Coup de froid sur les marchés - 1er anniversaire du rebond boursier

Hier

Mercredi soir, la FED américaine a clairement revu à la hausse ses perspectives de croissance économique, mais aussi celles de l’inflation tout en affirmant que celle-ci retomberait après une "surchauffe" provisoire cette année. Et donc, selon cette conclusion, elle laisserait ses taux inchangés pendant encore au moins 2 ans. Et c’est là que le doute s’est insinué dans l’esprit de nombre d’opérateurs boursiers… Pour certains en effet le discours de J. Powell a été ambigu : il se confirmerait ainsi que la cible d’inflation de 2% est "symétrique" dans le sens où la FED pourrait laisser ce niveau être dépassé un certain temps, durant les prochains mois par exemple, pour "compenser" les mois où cette inflation était inférieure à la cible. Et donc il y a malgré tout un risque de hausse des taux. Conséquemment les taux longs sont repartis à la hausse: le Bund allemand à 10 ans atteint ainsi -0.26% (alors qu’il était encore à -0.56% en début d’année). Et surtout le taux à 10 ans US est passé dans la journée de 1.64 à 1.75%, soit un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis la seconde quinzaine de janvier 2020 avant de retomber à 1.70%. À noter enfin des statistiques américaines contrastées: d’une part l’augmentation surprise des inscriptions hebdomadaires au chômage à un niveau inédit depuis mi-février, d’autre part l’indice d’activité de la FED de Philadelphie a bondi à 51,8 points en mars, jamais vu depuis 1973!

En clôture européenne, l’indice Stoxx 600 a progressé de 0.4 %, bien aidé logiquement par la hausse marquée du secteur financier (+1.63%) profitant de la flambée des taux. Les actions de nombreuses banques européennes ont ainsi augmenté fortement dont HSBC (+2.5%), ABN Amro (+2.8%), Caixabank (+3.1%), ING (+3.7%), Soc Gen (+3.9%) ou encore Commerzbank (+4.3%). Au niveau des assureurs on remarquait notamment la hausse d’Allianz (+2.9%) et d’Ageas (+2.4%).

Hausse du Bund allemand à 10 ans en 2021 (en blanc) suivie de la hausse de l’indice bancaire européen (en orange)

Les minières ont également permis au secteur des matériaux de se distinguer en prenant 1.11%, BHP progressant de 1.4% alors que Rio Tinto, Glencore et Boliden augmentaient chacune de 1.8%. Le secteur de la consommation cyclique a aussi fait hier partie des gagnants, mais n’a enregistré qu’un gain de 0.2%, le cours de Volkswagen ayant fait logiquement l’objet de prises de bénéfices (-3.4%) après la très forte majoration de son cours les derniers jours. Néanmoins d’autres actions automobiles ont pris le relais comme Daimler (+4.2%), Stellantis (fusion de PSA et Fiat-Chrysler, + 3%) ou encore Porsche (+3.7%).

Parmi les secteurs en baisse, l’énergie se distinguait (-0.7%), le secteur pétrolier souffrant de la hausse des stocks aux USA et du renchérissement du dollar US. Mais les investisseurs s’inquiètent aussi d’une recrudescence de la pandémie en Europe faisant craindre de nouveaux reconfinements (et donc une baisse de l’activité et de la demande de pétrole), d’autant que les interrogations sur le vaccin d’AstraZeneca ont ralenti la vaccination de masse. En définitive, le cours du Brent a chuté à 63.4 USD le baril alors qu’il valait encore 70 USD il y a 4 jours. Ce sont par ailleurs les contrats d’échéances les plus courtes qui souffrent le plus, se négociant à nouveau, comme en mars 2020, avec une décote par rapport aux contrats à plus long terme. Si les grandes sociétés pétrolières (BP, Total ou Royal Dutch) limitaient hier leur chute de 0.5 à 0.6%, les sociétés de moyenne importance creusaient davantage leurs pertes comme Neste (-3.8%), Equinor (-1.1%) ou Galp (-1%).

Durant l’après-midi, Wall Street s’est fortement teintée de rouge, minée par la double charge de la repentification de la courbe des taux et de la chute des cours du pétrole. L’indice S&P 500 a ainsi abandonné 1.5 % alors que le Nasdaq s’effondrait de 3%. Seul le secteur financier américain a gardé la tête hors de l’eau (+0.6%), les grandes banques menant la danse comme Bank of America (2.6%), US Bancorp (+3.3%), JP Morgan (+1.7%) ou Wells Fargo (+2.4%). Par contre, forte décrue du secteur de l’énergie (-4.7%) emmené par les actions de sociétés pétrolières (Exxon -4.3%, Chevron -3.6%, Occidental Petroleum -8.3%, ConocoPhillips -6.1% ou Marathon Oil -8.4%) mais aussi par les équipementiers comme Schlumberger (-3.7%), Halliburton (-5.1%) ou Baker Hughes (-4.2%). Les technologiques courbaient aussi l’échine, les actions vedette étant à la peine comme Apple (-3.4%), Microsoft (-2.7%), Alphabet (-2.9%) ou Intuit (-4.5%), mais aussi le segment des semi-conducteurs avec Nvidia (-4.6%), Intel (-3.1%), Broadcom (-4%), AMD (-5.5%) ou Xilink (-5.4%). À noter enfin la faiblesse de la consommation cyclique (-2.6%) surtout impactée par le déclin de Tesla (-7%).

