917475538
917475538

Détente sur les taux, marchés en hausse - La fièvre des SPAC

Hier

À l’ouverture des marchés boursiers européens jeudi matin, les indices étaient légèrement à la hausse, soutenus par l’adoption, aux USA, du plan massif de relance de 1900 milliards USD et aussi par les chiffres jugés rassurants de l’inflation américaine. En effet, ces derniers jours, les bourses fluctuent beaucoup au gré des informations alimentant, ou au contraire démentant, les craintes d’un retour de l’inflation et une hausse rapide des taux. Dans ce cadre, hier jeudi tous les regards étaient tournés vers la BCE (Banque Centrale Européenne) et le discours de Christine Lagarde. Si la BCE n’a pas modifié sa politique en matières de taux (-0,5% pour le taux de dépôt, 0% pour le taux de refinancement et 0,25% pour celui de la facilité de prêt marginal), elle a néanmoins décidé d’augmenter ses achats d’obligations dans les mois à venir afin de contenir la hausse des rendements obligataires qui menace de faire dérailler la reprise économique européenne

Logiquement, les rendements obligataires ont donc baissé, notamment le Bund allemand à 10 ans (retombé à -0.33% alors qu’il était remonté à -0.20% fin février) et les places boursières européennes ont quelque peu étendu leurs gains. Dans l’après-midi, le sentiment positif des investisseurs a alors été renforcé par les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis qui ont diminué plus que prévu, grâce à l’amélioration de la situation sanitaire.

Finalement, l’indice boursier Stoxx 600 européen a clôturé en hausse de près de 0.5%, avec sans surprise la plus forte progression enregistrée par le secteur technologique (+2.64%), très sensible aux taux pour les valorisations des bénéfices futurs, ainsi que par les services aux collectivités (+1.36%) pour lesquels les dettes constituent souvent une variable importante de leur business. Le secteur de la consommation cyclique a également profité d’une vague d’achats (+1.35%). Inversement le secteur financier a logiquement le plus souffert (-0.6%) de la détente des taux.

Aux États-Unis, le S&P 500 a atteint un nouveau plus haut niveau historique en progressant de 1.04%, le Nasdaq gagnant lui 2.52%. La décrue des taux a aussi fortement favorisé, comme en Europe, le secteur technologique (+2.12%), ainsi que les services de communication (+1.77%) et la consommation cyclique (+1.56%). Certains pourraient ici s’étonner qu’alors que les secteurs technologiques ont progressé de plus de 2% tant en Europe qu’aux USA, l’indice général a moins profité sur le vieux continent (Stoxx 600) qu’outre atlantique (S&P 500).  

L’explication est simple pourtant, comme le montre le tableau ci-contre, sur base des cours d’hier soir: le poids des actions technologiques (auxquelles on peut rajouter les services de communication, également à connotation technologique) est beaucoup plus important aux USA qu’en Europe, cette dernière étant plus influencée par l’économie traditionnelle (Industrie, matériaux, finance et consommation de base).

Aujourd'hui

Ce vendredi matin (7h30), si la bourse de Hong Kong fait grise mine (-0.9%), et si Shanghai-Shenzhen est quasiment inchangée, tous les autres marchés asiatiques importants sont en hausse, comme Séoul (+1.4%) et surtout Tokyo (+1.6%). La bourse japonaise profite notamment de la forte hausse du géant japonais des services internet Rakuten (e-commerce, fintech, mobile) suite à son rapprochement avec Japan Post Holdings. Signe d’ailleurs de l’engouement pour les actions du commerce internet, le numéro 1 de l’e-commerce sud-coréen Coupang a fait hier une entrée tonitruante à Wall Street. Elle a cloturé en hausse de 22% pour son premier jour de cotation, valorisant la société à plus de 84 milliards USD…

Les futures (contrats à terme) sont actuellement peu clairs sur la direction que prendraient les marchés boursiers européens et américains à l’ouverture, on s’orienterait ainsi vers des marchés relativement inchangés par rapport à hier, voire en très léger retrait. Mais à confirmer dans les prochaines heures!

Les craintes quant au processus inflationniste sont maintenant un peu retombées, mais les opérateurs seront encore néanmoins attentifs, en cette fin de semaine, à différentes statistiques concernant l’inflation comme l’indice des prix à la consommation allemand de février. Mais en cours de matinée, on jettera aussi un œil sur la production industrielle en janvier en zone euro puis, après-midi, sur les prix à la production industrielle de février aux USA et à l’indice de confiance de l’Université du Michigan de mars.

Le thème de la semaine: La fièvre des spac

Si quelques SPAC ont commencé à voir le jour sur plusieurs places boursières d’Europe à partir de 2007, où Amsterdam semble briguer la place de "capitale européenne" de cet instrument, le phénomène est connu depuis les années 1980 à Wall Street, même si un engouement récent à fait littéralement exploser le nombre de SPAC cotées aux USA.

Mais qu’est-ce qu’une SPAC? Une SPAC pour "Special Purpose Acquisition Company" (qu’on peut traduire en "Société d’Acquisition à Finalité Spécifique") est un véhicule de placement coté en bourse dont les actions représentent initialement une société sans activité commerciale. Cette société est constituée dans le seul but de lever des capitaux par le biais d’une introduction en bourse (IPO) avec comme objectif d’acquérir dans un délai déterminé (en général 1 an et demi à 2 ans) une ou plusieurs sociétés existantes. On parle ainsi aussi de "fusion inversée". En investissant dans une SPAC, l’investisseur ne sait donc pas exactement où vont aller les fonds levés par la société (elle ne dispose au départ que de cash), raison pour laquelle les SPAC sont aussi qualifiées de "sociétés chèque en blanc".

