Des marchés boursiers moroses - Pénurie des semi-conducteurs

Hier

Hier mercredi, l’indice Stoxx Europe 600 a reculé de 0,74%, les valeurs technologiques étant les plus pénalisées, suivies des actions du secteur de la consommation discrétionnaire alors que la hausse des secteurs de l’énergie et des services aux collectivités a permis de quelque peu atténuer cette tendance baissière. Au niveau des actions individuelles européennes, on aura noté la chute (-7,2%) du groupe de luxe français Kering, pénalisé par les résultats décevants de Gucci (sa marque phare représentant la plus grosse partie de ses revenus) alors que ses concurrents comme Dior ou Louis Vuitton (groupe LVMH) ont mieux performé. Aux États-Unis, Wall Street a également terminé dans le rouge cette nuit, très légèrement pour l’indice global S&P 500 (-0,03%) alors que, tout comme en Europe, on notait davantage de pertes pour les valeurs technologiques, l’indice Nasdaq baissant de 0,6%.

Aujourd'hui

Ce matin (7h30) la tendance n’est guère plus enthousiasmante. Au-delà des facteurs positifs renforçant les hypothèses d’une reprise économique, positive pour les marchés boursiers, les investisseurs commencent à s’inquiéter d’une trop forte reprise de l’inflation et des taux d’intérêt. Il est vrai que l’été passé, le taux à 10 ans américain n’était qu’à 0,5% et que maintenant il vient d’atteindre 1,28%. En Europe aussi les taux remontent. Ainsi en Allemagne, sur le marché primaire, le pays a vendu ce mercredi pour 1,2 milliard d’euros de Bunds à 30 ans assortis d’un rendement moyen de 0,1%. C’est la première fois que l’Allemagne paye pour emprunter depuis mars 2020.

En Asie, les marchés asiatiques sont tous dans le rouge. La bourse de Tokyo baisse de 0,2%, celle de Hong-Kong de 1,3% et celle de Séoul de 1,5%. Les bourses continentales chinoises, Shanghai et Shenzhen, qui viennent de rouvrir après une fermeture d’une semaine due au Nouvel An chinois, ne sont guère plus alertes et perdent 1%. Du côté des futures (contrats à terme), la tendance n’est pas très claire ce matin, on pourrait aller vers une ouverture relativement inchangée tant pour l’Europe que pour les Etats-Unis, mais à confirmer dans les heures qui viennent. Les opérateurs boursiers devraient réagir aujourd’hui aux nombreux résultats de sociétés, de même qu’à certaines statistiques comme les chiffres de l’emploi et de l’immobilier américain. À noter aussi la nouvelle hausse du pétrole, le Brent dépassant les 65 USD le baril alors que le dollar reste relativement inchangé par rapport à l’euro.

Thème du jour: la pénurie des semi-conducteurs

En 2020 les mesures prises par la plupart des gouvernements dans le monde pour contrer la pandémie ont freiné voire arrêté l’activité de certains secteurs économiques. Mais d’autres secteurs ont bénéficié des mesures de confinement comme ceux profitant de l’instauration du télétravail, de la suspension ou de l’arrêt des cours dans les écoles, des loisirs forcés à la maison pour beaucoup d’indépendants ayant dû fermer leurs commerces, etc. Et dans ce cadre, on a constaté notamment une forte augmentation des achats de PC portables (pour télétravailler, pour suivre des cours en visio-conférence ou tout simplement surfer sur internet pendant ses longues heures de loisir), des consoles de jeux, des télévisions et autres appareils électroniques. Selon la société d’analyse de marché Canalys, en 2020 les ventes totales de PC ont augmenté de 11% pour atteindre 297 millions d'unités soit la croissance annuelle la plus élevée depuis 2010 et le volume d'expédition le plus important depuis 2014. La croissance du marché mondial des PC en 2020 a été à elle seule tirée par les ordinateurs portables et les stations de travail mobiles (235 millions d’unités vendues, + 25% par rapport à 2019) alors que les ventes de PC fixes (ou "desktops") ont chuté à 62 millions (-22% par rapport à 2019) comme le montre le graphe suivant. A noter que 5 firmes (Lenovo, HP, Dell, Apple et Acer) représentent 80% de ces ventes de PC.

Corollairement à cette forte augmentation de ventes de PC, les sociétés qui fabriquent les semi-conducteurs (un composant essentiel de la plupart des appareils électroniques) ont alors été débordées de commandes. Par ailleurs l’arrivée progressive des smartphones 5G a encore accentué la demande de semi-conducteurs, tout comme celle des consoles de dernière génération telles que la PlayStation 5 de Sony. Et la chasse à ces composants a encore été accentuée en 2020 quand D. Trump a interdit à la société technologique chinoise Huawei de s’approvisionner notamment en semi-conducteurs sur le marché américain ce qui l’a incité, pour éviter la pénurie, à constituer des stocks importants. Et des concurrents l’ont aussi imité…

Et alors que la situation dans ce secteur des semi-conducteurs était déjà tendue, la reprise des ventes de l’industrie automobile, un moment arrêtées par la pandémie, est venue accentuer la tension. Depuis quelques semaines on ne compte plus les producteurs automobiles déclarant tour à tour devoir freiner ou arrêter la production dans certaines usines par manque de semi-conducteurs. De Stellantis (fusion PSA-Fiat-Chrysler) à Renault en passant par Volkswagen en Europe, de Ford à GM aux USA, de Nissan, Toyota ou Huyndai en Asie, la plupart des sociétés automobiles sont touchées. En Belgique aussi Audi vient d’annoncer l’arrêt momentané de son usine bruxelloise… L’inquiétude est d’ailleurs renforcée dans le secteur automobile par le fait qu’il semblerait que les producteurs de puces électroniques donnent la priorité aux secteurs technologiques (pc, smartphones, consoles,…) plus importants et rentables que celui des voitures.
Actuellement le secteur des producteurs de semi-conducteurs est dominé par 3 pays: les USA (Intel, Micro Technology, Qualcomm, Broadcom, Nvidia,…), la Corée du Sud (Samsung, Hynix,…) et Taiwan (TSMC, MediaTek,…). L’Europe suit en 4e position (Infineon, STMicroelectronics,…). La Chine est clairement en retard: selon SIA (Semiconductor Industry Association), la Chine ne représente actuellement que 5% de la production mondiale de puces électroniques. Mais Pékin a lancé un énorme programme d’investissements visant à atténuer sa dépendance aux microprocesseurs étrangers.

Et l’enjeu dépasse donc la simple sphère économique pour devenir géopolitique: alors que la reprise économique succède progressivement au marasme engendré par la pandémie, il est évident pour tous les gouvernements qu’il est impératif de ne pas être absent de l’industrie des semi-conducteurs, aussi vitaux pour des secteurs stratégiques comme les technologies ou l’automobile. Et les occidentaux, États-Unis et Europe, entendent bien ne pas laisser les asiatiques occuper une place trop importante à terme. En Europe d’ailleurs, en décembre 2020, 16 pays européens ont annoncé unir leurs forces pour produire davantage de microprocesseurs et être moins dépendants de l’étranger alors que la pénurie de composants pourrait encore perdurer jusque l’année prochaine…

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