Rebond des marchés boursiers - Une bulle dans l’hydrogène?

Hier

Mardi les bourses européennes ont globalement un peu progressé à la clôture, les actions du secteur des matériaux faisant office de locomotives alors que les actions technologiques et celles du secteur des collectivités menaient les perdants. Au niveau des marchés individuels, la bourse suisse sortait du lot avec un gain de 1% en fin de journée. L’Allemagne, l’Angleterre et la France ont vu aussi leurs marchés boursiers progresser alors que l’Espagne et les Pays-Bas étaient en perte en fin de séance. À Wall Street l’indice S&P a fini en baisse de 0.8%, la hausse du secteur des matériaux ne suffisant pas à compenser la baisse de tous les autres secteurs, emmenés par la chute des actions de la consommation discrétionnaire (le secteur automobile en particulier) et la nouvelle baisse des actions technologiques. À ce titre on notera d’ailleurs le retrait marqué du Nasdaq (-1.7%).

Aujourd'hui

Ce matin, les bourses asiatiques ne semblent guère préoccupées par la baisse cette nuit des marchés américains et progressent toutes de concert probablement notamment grâce aux bonnes données économiques de leur grand voisin australien. La reprise en forme de V en Australie (confirmée pour les 3 derniers mois de 2020) a mis en évidence les attentes d'un rebond mondial qui stimule les bénéfices et soutient la hausse des actions. Par ailleurs l’accalmie observée depuis lundi sur le front obligataire, avec la décrue du rendement des obligations d’Etat américaines à 10 ans - à 1.40% actuellement, continue aussi de rassurer les investisseurs. Enfin les campagnes de vaccination devraient accélérer aux USA après le feu vert de l’autorité sanitaire américaine au 3e vaccin (Johnson & Johnson) contre le Covid-19. Aujourd’hui les marchés seront attentifs à une toute une série d’indicateurs, dont des indices PMI européens et américains, les chiffres de l’emploi (enquête ADP) dans le secteur privé US, mais aussi l’indice des prix à la production et à l’importation dans l’industrie en janvier dans la zone euro et l’évolution des stocks hebdomadaires de pétrole aux États-Unis.

Ce matin (7h30) l’Asie est en hausse. La bourse de Tokyo gagne pour l’instant 0.5%, celle de Séoul 1.3% alors que les marchés boursiers chinois font à nouveau la course en tête, Hong Kong gagnant 2.1% et Shanghai-Shenzhen 1.5%. Les futures (contrats à terme) indiquent aussi actuellement une hausse possible de 0.4% à l’ouverture, tant pour les bourses européennes qu’américaines. À noter le léger rebond du pétrole après sa chute des 4 derniers jours.

Thème du jour: Une bulle dans l’hydrogène?

Ces derniers mois, de nombreux articles de presse se sont fait l’écho du potentiel important de ce secteur. Mais il y près de 4 ans déjà, le Figaro par exemple parlait de "ce gaz devenu un vecteur incontournable de la transition énergétique". Si l’hydrogène est l’élément le plus abondant de l’univers, il n’existe pas à l’état pur et entre notamment dans la composition de l’eau mais on le retrouve aussi dans le pétrole par exemple. Pour le produire, il faut donc utiliser des procédés chimiques pour le séparer des éléments auxquels il est associé.

Comme le précise l'IFPEN, "la molécule d'hydrogène, composée de deux atomes d'hydrogène, est particulièrement énergétique: 1 kg d'hydrogène libère environ trois fois plus d'énergie qu'1 kg d'essence". De plus, l'hydrogène, lorsqu'il est produit à partir de ressources renouvelables, est considéré comme non polluant. "Les rejets d'un véhicule à hydrogène sont composés uniquement d'eau. Il n'y a aucune émission de particule nocive ou de Co²", selon Air Liquide. De plus "On peut stocker les surplus d'énergies renouvelables pour pouvoir les réutiliser plus tard, ce qui n'est pas possible avec l'électricité. C'est un enjeu énorme permettant d'intégrer plus de renouvelable dans la consommation énergétique".

