Covid-19 et "super-cycle" des matières premières… Hasard, coïncidence ou vue de l’esprit?

Nous vivons depuis plus d’un an un ensemble de situations assez extraordinaires: hausse impressionnante des factures énergétiques, prix des matériaux de construction presque hors contrôle, énormes retards de livraison de voitures neuves etc… En bref, une inflation quasi généralisée sur ce que l’on nomme les "matières premières".
Et tout cela, depuis la fin de l’année 2020 et les premiers assouplissements dans les confinements liés à la pandémie de Covid-19… D’aucuns sont donc enclins à penser qu’il y a là un lien évident! Ce n’est certes pas faux mais cela annonce-t-il pour autant une longue période de prix élevés pour l’ensemble des matières premières comme certains l’affirment? Tentons ici de décrypter le phénomène et surtout de voir vers quoi il pourrait nous mener…

Pour commencer, il faut se rendre compte du fait que toutes les "matières premières" n’ont pas vu leurs prix s’envoler de la même façon ni pour les mêmes raisons…

Les périodes de confinement sévère que le monde a connues au milieu de l’année 2020 ont eu pour effet un arrêt plus ou moins important de la production dans de nombreux secteurs industriels. A ce moment donc, la demande pour certains intrants a chuté drastiquement.

Prenons l’exemple des sources "conventionnelles" d’énergie que sont le pétrole, le charbon et le gaz: avec l’arrêt des usines et le télétravail généralisé, la demande pour l’or noir a fortement chuté et ses cours se sont littéralement effondrés (rappelons-nous de cette journée "historique" du 20 avril 2020 où le prix d’un contrat futur sur le WTI est passé sous la barre de zéro dollar! La presse titrait alors "le prix du pétrole devient négatif"… c’était excessif, certes, mais symbolique!). A son niveau le plus bas, le prix du baril de brent s’est, lui, établi autour de 20 USD… mais nous venions de 65 USD juste avant le début des confinements. Rien d’étonnant donc à ce que la réouverture des économies, début 2021, ait coïncidé avec une remontée fulgurante des prix mais qui n’était en réalité qu’un phénomène de rattrapage! Et à ce jour, avec une cotation à environ 85 USD, nous sommes encore bien loin des plus hauts touchés sur la dernière décennie…

Néanmoins, cette remontée rapide des prix pétroliers, elle-même liée à une hausse des prix du charbon, pour des raisons techniques de soucis d’approvisionnement, a eu pour corollaire une sorte de mouvement de repli (ou de fuite…) vers le gaz qui, dans la foulée, a vu à son tour ses prix s’envoler… Attention, interviennent ici aussi des facteurs géopolitiques liés aux relations entre pays producteurs mais que nous n’avons malheureusement pas le loisir de développer ici.

Un autre exemple est celui des minerais utilisés dans la fabrication de divers appareils "modernes" tels que smartphones, laptops, panneaux photovoltaïques ou encore voitures électriques. Ici aussi, l’arrêt brutal de la production a eu pour effet une chute de la demande pour ces minerais (cuivre, cobalt, lithium…), conjuguée à un arrêt des opérations d’extraction (les sites miniers étant eux aussi souvent contraints au chômage). Ici donc, ce sont à la fois la demande et l’offre qui se sont effondrées et au moment du déconfinement, l’explosion de la demande n’a pu être suivie au même rythme par celle de l’offre créant ainsi un déséquilibre entraînant hausses de prix et pénuries!

Un dernier exemple, atypique, pour illustrer la généralisation de ces déséquilibres et les hausses de prix: celui du "bois d’œuvre" c’est-à-dire celui utilisé pour la construction ou l’ameublement. Les périodes de confinement ont incité de nombreuses personnes à créer ou aménager une nouvelle pièce dans leur habitation afin de pouvoir y "télétravailler" confortablement et cela a entraîné une hausse spectaculaire de la demande pour ce type de bois et donc une élévation sensible des prix. Élévation encore accrue par l’action de certains spéculateurs au "nez fin"…

Ces constats étant posés, la question cruciale est désormais de savoir si ces prix élevés vont le rester durablement… En d’autres termes :

Sommes-nous entrés dans un "super-cycle" des matières premières?

