Les marchés boursiers n’aiment pas les reconfinements

Hier

L’évolution de la pandémie en Europe inquiète de plus en plus les marchés. En France, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, les contraintes sanitaires sont renforcées et on commence à reconfiner de manière drastique. Ainsi en Allemagne, face à la hausse exponentielle des contaminations, dues aux nouveaux variants plus dangereux, le gouvernement a décidé lundi matin de prolonger les mesures de confinement jusqu’au 18 avril. Pire, A. Merkel a prié les allemands de rester confiné chez eux durant le long week-end de Pâques pour freiner la 3ème vague. Cela fait évidemment craindre un rebond économique moins fort et moins rapide que prévu. Ainsi, les économistes de Deutsche Bank ont réduit hier de moitié (de 4 à 2%) leur prévision de croissance économique pour l’Allemagne au 2ème trimestre…

Par ailleurs, alors que hier on était plutôt rassuré sur le vaccin AstraZeneca, après que la société a publié de nouveaux résultats attestant de son efficacité et de l’absence d’effets secondaires graves, une annonce de l’agence américaine de santé NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases) a jeté un doute sur l’homologation du vaccin aux USA et, partant, relancé la suspicion de certains en Europe. Le NIAID estimerait ainsi qu’AstraZeneca pourrait avoir fourni des données obsolètes dans certains de ses essais cliniques.

Alors que la situation s’est relativement stabilisée sur les marchés financier et boursier turcs, après le limogeage brutal du directeur de la banque centrale, c’est un autre problème géopolitique qui a surgi hier. En effet de nouvelles tensions diplomatiques entre l’Union Européenne et la Chine pourraient mettre en péril l’accord d'investissement que les deux parties ont récemment négocié. L'Union européenne a imposé des sanctions à la Chine pour des violations des droits de l'homme dans la région du Xinjiang et Pékin a rapidement répliqué en prenant des mesures de rétorsion.

Les marchés boursiers européens sont pour l’instant moins émus de cette situation que celle résultant des nouvelles restrictions sanitaires mettant en péril le rebond rapide de l’économie. Et dans ce contexte on a noté hier une nouvelle chute des prix du pétrole, une économie moins vigoureuse que prévu pouvant résulter en une baisse de la consommation d’or noir. Le baril de Brent cote ainsi actuellement 61 USD, alors qu’il valait encore 70 USD jeudi passé, soit une baisse de près de 13%! Assez logiquement, le secteur de l’énergie en perdant 2.1% a été, hier, le principal perdant de l’indice européen Stoxx 600 (-0.2%). Les actions pétrolières chutaient comme BP (-3.7%), Royal Dutch (-3.4%), ENI (-1.6%) ou encore Repsol (-1.3%); Total a par contre limité la casse (-0.7%), bénéficiant notamment d’un effet d’annonce positif suite à l’accord avec Shenergy, principal société du secteur de l’énergie à Shanghai, portant notamment sur la livraison chaque année de 1.4 million de tonnes de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) pendant 20 ans ; l’accord porte aussi sur la création d’une joint-venture (49% Total et 51% Shenergy) pour commercialiser du GNL en Chine, un marché en pleine croissance.

Parmi les secteurs importants, l’industrie a perdu 0.68% à cause notamment de la chute du danois AP Moller Maersk (-6.6%) suite à une étude de Handelsbanken disant que les taux de fret pour les conteneurs pourraient être confronté à une baisse rapide et profonde, la congestion des ports disparaissant avec la vaccination des travailleurs portuaires. On aura aussi remarqué l’effondrement de Volvo (-7.7%), qui a annoncé que la pénurie de semi-conducteurs qui affecte déjà l’industrie automobile aurait aussi un effet négatif sur son importante activité de production de camions. Par effet de contagion, le secteur de la consommation cyclique a souffert via sa composante automobile (VW -4.7%, Stellantis (PSA/Fiat Chrysler) -3.3%, Porsche -7% et Renault -3.4%) et, par percolation, via les équipementiers comme Faurecia (-3.9%) ou Valéo (-2.5%). Du côté des rares secteurs en progression, les services aux collectivités (+1.5%) et l’immobilier (+1.2%) bénéficiaient d’une relative accalmie sur les taux d’intérêt comme sur le Bund allemand à 10 ans (-0.34%).

