été emporté dans la tempête et a également dû liquider des positions gigantesques vendredi. Pour les deux fonds incriminés certaines sources parlent de 35 milliards USD de pertes boursières.

Finalement l’indice Stoxx 600 Europe a terminé malgré tout en hausse de 0.16%, même si évidemment le secteur financier dénotait avec une baisse de 0.84%, où la quasi-totalité des banques européennes perdaient des plumes par contagion. Les autres secteurs en baisse hier étaient la consommation cyclique (-0.3%), la technologie (-0.2%) et l’immobilier (-0.4%). Par contre plusieurs secteurs terminaient en hausse, permettant ainsi à l’indice global d’être positif, comme la consommation de base (+1.2%), les services aux collectivités (+0.8%) et la santé (+0.6%).

Aux USA, l’indice S&P clôturait en très légère baisse (-0.09%), surtout impacté par le secteur énergie (-1.3%), les sociétés pétrolières paraissant moins attrayantes après le déblocage du canal de Suez, et logiquement par les financières (-0.93%). L’indice Nasdaq des valeurs technologiques a lui perdu 0.6%. Du côté des gagnants, on remarquait surtout les services de communication (+1%, grâce à Facebook, Alphabet et Twitter, alors que ViacomCBS et Discovery faisaient toujours l’objet de dégagements), la consommation de base (1%) et les services aux collectivités (+1.1%).

Aujourd'hui

En Asie, la plupart des marchés boursiers sont en hausse ce matin (7H35), Séoul gagne 1%, Hong Kong 1.1% et Shanghai-Shenzhen 0.8%, mais Tokyo perd 0.1%, toujours pénalisé par Nomura et le secteur financier (-1.7%).

Les futures (contrats à terme) prédisent actuellement une légère hausse des marchés européens (+0.29%) et américains (+0.05%) à l’ouverture, alors que les opérateurs surveilleront particulièrement l’évolution des actions bancaires.

A noter que depuis vendredi, les rendements des bons du Trésor US à dix ans ont augmenté pour atteindre 1,74% (contre moins de 1.68 % jeudi) soit le plus haut niveau atteint depuis le 22 janvier 2020.

Au niveau des statistiques, on sera attentif aujourd’hui à l’inflation allemande pour mars et à la confiance des consommateurs en mars aux Etats-Unis. Le discours de Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, sur l’état de l’économie mondiale sera aussi fort écouté.

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