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Wall Street, Asie et futures en hausse - Le BEL20, un indice atypique

Hier

Depuis quelques jours les marchés boursiers européens sont de plus en plus envahi par les doutes sur les perspectives économiques du continent avec une nouvelle résurgence de la pandémie qui va freiner, voire arrêter, certains pans importants de l’économie. Dans plusieurs pays européens comme en France, en Allemagne, en Hongrie, etc. la situation est de plus en plus préoccupante, les hôpitaux voyant un afflux régulier et croissant de nouveaux malades, ce qui pourrait inciter les gouvernements à prendre des mesures encore plus draconiennes, faisant craindre à certains le retour des "lockdowns" stricts connus il y a un an, avec les conséquences économiques que l’on a connu.

Pourtant les dernières statistiques économiques en Europe sont plutôt bonnes, comme encore hier celles ayant trait au moral des ménages allemands ou au climat des affaires en France. Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union sont réunis depuis hier pour notamment discuter d’un plan de réouverture progressive de l’économie tout en se penchant sur la mise en place d’un certificat sanitaire. Outre atlantique, on a aussi appris ce jeudi que la croissance du PIB américain avait été revue une nouvelle fois à la hausse pour le 4ème trimestre 2020 (à +4.3% contre +4.1% attendu) même si le PIB US annuel 2020 enregistrera sa pire contraction depuis la fin de la dernière guerre, soit -3.5%. Autre bonne nouvelle économique, les inscriptions hebdomadaires au chômage aux USA ont diminué à 684.000 (moins que prévu) et pour la première fois sous les 700.000 depuis un an. Enfin, la crainte de surchauffe des taux s’estompe aussi quelque peu, le rendement à 10 ans ayant chuté à 1.628% contre encore 1.75% il y a exactement une semaine.

D’un autre côté, les observateurs boursiers ont noté que le patron de la FED avait évoqué, lors d’une émission radio, la réduction progressive des programmes d’achats d’obligations et d’actifs adossés à des emprunts immobiliers "lorsque des progrès substantiels en direction de nos objectifs auront été accompli". Il a aussi parlé, à plus long terme, d’un test pour augmenter les taux d’intérêt. Même si de l’aveu de J. Powell cela prendra du temps.

En Europe, l’indice Stoxx 600 a clôturé quasiment inchangé (-0.07%), le secteur de l’énergie faisant cette fois ci office de "locomotive à la baisse" (-2.55%), les sociétés pétrolières et les équipementiers perdant tous entre 2.3 et 3.4%. Il est vrai que la hausse du pétrole avant-hier était plutôt technique, résultant du blocage en cours du canal de Suez suite à l’échouage d’un porte-conteneurs géant. Le prix du Brent a d’ailleurs reflué à 62.7 USD le baril, les spécialistes revenant aux inquiétudes quant à sa consommation qui pourrait être impactée par une économie européenne touchée par de nouvelles mesures de confinement. Finalement peu de secteurs auront échappé ce jeudi au marasme européen, à l’exception des soins de santé (+0.6%), des services aux collectivités (+0.6%) et de la consommation cyclique (+0.1%).

Aux États-Unis, la SEC (Securities and Exchange Commission soit l’organisme fédéral US de réglementation et de contrôle des marchés financiers) a refroidi certains quand des informations ont fait état de l’ouverture d’une enquête sur les SPAC, ces "sociétés de chèque en blanc" qui font fureur à Wall Street depuis 2020. Nous avions évoqué cette thématique dans notre blog du 12 mars dernier (La détente des taux a permis aux marchés de monter, grâce en particulier aux actions technologiques - Thème de la semaine: La fièvre des SPAC - Private Banking CBC). Comme on le voit ci-dessous, l’indice IPOX SPAC (en blanc) a très largement surperformé depuis fin 2020 l’indice S&P 500 et le NASDAQ, ce qui n’a pas manqué d’intriguer les autorités de contrôle vu le caractère très spéculatif de ces nouveaux instruments…

Mais la SEC est aussi intervenue dans un autre domaine en demandant aux sociétés pétrolières d’être plus transparentes sur leurs plans climatiques, en s’en prenant notamment à 2 grandes sociétés du secteur, ConocoPhilips et Occidental. Celles-ci ne voulaient pas mettre à l'ordre du jour de leur prochaine assemblée générale des résolutions climatiques proposées par certains actionnaires, prétextant une ingérence d’activistes. La SEC a rejeté cet argument et a imposé les résolutions climatiques aux assemblées. La SEC semble donc bien avoir adopté une approche plus stricte sur la question du climat sous l'administration Biden que sous la présidence de Trump… Enfin, la SEC a aussi pris la décision d’expulser des marchés boursiers US les sociétés étrangères qui ne respectaient pas les normes d’audit en vigueur aux États-Unis. Sachant que leur côté, les autorités chinoises ont commencé à attaquer les grandes entreprises de ce pays, accusées de pratiques anti-concurrentielles, il n’en fallait pas plus pour que certains géants chinois cotés perdent encore quelques plumes supplémentaires à Wall Street comme JD.Com (-0.5%) Alibaba (-3%) et surtout Baidu (-14.5%)!