Ces véhicules sont créés par des investisseurs reconnus, privés (Xavier Niel, Richard Branson, Bill Gates,…) ou institutionnels, dans les domaines définis par la SPAC qui sont le plus souvent des start-ups technologiques ou des sociétés de secteurs ayant beaucoup de potentiel (les batteries électriques par exemple). Ces experts ont parfois déjà une ou plusieurs cibles d’investissement qu’ils ont identifiées. Mais ils ne veulent pas les divulguer lors de l’IPO. Si endéans un délai déterminé la SPAC n’a pas investi, elle restitue l’argent déposé par les investisseurs, moins les frais de fonctionnement.

Comme le montre le tableau ci-contre, les SPAC aux USA avaient connu un premier engouement en 2007, l’année précédant la grande crise financière et boursière. Ensuite, le système était retombé en léthargie jusque 2017-2018. Mais en 2020, le nombre de nouvelles SPAC a littéralement explosé, représentant 248 IPOs, soit 55% du nombre total d’introductions en bourse aux États-Unis, pour un montant de 83 milliards USD soit 46% du total!

Le phénomène semble encore accélérer en ce début 2021, le nombre de nouvelles SPAC (224) étant déjà quasi identique au total de 2020. Et elles représentent même cette année 83% de toutes les IPOs américaines et près de ¾ des montants levés.

On notera en passant qu’à priori une SPAC n’a pas une taille importante, de l’ordre d’un peu plus de 300 millions USD, soit ce qu’on appelle d’habitude une "small cap".

Plusieurs raisons expliquent le succès grandissant des SPAC et en particulier l’abondance de liquidités sur le marché ou le goût du risque accru dans un environnement de taux d’intérêt (trop) peu élevés. Mais c’est aussi pouvoir investir "comme en private equity" en offrant les avantage de la bourse (transparence, information et réglementation). S’introduire en bourse via une SPAC peut aussi être intéressant pour une petite société qui évitera ainsi de faire elle-même même une IPO avec la lourdeur administrative que cela suppose. Sans compter que selon certains la vente à une SPAC peut également ajouter jusqu’à 20% au prix de vente par rapport à une opération de private equity classique.

Mais investir dans une SPAC comporte des risques importants car le succès ou non d’une opération dépendra non seulement de la qualité de la société, du prix payé pour cette acquisition mais aussi de la qualité des dirigeants et sponsors de l’opération. Si certaines SPAC ont connu des hausses fulgurantes (Draftkings, Betterware, Iridium, QuantumScape,…), nombreuses sont celles aussi à végéter voire à connaître de terribles déconvenues comme Nikola (camions à hydrogène) passé de 10 USD lors de l’IPO (mai 2018) à près de 80 USD (septembre 2020) avant de complètement s’effondrer ensuite, l’affaire s’apparentant à une vaste fraude sur fonds de faux prototype et de promesses non tenues…

Vous souhaitez plus d’informations sur nos services CBC Private Banking? N’hésitez pas à demander une première entrevue sans engagement.

Prendre rendez-vous

Avertissement

Cette publication a été rédigée par Michel Ernst, Stratégiste Actions de CBC Banque. Toutes les considérations reprises dans cette publication reflètent l'analyse personnelle de l’auteur à la date mentionnée. Cette analyse est basée sur des sources accessibles au public et prend en compte des éléments relevant des contextes économique, politique et financier du moment. Elle est donc susceptible d’être modifiée à tout moment, sans notification préalable. 

Les données de cette publication sont générales et purement informatives. Ces informations ne peuvent pas être considérées comme une offre d'achat ou de vente d'instruments financiers. Elles ne peuvent pas non plus être assimilées à des conseils ou recommandations d'investissement ou à des recherches en investissements au sens de la législation et de la réglementation sur les marchés d'instruments financiers.

Bien que les informations fournies se fondent sur des sources pouvant être considérées comme fiables, et bien que toutes les précautions raisonnables aient été prises pour préparer ce document, CBC Banque ne garantit ni son exactitude ni son exhaustivité. 

Ni CBC Banque ni aucune entité du Groupe KBC ne pourra être tenue pour responsable des conséquences pouvant résulter de l’utilisation des informations, opinions ou estimations contenues dans le présent document.

L’auteur de ce document confirme ne pas détenir, pour compte propre, à la date de la publication, d’instruments financiers émis par les sociétés qui pourraient y être mentionnées.

Toute transmission, vente, diffusion ou reproduction des informations, publications et données est interdite sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, sauf autorisation expresse, écrite et préalable de CBC Banque, CBC Banque SA, Avenue Albert Ier 60, 5000 Namur, Belgique. TVA BE 0403.211.380, RPM Liège division Namur, FSMA 017588 A.

Nous utilisons des cookies et technologies similaires pour garantir le bon fonctionnement de notre site internet et rendre votre navigation plus agréable. Ils nous permettent aussi d’adapter notre site à vos besoins et préférences. En continuant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de ces cookies. Vous souhaitez en savoir plus? Ou vous n’êtes pas d’accord? Cliquez ici.