Tension obligataire, mise au pas chinoise et yoyo boursier

Hier

Jusqu’à vendredi, les marchés boursiers européens avaient progressé 4 jours de suite mais la dernière séance de la semaine a été baissière. Aux États-Unis vendredi a été par contre plus mitigé, le S&P progressant très légèrement.

Malgré cette fin de semaine empreinte de morosité, l’Europe boursière a gagné en moyenne 3.5% sur les 5 derniers jours et les États-Unis 2.6%, les marchés étant toujours stimulé par les programmes de relance (surtout US), les propos rassurants des dirigeants des banques centrales et les programmes massifs de vaccination laissant espérer une sortie progressive de la crise sanitaire. Par ailleurs, vendredi toujours, diverses statistiques telles que la production industrielle de la zone euro ou les prix à la production américains confirmaient à nouveau que l’économie est moins mal en point ou se porte mieux que craint précédemment. Corroborant ce constat, l’indice de confiance des consommateurs américains de l’Université du Michigan s’est d’ailleurs affiché en mars à un niveau plus élevé qu’escompté par les analystes. Et pour concrétiser cet optimisme, selon les données de EPFR Global et Bank of America (BofA), les investisseurs ont investi la semaine passée 31,5 milliards USD dans les actions (surtout dans les marchés émergents), tandis qu'ils ont retiré 1,8 milliard USD de l'or et 15,4 milliards USD des obligations.

Mais revers de la médaille, le retour en forme progressive de l’économie a ravivé les craintes d’inflation. Et les taux qui avaient entamé une décrue prononcée mardi se sont brusquement à nouveau raidis vendredi. Le taux US à 10 ans remontait ainsi à près de 1.64% et le Bund allemand à 10 ans à -0.31%. Et selon BofA, le gouvernement américain dépensera 879 millions USD par heure (!) en 2021 via ses différents plans de relance, ce qui entraînera soit une hausse des rendements obligataires, soit une baisse du dollar pour "financer l'excès budgétaire"…

L’indice Stoxx 600 Europe a donc fini en baisse de 0.26% vendredi, le secteur technologique (-1.6%) faisant à nouveau particulièrement les frais de la hausse des taux alors qu’inversement les financières reprenaient du poil de la bête (+0.8%). Le secteur énergie tirait aussi son épingle du jeu (+0.8%) grâce aux progressions de sociétés comme Eni, Repsol ou BP, elles même profitant d’un pétrole (Brent) frisant les 70 USD le baril. Le S&P 500 américain est parvenu de justesse à garder la tête hors de l’eau, gagnant 0.10 %, les technologiques (-0.7%) et les services de communications (-0.9%) pesant sur la séance - le Nasdaq abandonnant d’ailleurs 0.6% - alors que les financières (+1.1%), les industrielles (+1.3%), l’immobilier (+1.5%) et les services aux collectivités (+1.3%) ne parvenaient pas à ramener l’indice dans le vert.

Mais la nouvelle du jour aura probablement été l’annonce que les autorités chinoises confirment un contrôle accru d’une douzaine de grandes sociétés cotées (dont Tencent, Didi Chuxing, Baidu et SoftBank) qui se sont vu infliger des amendes (certes relativement limitées mais symboliquement importantes) parce qu’elles auraient violé les règles anti-monopole. Indirectement, l’action Prosus (filiale de la société sud-africaine Naspers) qui détient 30.9% de Tencent, chutait lourdement à Amsterdam (-6.7%).

Et par ailleurs, selon le Wall Street Journal (WSJ), Alibaba pourrait se voir infliger une amende record de près d’1 milliard USD (!), les autorités chinoises lui reprochant d'obliger les commerçants qui vendent sur ses sites à lui accorder l'exclusivité, en s'interdisant de commercialiser leurs biens ou services sur d'autres plateformes de vente en ligne (comme JD.Com) selon une pratique appelée "choisir un parmi deux". Dans la même journée, on apprenait la "démission pour raisons personnelles" du patron d’Ant Group, filiale financière importante d’Alibaba, dont la gigantesque introduction en bourse fin 2020 avait été annulée au dernier moment après que Jack Ma ait critiqué le rôle des régulateurs chinois… On voit d’ailleurs sur le graphe ci-dessous que le cours d’Alibaba (en blanc) à commencer à décrocher (par rapport aux bourses de Hong Kong -en orange- et de Wall Street -en jaune- où elle est cotée) au moment des ennuis avec Ant Group.

Mais, selon le WSJ, il semblerait que les autorités chinoises ne souhaitent toutefois pas "écraser une entreprise technologique aussi populaire auprès des Chinois que des investisseurs étrangers tant qu'elle prend ses distances avec Jack Ma - son fondateur, trop indépendant et trop critique vis-à-vis du pouvoir - et qu'elle s'aligne davantage sur le Parti communiste au pouvoir". Signe que les investisseurs ne semblent pas s’inquiéter outre-mesure de la stigmatisation des autorités chinoises vis-à-vis d’Alibaba, sur les 61 analystes qui suivent l’action, 59 sont à l’achat et 2 recommandent de "garder", aucun ne vendant. Et l’objectif moyen du consensus selon Bloomberg laisse entrevoir un potentiel de hausse du titre de près de 40%.

Aujourd'hui

Ce matin (7h40), les marchés boursiers asiatiques ne sont guère en forme. Mais Tokyo est quand même en légère hausse (+0.2%) grâce au bond de 24% du géant technologique Rakuten qui montre de grandes ambitions (notamment dans le mobile) et qui vient d’annoncer une augmentation de capital souscrite notamment par Tencent, Walmart ou Japan Post qui appuient sa stratégie. Par contre Séoul baisse de 0.3% environ et Hong Kong de 0.3% aussi. Mais les bourses continentales chinoises (Shanghai-Shenzhen) chutent beaucoup plus lourdement (près de 3% de baisse), le contrôle renforcé des autorités financières chinoises vis-à-vis de plusieurs grandes sociétés inquiétant certains. Les cours de Tencent et Alibaba chutent ainsi actuellement de plusieurs pourcents. Par ailleurs, si l'activité économique de la Chine a bondi au cours des deux premiers mois de l'année, la dynamique sous-jacente montre un rebond à deux vitesses, avec une forte production industrielle et une forte demande d'exportations, mais une reprise de la consommation qui tarde à venir. A noter enfin, que Pékin subit ce lundi matin une énorme tempête de sable combinée à une pollution atmosphérique élevée et dangereuse qui devient un problème préoccupant pour les dirigeants chinois…

Au niveau des contrats à terme des bourses européennes et américaines, l’image est contrastée. Si on peut s’attendre pour l’instant à une ouverture légèrement en hausse en Europe (+0.24%), Wall Street pourrait ouvrir en baisse (-0.11%), les actions technologiques pesant à nouveau apparemment sur la tendance. À noter que l'Amérique du Nord est passée à l'heure d'été ce dimanche, et donc, dès aujourd’hui Wall Street ouvrira une heure plus tôt, à 14h30, pour fermer à 21h. Et cela, pour une durée de deux semaines puisque le même mouvement sur nos montres aura lieu d’ici la fin du mois. Côté statistiques la très scrutée décision de la FED américaine en matière de politique monétaire, qui aura lieu ce mercredi, est donc attendue pour 19h, heure belge, et non 20h.

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