Néanmoins, inversement à l’Europe, l’indice S&P 500 a terminé en hausse (+0.5%), seuls 2 secteurs clôturant en légère baisse, les services de communication (-0.3%) et les technologiques (-0.1%) où les déclins les plus marquants étaient vus pour les actions Microsoft (-1.3%), Facebook (-2%) ou encore SalesForce (-2%). À noter aussi la chute de Nike (-3.3%) dans le secteur de la consommation cyclique, certains craignant un boycott chinois lié à la position de la société sur le coton controversé de la région du Xinjiang. Indépendamment de cela la plupart des secteurs étaient donc à la hausse, notamment les financières et les industrielles (+1.6% chacune) ou encore les matériaux (+1.4%). Le regain d’optimisme général est venu de l’annonce de J. Biden doublant son objectif d’administration des vaccins indispensables à la relance économique US. Important à noter: les actions des banques américaines ont étendu leurs gains après les heures de négociation, la FED ayant annoncé la fin des restrictions sur les dividendes imposées par la pandémie.

Aujourd'hui

Ce matin (7h40), les bourses asiatiques s’inscrivent dans le sillage optimiste de Wall Street: Tokyo progresse ainsi de 1.6%, Hong Kong de 1.7% et Shanghai-Shenzhen de 2.4%. Les futures (contrats à terme) sont également bien orientés, l’Europe bondirait de 0.9% à l’ouverture et les USA de 0.5%. À noter aussi l’USD (1.178) encore renforcé par rapport à l’euro.

Fin de semaine importante au niveau des statistiques. L’institut IFO dévoilera à 10 heures son enquête sur le climat des affaires en Allemagne pour le mois de mars, le consensus tablant sur une amélioration de l’indice. Les investisseurs seront aussi attentifs aux ventes au détail au Royaume-Uni en février et à l’indice de confiance du consommateur français en mars. Enfin aux États-Unis, outre le creusement probable du déficit commercial en mars, le marché s’intéressera aux revenus et dépenses des ménages de février. Enfin, à 15h, l’université du Michigan dévoilera son indice définitif de confiance du consommateur américain pour mars, attendu en légère hausse.

Le thème de la semaine: Le BEL20, un indice atypique

Il y a un peu plus de 30 ans, Jean Peterbroeck, Président de la Commission de la Bourse de Bruxelles, a eu l’idée de lancer un nouvel indice pour la bourse de Bruxelles dont la création a été confiée à 4 jeunes analystes financiers (Marc Debrouwer, Bruno du Bus, Georges Hanart et… moi-même!) travaillant pour des agents de change belges. Selon le souhait de J. Peterbroeck, le but était double : d’une part, faire en sorte que ce nouvel indice soit une "vitrine" pour mieux promotionner la bourse de Bruxelles à l’étranger et, d’autre part, servir de sous-jacent à des produits dérivés et notamment au marché Belfox.

Pour l’anecdote, lors de la première entrevue avec J. Peterbroeck, celui-ci nous a parlé d’un "BEL30". Il pensait en effet qu’on pourrait s’inspirer du célèbre Dow Jones américain composé de 30 actions… Mais très vite, nous lui avons signalé qu’on devrait se limiter à 20 valeurs, la bourse de Bruxelles ne recelant pas suffisamment d’actions suffisamment liquides et diversifiées dans le cadre de transactions avec des produits dérivés. Au départ, on a choisi les 20 actions parmi les plus grandes capitalisations boursières et les plus liquides. Mais pour éviter que les sociétés les plus importantes "écrasent" les plus petites, on avait limité à 7.5% le poids des plus grandes dans l’indice, à 5% celui des "moyennes" et 2.5% pour les plus petites. Aujourd’hui la capitalisation boursière du flottant est soumise à un plafond de pondération de 12%.

L’indice BEL20 a alors été officiellement lancé le 18 mars 1991. Il comptait à l’époque 3 importantes sociétés financières (AG Assurances, Royale Belge et Générale de Banque), 4 holdings (GBL, Gevaert, Sofina et SGB), 2 distributeurs (Delhaize et GIB), 3 sociétés chimiques (Solvay, Tessenderlo et Gechem), 1 société pharmaceutique (UCB), 1 société technologique (Barco), 4 sociétés industrielles (Pétrofina, Bekaert, CBR et Acec-Union Minière) et 2 sociétés des "services aux collectivités" (Electrabel et Tractebel). La capitalisation boursière du BEL20 équivalait alors à environ 47 milliards euros. Depuis, cette valeur a évolué et le BEL20 vaut actuellement environ 120 milliards euros.