Aujourd'hui

Ce matin (7h40), les bourses asiatiques suivent la tendance négative américaine et corrigent assez nettement. Si Séoul parvient à limiter la casse (-0.8%), Tokyo perd 1.4% alors que Hong Kong chute de 2.2% et Shanghai-Shenzhen de 3%.

Selon les futures (contrats à terme), l’Europe pourrait perdre de l’ordre de 1% à l’ouverture, "payant" ainsi son relatif optimisme hier en clôture alors que les taux haussent et que le pétrole chute. Wall Street qui a fortement corrigé cette nuit ne perdrait que 0.1 à 0.2% durant les premiers échanges, mais à confirmer durant la journée. Celle-ci sera rythmée par quelques statistiques dont les prix de la production industrielle en février en Allemagne.

À noter enfin que ce vendredi, le phénomène technique des "4 sorcières" ("Quadruple Witching Day" aux USA) animera aussi la séance boursière. Il a lieu les 3emes vendredis des mois de mars, juin, septembre et décembre. Ces jours-là, 4 produits dérivés expirent simultanément : les options sur les indices et les actions ainsi que les futures sur indices et actions également. Ces échéances se traduisent par d’énormes volumes d’échanges en bourse et plus de volatilité. En Europe, le phénomène a lieu à 11h45…

Le thème de la semaine: 1er anniversaire du rebond boursier

Un peu après la mi-février 2020, le début de la pandémie de coronavirus faisait vaciller puis chuter les économies et les marchés boursiers mondiaux. Pendant environ un mois, les principaux indices boursiers plongeaient jour après jour. Si la Chine, d’où était parti le virus, limitait relativement les dégâts sur 4 semaines (Hong Kong perdant 22% et Shanghai/Shenzhen 15%), les autres grands marchés internationaux chutaient plus lourdement. La bourse de Tokyo s’effondrait ainsi en un mois de 30%, Wall Street de 34 % et l’Europe de 35%. Mais le 23 mars 2020, les marchés boursiers entamaient une remontée dont la rapidité et la vigueur ont surpris plus d’un observateur. Ainsi comme on le voit sur le graphe ci-dessous, tous les principaux marchés boursiers ont retrouvé et même dépassé leur niveau de début 2020, mais le rebond a été effectué en ordre dispersé. L’indice technologique américain Nasdaq a le mieux performé, suivi par l’indice chinois de Shanghai-Shenzhen (même s’il a récemment baissé suite à certaines restrictions des autorités chinoises), l’Europe fermant par contre la marche.

En devises locales, le Nasdaq a bondi de 95.2% sur 1 an, le S&P 500 de 68.6%, le Nikkei de 82.3% et le CSI 300 de 43.2%. Mais, comme le montre le tableau ci-contre, la performance annuelle comparée en euros (qui s’est renforcé par rapport aux autres devises) indique néanmoins que l’Europe a bien rebondi, seuls le Nasdaq et la bourse japonaise faisant mieux.

Nous avons aussi examiné la progression des principaux secteurs cotés en bourse, selon les indices calculés par MSCI. Le secteur technologique est très souvent mis en avant dans les commentaires grâce à son poids important dans les indices globaux, surtout américains, sans parler évidemment du Nasdaq qui lui est essentiellement consacré. De fait, depuis début 2020, ce sont les actions technologiques qui affichent en moyenne la meilleure performance (+39.27%).

Néanmoins, sur 1 an, c’est le secteur énergie qui a le plus rebondi (+95.6%), porté surtout par les actions pétrolières, pénalisées doublement en mars 2020 (ralentissement économique ET effondrement technique des prix du pétrole); mais ce secteur reste toujours clairement en retrait par rapport à début 2020 (-16.2%). Sur un an encore, la consommation cyclique (+89.9%) et les matériaux (+78.5%) complètent le podium… suivis par la technologie (+71.1%). Par contre, 4 secteurs sont clairement moins recherchés depuis mars 2020, l’immobilier (+30%), les soins de santé (+27.6%), la consommation de base (+15%) et les services aux collectivités (+13.7%).

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