D'après une étude réalisée par le Hydrogen Council avec McKinsey (2017) "la demande annuelle d'hydrogène pourrait globalement être multipliée par dix d'ici à 2050 et représenter 18% de la demande énergétique finale totale dans le scénario des 2°C de limitation du réchauffement climatique". Si l’hydrogène est utilisé depuis des décennies comme matière première dans l’industrie (raffinage, chimie, aérospatiale,…), c'est surtout dans les transports que son usage évolue fortement. Mais paradoxalement le processus de production de l'hydrogène pose pour l'instant problème car à la fois polluant et coûteux. À ce jour, une très large majorité de l’hydrogène produit l’est à partir d’énergies fossiles ou de bois car utiliser des énergies renouvelables coûte beaucoup plus cher (l’hydrogène "vert" coûte 2 à 3 fois plus cher).

De nombreux projets industriels (Siemens Energy, Air Liquide, Schlumberger, Linde,…) émergent ainsi dans la filière. Et notamment tous ceux qui entendent mettre sur pied des capacités de production d'électrolyseurs capables de produire de l'hydrogène "vert" via les plans de soutien public annoncés en Europe, comme en Allemagne ou en France. Ces plans laissent espérer un vrai décollage de l’hydrogène pour l'industrie ou la mobilité lourde (camions, bus, trains…).

Ces espoirs ont entrainé ces derniers mois une frénésie boursière incroyable pour de nombreuses sociétés du secteur de l’hydrogène, un des derniers exemples en date étant l’introduction en bourse de HRS (Hydrogen Refueling Solutions), qui fabrique des stations de ravitaillement pour les véhicules à hydrogène. Cette petite société française (34 salariés seulement), introduite en février 2021 vaut actuellement en bourse près de 570 millions euros alors que son chiffre d’affaires 2019 n’atteignait même pas 5 millions (et un objectif de 85 millions d’ici 5 ans) et qu’elle est toujours en perte… Une autre petite société française du secteur, McPhy, introduite en 2014, toujours en perte et dont le cours végétait depuis a vu son cours de bourse multiplié par presque 7 en un an. Nel (Norvège) ou ITM Power (Angleterre), aux résultats aussi anecdotiques, valent chacune plus de 3 milliards euros en bourse. Euphorie identique pour les cours de producteurs de piles à combustibles comme les britanniques Ceres Power et AFC Energy dont les actions ont "explosé" en un an.

SOLACTIVE HYDROGEN TOP SELECTION INDEX

L’indice ci-contre, qui regroupe 16 sociétés actives dans le secteur (comme Nel - le poids le plus important - mais aussi Ballard Power Systems, Plug Power, Technip Energies,…) a presque triplé en 11 mois même si on voit que cet indice a baissé, comme les cours des composants, ces dernières semaines. À noter que selon Morgan Stanley les principaux bénéficiaires du développement dans l’utilisation de l’hydrogène en Europe sont par contre Air Liquide (48% de part de marché mais seulement 10% des ventes), Linde (22% de part de marché et 5% des ventes) et Air Products (21% du marché, 24% des ventes).

Bulle spéculative ou pas, difficile actuellement d’y répondre. Mais peut-être que l’avenir de la filière hydrogène va se jouer dans sa concurrence avec la filière électrique. Morgan Stanley prévoit que les véhicules utilisant une pile à combustible alimentée par de l’hydrogène devraient représenter 3% du marché automobile en 2030 (20% pour les véhicules électriques à batterie). Outre la concurrence électrique et même si Morgan Stanley estime que l’hydrogène devrait ensuite représenter 35% du marché en 2050, l’exemple récent des voitures à hydrogène de Toyota montre qu’il est difficile actuellement de convaincre les clients automobiles de cette technologie, en raison des inquiétudes concernant le manque de stations de ravitaillement, la valeur de revente et le risque d'explosion de l'hydrogène.

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