En 30 ans, l’indice BEL20 a beaucoup évolué et des 20 actions initiales, il n’en reste que 5: GBL, AGEAS (qui a remplacé les AG), SOLVAY, UCB et UMICORE. Chaque année en effet, l’indice est révisé sur base de différents critères dont la capitalisation boursière, le capital flottant ou disponible ("free float"), la vélocité de ce flottant, mais aussi le lien avec la Belgique. Ce dernier critère a été introduit il y a quelques années vu la difficulté grandissante pour trouver des candidats suffisamment importants et liquides. Actuellement donc si une société cotée "étrangère" emploie au moins 15% de son personnel en Belgique elle peut être candidate. C’est ainsi que les dernières années Engie (France) ou ING (Pays-Bas) ont fait partie du BEL20.

Actuellement, notre indice national comporte encore 2 actions étrangères à savoir GALAPAGOS et APERAM, toutes 2 étant des actions des Pays-Bas. Cette "hybridité" rend le BEL20 atypique (comme le CAC 40 français qui comprend Unibail-Rodamco-Westfield et ArcelorMittal d’abord cotées à Amsterdam) par rapport à la plupart des grands indices européens (DAX allemand, AEX hollandais, Footsie anglais, IBEX espagnol, SMI suisse, etc.) qui ne comprennent que des actions nationales.

Autre caractère atypique, le secteur technologique qui a "dopé" les indices globaux, comme sur les bourses américaines ou chinoises ces dernières années, est extrêmement peu représenté dans le BEL20, seule MELEXIS émargeant à ce secteur et ne pesant même pas 2% de l’indice… Comparativement, l’indice S&P 500 américain comprend près de 27% de sociétés technologiques et le Nikkei japonais environ 18%. L’Europe est moins technologique mais néanmoins ce secteur représente 13% du DAX allemand et plus de 8% de l’indice global Stoxx Europe 600. En fait, on pourrait classifier le BEL20 actuel comme étant très classique ou traditionnel avec près de 20% dans le secteur financier, 15% dans les matériaux, 14% dans les holdings et 13% dans l’immobilier, AB INBEV représentant aussi près de 12% de l’indice. Par contre, fait intéressant, le poids du dynamique secteur biotech compte pour plus de 13% du BEL20. Auparavant le déséquilibre sectoriel était très important, le secteur financier (Fortis, Dexia et KBC essentiellement) étant largement prédominant et comptant même à un certain moment, avant la crise de 2008, pour près de 50% du BEL20!

Les 5 dernières années, le BEL20 a progressivement sous-performé (surtout à partir de 2018) par rapport aux DAX, à l’AEX et au CAC40 comme on le voit sur le graphe ci-dessous. Et l’écart s’est davantage creusé l’année passée, son caractère plus "classique à défensif" expliquant probablement cela en bonne partie. Par contre depuis le début de 2021, il performe relativement en ligne avec les indices nationaux voisins.

Au fil du temps, le BEL20 a perdu de plus en plus son rôle de sous-jacent pour les produits dérivés ou comme "benchmark" (référent) de fonds, au détriment d’indices supranationaux comme l’Euro Stoxx 50, même s’il existe quelques trackers comme le Lyxor BEL20 ETF. L’indice reste ainsi essentiellement la vitrine de la bourse de Bruxelles, une action cotée dans le BEL20 étant clairement dans les "radars" des grands fonds institutionnels belges et étrangers.

Dans le tableau ci-dessous, nous avons repris les 20 actions composant l’indice BEL20 actuel, en tenant compte des changements récents (Barco et ING remplacés par Melexis et Elia). Pour chaque valeur nous avons repris son secteur d’activité, sa capitalisation boursière (nombre de titres existants x cours de bourse) ainsi que les variations de cours. On trouve également le rendement annuel total brut (variation du cours + dividende) pour chaque action pour les 5 dernières années et le rendement annuel brut moyen sur 5 ans. On constate ainsi une forte disparité de performances. Si le segment biotech performe très bien jusqu’à présent, notamment grâce à l’impressionnante envolée d’ARGENX (gain annuel moyen de 87% depuis 2016, alors que par contre GALAPAGOS a fortement déçu ces derniers mois), les télécoms (PROXIMUS et TELENET) font plutôt grise mine, impactés par une concurrence renforcée et des coûts accrus notamment dus à la 5G. AB INBEV, de loin la plus importante des sociétés du BEL20 en terme de capitalisation boursière, affiche également des pertes marquées ces dernières années et une perte moyenne annuelle de 11% sur 5 ans.

À noter enfin, le beau tir groupé des actions immobilières qui affichent une performance moyenne annuelle comprise entre 8% (COFINIMMO) et 23.5% (WDP), même si le secteur est quelque peu pénalisé, ces derniers mois, par la hausse des taux. Même constat d’ensemble positif pour le secteur des matériaux (APERAM, SOLVAY et UMICORE). Pour terminer on soulignera également la progression régulière du discret holding SOFINA qui lui a permis de montrer un gain moyen de 25% chaque année depuis 2016, entre autre grâce à une activité florissante dans le private equity.

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