Aux États-Unis, les bourses américaines ont terminé en baisse de 0.76%, le jour anniversaire de la fin de la chute boursière de février-mars 2020 (-34%). Depuis le 23 mars 2020, l’indice S&P 500 a regagné en 1 an près de 75% dans ce qu’on appelle communément un "bull market" (marché haussier). Une étude intéressante de LPL Financial a étudié 5 "bull markets" qui avaient succédé à une chute de 30 % ou plus du S&P 500 depuis la seconde guerre mondiale.

LPL Financial a ainsi constaté (tableau ci-contre) qu’après une 1ère année de rebond euphorique, la 2ème année suivant un krach était également toujours positive, logiquement moins que la première année, mais tout de même avec un rendement moyen de 17%. Et ce n'est qu'après le krach de 1987 que les actions ont progressé davantage au cours de la deuxième année que de la première. Mais LPL Financial a aussi constaté que la deuxième année d'un nouveau marché haussier est sujette à des replis, avec une baisse moyenne de 10%.

Ce mardi le secteur des matériaux (-2.1%) a baissé le plus à Wall Street, impacté par les craintes de ralentissement économique ; les décrues les plus importantes se marquaient chez Dow (-4.4%), Dupont (-2.9%) ou Mosaic (-5.5%). Mais, on a surtout noté la chute de Freeport-McMoran (-8%), un des principaux producteurs mondiaux de cuivre et d’or, dans la foulée de la déprime du prix des matières premières. Le secteur industriel (-1.8%) a aussi souffert de la morosité économique avec des sociétés comme Boeing (-4%) ou Caterpillar (-3.4%). Idem pour le secteur de l’énergie (-1.4%) où les équipementiers pétroliers ont affiché des pertes comprises entre 2.8 et 5%, dans la foulée d’un pétrole toujours en déclin. Détente aussi spectaculaire pour les taux longs US (1.60% ce matin, contre 1.75% il y a seulement quelques jours) ce qui a surtout profité aux secteurs des services aux collectivités (+1.5%) et immobilier (+0.4%), parmi les rares compartiments haussiers de la séance. Le secteur financier perdait par contre 1.4% suite à ces taux plus bas.

Aujourd'hui

Ce matin (7h40) la déprime européenne suite à la recrudescence de la pandémie, accentuée ensuite aux USA, a contaminé les bourses asiatiques. Si la Corée du Sud (-0.3%) et Taiwan (-0.9%) limitent les dégâts, le Japon perd actuellement près de 2 %, Hong Kong 2.2% et Shanghai-Shenzhen 1.5%. Les secteurs les plus en difficulté sont, comme à Wall Street, ceux liés au cycle économique. Hong Kong est aussi négativement impactée par la décision des autorités de suspendre provisoirement les vaccins de BioNTech.

En Asie, les investisseurs se réfugient plutôt pour l’instant vers les bons du Trésor et le dollar US. Celui-ci continue donc à se renforcer et cote ce matin 1.184 contre l’euro, soit un niveau inédit depuis fin novembre 2020.

Dans ce contexte, sans surprise, les contrats à terme prévoient une ouverture en baisse en Europe (-0.6%) alors que les premières indications montrent que Wall Street ne perdrait que 0.1% dans les premiers échanges.

Ce mercredi, les investisseurs tenteront de se rassurer quelque peu avec les fameuses statistiques PMI. L’institut IHS Markit dévoilera les résultats préliminaires du mois de mars de ses enquêtes dans l’industrie manufacturière et les services dans la zone euro et au Royaume-Uni.

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