Le pétrole à la fête, le Nasdaq tire la tête

Hier

Depuis quelques jours, les marchés boursiers sont assez inquiets à cause de la résurgence de la pandémie, particulièrement en Europe, obligeant plusieurs pays à prendre de nouvelles mesures impactant la marche des affaires. Mais durant la journée, les indices PMI européens, meilleurs qu’attendus (grâce surtout au secteur manufacturier) ont permis d’atténuer quelque peu la morosité ambiante. Par ailleurs, les observateurs se sont opportunément rappelés que mardi J. Powell, le président de la FED, a de nouveau minimisé les craintes de poussée inflationniste, même si J. Yellen, Secrétaire du Trésor, a rappelé que la reprise économique reste fragile. Par contre, hier on notait une baisse inattendue des commandes de biens durables aux Etats-Unis (impactées notamment par les fortes intempéries de février) pour la première fois depuis avril 2020 lorsque ces commandes avaient subi les effets du déclenchement de la pandémie.

Cependant durant la journée la hausse des prix du pétrole est venue soutenir les marchés. Deux raisons expliquent ce sursaut. D’abord des rachats à bon compte alors que le Brent avait notamment chuté de près de 14% en seulement 7 jours, à cause notamment de l’annonce surprise la veille d’une augmentation des stocks hebdomadaires de pétrole aux USA (+2.9 millions de barils contre une baisse attendue de 900.000) selon l’API (American Petroleum Institute). Mais c’est surtout l’annonce du blocage du canal de Suez par un porte-containers géant, coincé en travers de la voie, qui a dopé les prix de l’or noir. Cet échouage est tout sauf anodin car il a, en quelques heures, empêché de passer des dizaines de navires des deux côtés du canal. Et il faut savoir que cette voie de navigation, point de passage vital entre l’Europe et l’Asie, concentre environ 12% du commerce mondial, près de 10% du commerce maritime de pétrole, environ 8% du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) et environ 30% de la capacité mondiale des cargos porte-conteneurs. Près de 19.000 navires ont emprunté ce canal en 2020. Le Brent a ainsi rebondi à 63.4 USD, soit +4% par rapport à mardi.

L’autre soutien des marchés boursiers européens est venu d’Intel qui a annoncé sa nouvelle stratégie ("IDM 2.0") et ses objectifs financiers 2021. Son étoile a pâli ces dernières années principalement parce qu’elle a raté, il y a environ 10 ans, le tournant des smartphones et autres appareils électroniques portables. Mais Intel est restée, en alternance avec le coréen Samsung, le plus grand producteur de semi-conducteurs au monde selon les chiffres 2020, devant TSMC (Taiwan), Hynix (Corée) et le quatuor américain (Micron, Qualcomm, Broadcom et Nvidia). Intel va injecter 20 milliards USD dans ses usines, sa nouvelle 'business unit' et sa stratégie. Elle continuera à produire ses propres puces, mais à l'avenir, elle fera plus souvent appel à d'autres acteurs tels TSMC, Samsung et GlobalFoundries et ce, à partir de 2023. Par ailleurs Intel va créer une nouvelle activité "Intel Foundry Services", où elle fabriquera des puces pour d'autres acteurs

Cette annonce est très importante dans un contexte de pénurie persistante de semi-conducteurs où nombre de constructeurs automobiles doivent ralentir ou interrompre leur production tout comme le secteur important des fabricants de consoles de jeu. Nous avions abordé déjà cette thématique dans notre blog du 18 février dernier: "La pénurie des semi-conducteurs s’étend à différents secteurs".

En toute logique, ce sont en particulier les secteurs de l’énergie (+1.78%) et des technologies (+0.78%) qui ont permis à l’indice Stoxx 600 Europe de tout juste garder la tête hors de l’eau (+0.02%). Dans le secteur technologique, ce n’est pas tellement les semi-conducteurs mêmes qui ont profité des annonces d’Intel mais plutôt les sociétés fabriquant des équipements pour les semi-conducteurs (ASML +4.2%, ASMI +5.2% et BE Semiconductor +3.8%). Pour ce qui concerne le secteur de l’énergie, on notait un beau tir groupé tant des producteurs de pétrole (les 7 sociétés cotées dans l’indice Stoxx 600, progressant entre 1.6% pour Total et 3.3% pour la petite société autrichienne OMV) que des équipementiers (Tenaris, TechnipFMC et SBM Offshore engrangeant entre 1.4 et 3.7%). Notons, dans le secteur des compagnies aériennes le gain de Ryanair (+4.8%) qui s’est montrée très optimiste pour la saison d’été (prévoyant d’atteindre 80% de ses capacités de transport) même si la société est prudente, vu la situation sanitaire actuelle, jusque juin compris. Par contre les perdants du jour étaient emmenés par le secteur des soins de santé (-1.05%), de la consommation cyclique (-0.78%) et de la consommation de base (-0.56%).

A Wall Street, les tendances sectorielles ont été quelque peu différentes de celles constatées en Europe et l’indice S&P500 a fini en baisse de 0.55%. Grâce au bond du pétrole, le secteur de l’énergie a fortement progressé (+2.5%), les grandes sociétés pétrolières US (Exxon, Chevron, Occidental) mais aussi les équipementiers (Schlumberger, Halliburton, Baker Hugues) gagnant entre 1.8 et 2.8%. Par contre, les technologiques par contre ont déçu (-1.2%, l’indice NASDAQ chutant même de 2%) même si, comme en Europe, les équipementiers de semi-conducteurs ont profité de l’annonce d’Intel en affichant une belle progression comme Applied Materials (+4.1%) ou Lam Research (+1.5%). En fait, le secteur technologique aura surtout été impacté par les baisses d’importantes sociétés comme Microsoft (-0.9%), Paypal (-3.9%) ou encore Apple (-2%). Le secteur de la consommation cyclique a aussi déçu (-1.5%), plusieurs "poids lourds" enfonçant cette thématique comme Amazon (-1.6%), eBay (-4.4%), Nike (-2.9%) mais surtout Tesla (-4.8%). Pourtant certains espéraient un nouveau bond de cette action après que la société ait annoncé que l’achat de ses voitures seraient dorénavant possible, aux USA d’abord, en… bitcoins! Mais la chute de la cryptomonnaie (-10% à 53.000 USD) en 5 jours n’a finalement pas aidé Tesla…

Aujourd'hui

Ce matin (7h40), si Séoul (+0.4%) et Tokyo (+1.1%) grimpent, les marchés chinois de Hong Kong et Shanghai-Shenzhen sont atones. Il est vrai que Tencent et Alibaba souffrent (perdant toutes les 2 entre 3 et 4%) après que les régulateurs américains aient réactivé leurs menaces de retirer les plus grandes entreprises chinoises de leurs bourses. Au niveau des futures (contrats à terme), on semble s’orienter vers une baisse des marchés européens à l’ouverture (-0.3%) mais par contre vers une hausse de Wall Street dans l’après-midi (+0.2%).

Au programme du jour, on sera attentif au sommet de l’Union Européenne (aujourd’hui et demain) ainsi qu’à la publication de quelques statistiques comme la publication de l’indice de confiance des consommateurs allemands en avril, celui du climat des affaires en France en mars et la publication du bulletin économique de la BCE. Aux Etats-Unis, les opérateurs seront sensibles à la… 3e estimation du PIB du quatrième trimestre 2020 et aux nouvelles inscriptions au chômage pour la semaine qui s’est achevée le 20 mars.

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