Investir en actions? Plus que jamais, there is no alternative

La crise liée à la pandémie est toujours bien présente. L’inflation est repartie à la hausse en mars dernier, et si les taux d’intérêt frémissent, l’argent placé sur les comptes d’épargne ne cesse de perdre en pouvoir d’achat. Comment, dans ces conditions, investir efficacement son argent? C’est le thème de la table ronde organisée par CBC Banque Privée en collaboration avec Echo Connect.

On observe une recrudescence du réflexe d’épargne en Belgique. Pensez-vous que ce mouvement est appelé à durer?

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Une étude de CBC indique que 45% des répondants - soit 10% de plus qu’auparavant - disent épargner plus de 200 euros par mois.

Xavier Falla, directeur général Banque privée chez CBC

Xavier Falla: "On a effectivement atteint un niveau record de l’épargne dans notre pays: 295 milliards d’euros, avec une augmentation de 15 milliards pour la seule année 2020. Et cette tendance ne semble pas devoir s’infléchir dans l’immédiat. Une étude de CBC indique que 45% des répondants - soit 10% de plus qu’auparavant - disent épargner plus de 200 euros par mois. Et même si les taux d’intérêt demeurent très bas, 86% des personnes interrogées confient que leur premier réflexe reste de placer leur argent sur un compte d’épargne."

Michel Ernst: "Pourtant, le compte d’épargne affiche un taux d’intérêt de 0,11% brut en Belgique. À comparer aux 2% de l’inflation moyenne en Europe! Autrement dit, les gens qui laissent trop longtemps leur argent sur un compte d’épargne perdent 2% en pouvoir d’achat."

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Les gens qui laissent trop longtemps leur argent sur un compte d’épargne perdent 2% chaque année en pouvoir d’achat.

Michel Ernst, stratégiste Actions senior chez CBC

Le compte d’épargne n’est donc pas une solution de long terme. Comment les obligations s’en sortent-elles dans ce domaine?

Michel Ernst: "Les taux bas leur ont fait perdre de leur éclat. L’État belge, par exemple, vient de refaire appel au marché en offrant quelques centimes pour des obligations à échéance 2031. Autant dire, rien du tout. Pour les obligations d’entreprise, on n’obtient une rémunération qu’en se tournant vers des entreprises nettement plus risquées. Quant aux obligations ‘anti-inflation’, elles sont peu nombreuses en Europe et affichent une duration longue. Or, les taux vont remonter, ce qui les rendra moins intéressantes. En conclusion, les seules obligations séduisantes actuellement sont les convertibles, qui peuvent être échangées à leur échéance contre des actions. Toutefois, elles sont elles aussi peu nombreuses sur le marché."

Qu’en est-il de l’or, la valeur-refuge par excellence?

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En tant qu’outil de placement, l’or a certaines qualités mais aussi de sérieux défauts.

Roland Gillet, professeur de finance à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Solvay Brussels School of Economics and Management

Roland Gillet (Professeur de finance à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Solvay Brussels School of Economics and Management): "En tant qu’outil de placement, l’or a certaines qualités mais aussi de sérieux défauts. Il souffre de coûts de transaction souvent élevés et fluctue très fortement. Je reste dès lors perplexe à l’idée de garantir un patrimoine avec une valeur-refuge qui connaît d’aussi larges variations. L’or peut certes offrir une certaine protection vis-à-vis de l’inflation. Mais en réalité, beaucoup d’éléments aléatoires et émotionnels interviennent dans son cours."

Michel Ernst: "Il existe une règle non écrite en la matière, selon laquelle l’or ne devrait pas représenter plus de 2 à 5% d’un portefeuille. N’oublions pas qu’il ne procure aucun intérêt, aucun rendement. L’investisseur en or place donc tous ses espoirs dans le fait que le cours de l’or évolue à la hausse afin d’en tirer une plus-value."

On parle beaucoup des cryptomonnaies depuis quelque temps. Représentent-elles une bonne solution en termes d’investissement?

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Deux phénomènes m’inquiètent plus particulièrement: les SPAC - ce que j’appelle la ‘super-pêche aux canards’ - et les cryptomonnaies.

Roland Gillet, professeur de finance à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Solvay Brussels School of Economics and Management

Roland Gillet: "Deux phénomènes m’inquiètent plus particulièrement: les SPAC et les cryptomonnaies. Les Special Purpose Acquisition Companies sont des sociétés qui n’ont pas encore trouvé de cible prometteuse mais qui tentent de convaincre des investisseurs de leur confier leur argent en leur assurant qu’elles réaliseront quelque chose de top. Personnellement, j’appelle ce système la ‘super-pêche aux canards’, car on ne sait jamais quelle sera la valeur du canard que l’on pêche – et plus souvent qu’à son tour, on se retrouve déçu! Quant aux cryptomonnaies, tout n’est pas mauvais bien sûr. La blockchain, la technologie qui les sous-tend, est très intéressante. De là à dire qu’on a ici une monnaie qui entre en rivalité avec des monnaies dotées d’un vraie crédibilité et soutenues par des banques centrales, des gouvernements et des autorités publiques…"

Michel Ernst: "Il faut être honnête et reconnaître que les cryptoassets sont des éléments ultra-spéculatifs. Ils relèvent plus du casino, du billet de loterie. Le bitcoin, après tout, vient de perdre 40% de sa valeur! Aucune méthode financière sérieuse ne valide la valeur d’un bitcoin."

Le Belge a toujours sa légendaire "brique dans le ventre". L’immobilier reste-t-il un refuge pour l’investisseur en mal de sécurité?

Xavier Falla: "S’il s’agit d’épargner afin d’acquérir son domicile propre, cela a évidemment du sens, moyennant un apport personnel d’environ 25% du total de l’achat, frais compris. Le faire pour diversifier ses investissements en étant soi-même investisseur immobilier? Pourquoi pas, même si, au final, le rendement net s’avère généralement décevant, autour de 2%. Comparez cela aux 5% de rendement net obtenu en moyenne avec les actions sur les 20 dernières années…"

Les actions seraient-elles donc le seul investissement digne de ce nom dans la période actuelle?

Michel Ernst: "Plus que jamais. There is no alternative! Les deux décennies écoulées ont été marquées par trois périodes difficiles: l’effondrement des valeurs internet voici 20 ans, la crise financière de 2008 et la pandémie depuis l’année dernière. Et vous obtenez malgré tout un rendement net de 5% en moyenne. Sur le plus long terme, on s’accorde le plus souvent sur un rendement de 6 à 7% en moyenne. L’idéal, à moins d’être un spécialiste ou d’avoir énormément de temps à y consacrer, est d’opter pour un fonds. Cela permet de diversifier les risques et de profiter du travail de professionnels."

Roland Gillet: "Le timing est aux actions, oui. Simplement, il faut prêter attention à la place accordée à ce type d’actifs, et donc aux évolutions à prévoir sur les marchés. L’important est d’équilibrer les actifs au sein d’un portefeuille, dans la durée."

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