Et bien, je vous rassure de suite, il semble bien que la réponse soit négative!

Pour le comprendre, il nous faut d’abord comprendre ce que l’on nomme "super-cycle" et quelles en sont les caractéristiques.

Un "super-cycle" est une "augmentation durable des prix des matières premières, pendant plusieurs années voire une décennie, tirée par un "boom" de la demande(vous trouverez au bas de cet article un graphique illustrant les super-cycles que nous avons connus sur environ un siècle).

Les super-cycles diffèrent des fluctuations à court terme à trois égards importants:

  1. Ils reflètent principalement des changements structurels majeurs dans l’économie mondiale.
  2. Ils ont tendance à s’étendre sur une période très longue (jusqu’à quelques décennies) avec un mouvement complet de creux à creux.
  3. Les super-cycles sont observés sur un large éventail de produits de base, notamment l’énergie, les métaux et même les produits agricoles.

Ces trois conditions sont-elles actuellement respectées?

  1. Ce que nous avons connu en 2020 et 2021 ne peut certainement pas être qualifié de "changements structurels majeurs dans l’économie mondiale". Au contraire nous sommes face à un événement ponctuel, une perturbation conjoncturelle tout au plus.
  2. Ce mouvement s’étendra-t-il sur une longue période? Nous n’en savons bien sûr encore rien mais certains rééquilibrages apparaissent déjà dans certains domaines. En effet, si certains métaux industriels comme le cuivre, l’aluminium ou le cobalt sont prêts à connaître une décennie exceptionnelle, les combustibles fossiles ont peu de chances de participer à cette croissance structurelle à long terme dans le cadre de la transition écologique (cfr. le "Green Deal" européen entre autres).
  3. Enfin, oui, les hausses ont dans un premier temps touché tous les matériaux mais, comme évoqué ci-dessus, il semble évident que cela ne sera pas durable et que les prix de certains intrants vont diminuer au fur et à mesure du rééquilibrage entre offre et demande.

Fondamentalement, un super-cycle reflète une hausse structurelle de la demande pour de nombreux matériaux. Ici, le problème s’est surtout concentré du côté de l’offre qui s’est trouvée insuffisante du fait des confinements mais aussi plus fondamentalement des sous-investissements consentis après les fortes chutes de prix de 2014.

Si la demande a toutefois augmenté en 2021, c’est en raison de la nécessité de reconstituer les stocks des entreprises mais aussi sous l’effet de mouvements de pure spéculation. Il y a donc là une part de soutiens artificiels qui finiront par s’atténuer.

Nous sommes donc manifestement en mesure d’affirmer que:

  • Non, nous ne sommes pas entrés dans un nouveau super-cycle des matières premières.
  • Oui, nous pouvons tabler, pour les mois qui viennent, sur un rééquilibrage entre offre et demande sur de nombreux matériaux entraînant une détente sur les prix des intrants concernés.

Certes, comme évoqué plus haut, certains minerais verront leurs prix se maintenir à des niveaux très élevés voire encore progresser. Ainsi en sera-t-il sûrement du cuivre… Il faut en effet savoir que le "Green Deal" européen  a pour ambition de faire passer le parc de véhicules électriques de 2 millions d'unités à 13 millions d'unités d'ici 2025. Si cet objectif n’était pas revu à la baisse, la demande supplémentaire générée par ce seul plan effacerait tout excédent de cuivre au niveau mondial! Ce qui bien sûr, en l’état actuel des ressources connues et accessibles de ce minerai, ferait exploser les prix et mettrait potentiellement à mal le projet lui-même!

Mais il nous reste une carte dans ce grand "jeu" mondial des "commodities" encore mal considérée et peu "jouée": celle du recyclage! Face à des ressources limitées et une demande sans cesse croissante pour certains matériaux, développer ces filières de démantèlement, récupération et remploi des intrants les plus demandés pourrait être la clé de notre bien-être collectif!

 Mais il y a là de quoi écrire un tout autre article!

Alors, à bientôt peut-être… 

Graphique d'illustration

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