Le monde en images: Pas vraiment un air de fête...

analist Aandelen&Opties KBC Private Banking&Wealth

Les feux d'artifice étaient interdits pour fêter le Nouvel An et les marchés financiers n'ont pas non plus fait des étincelles durant les premières semaines de 2022.  Depuis quelques temps, la nervosité était palpable sur le marché, mais tant que les Bourses continuaient de grimper, il n'y avait pas de problème: 'let your profit run'. En Bourse, le vent peut cependant tourner rapidement et, en quelques jours, l'humeur s'est considérablement assombrie. Les tensions autour de l'Ukraine, l'inflation, les relèvements de taux aux États-Unis, la hausse des prix de l'énergie, le variant Omicron, etc.: subitement, c'en était trop et tout peut alors aller très vite.

Le mot de l'année 2022

À la fin de chaque année, le 'mot de l'année' est choisi, ainsi que le veut désormais la tradition. Sur les marchés financiers, 'l'inflation' pourrait déjà l'emporter, bien que 'la volatilité' figure aussi en bonne place. Les banques centrales du monde entier sont obligées d'enfoncer le  frein monétaire, dans certaines régions, un peu plus tôt que dans d'autres. Rien de nouveau, car nous savions déjà l'an dernier que la Réserve fédérale (Fed) allait mettre fin à l'ère de l'argent gratuit et qu'un nouveau cycle se profilait. Personne n'a donc été surpris le mercredi 26 janvier lorsque le président de la Réserve fédérale a annoncé un premier relèvement de taux pour le mois de mars. Jerome Powell n'a fait qu'annoncer ce qui était dans l'air depuis des mois. Mais les investisseurs voient plus loin et lisent entre les lignes et le ton du message constitue souvent une indication. Et la fermeté de Jerome Powell a créé la surprise. Fini de chouchouter les marchés: la Fed sort la grosse artillerie pour combattre l'inflation, n'en déplaise aux Bourses. Suit une réduction substantielle du bilan et la Fed n'en est pas à une hausse des taux près. Alors que fin 2021, nous tablions encore sur deux relèvements de taux pour 2022, le consensus en prévoit déjà quatre aujourd'hui, voire même cinq.  Les faucons de la Fed ont clairement repris les commandes et dictent la politique monétaire. Il est en effet évident que l'inflation sera 'élevée pour longtemps'. Ce message n'est cependant pas encore parvenu aux banquiers centraux européens, même si leur discours sur l'inflation temporairement élevée suscite les moqueries d'un nombre croissant d'observateurs du marché.

Que nous réserve la Bourse en 2022?

Hausse des taux et hausse des Bourses ne vont pas de pair, ainsi que l'affirment de nombreux manuels d'économie. Nous n'osons cependant pas nous montrer aussi extrêmes. Historiquement, les Bourses ont poursuivi leur progression pendant en moyenne 2,5 ans après un premier relèvement des taux. N'oublions pas que le moteur économique continue de tourner plus qu'honorablement. La hausse des taux aux États-Unis vise précisément à maintenir le train économique sur les rails plus longtemps et à le stabiliser. Les risques sont indéniables, mais jusqu'ici, on peut parler d'une saine correction.

La technologie a été la plus touchée. La comparaison avec la crise des dotcoms du début de ce siècle n'a absolument pas lieu d'être, même si de nombreuses sociétés de croissance ont vu leur cours s'effondrer. Depuis le sommet atteint en novembre dernier, la perte moyenne des entreprises de l'indice technologique Nasdaq Comp oscille autour de 45%, tandis que l'indice a cédé 17% depuis le début de l'année (au 27 janvier). Impressionnant. Les poids lourds technologiques ont relativement bien résisté et, dans les derniers jours de janvier, l'indice a pu largement se redresser pour clôturer le mois sur une perte de 9%.

Les valorisations se sont dégonflées depuis lors. N'oublions pas que les grandes entreprises technologiques sont assises sur des milliards de dollars de liquidités et qu'une hausse des taux a peu d'impact sur leur fonctionnement financier. Entre-temps, elles poursuivent tranquillement leurs rachats d'actions propres.

Une prévision pour 2022 s'avère néanmoins difficile. Comment les risques évoluent-ils?  En ce qui concerne la Covid, la fin est-elle maintenant définitivement en vue ou le scénario de l'été dernier va-t-il se répéter? Tôt ou tard, les prix de l'énergie repartiront à la baisse, mais nul ne peut dire quand. Une économie qui tourne à plein régime et les risques géopolitiques pourraient maintenir le prix du pétrole à un niveau élevé pendant un certain temps encore. En ce qui concerne les tensions autour de l'Ukraine, Vladimir Poutine est le seul à savoir où il va. Mais le sait-il vraiment? Il n'y a pas de vainqueur dans ce conflit. Si la Russie ferme le robinet du gaz, elle se brûle les ailes. Elle a besoin des dollars du pétrole et du gaz et dans la transition vers l'énergie verte, le tableau est loin d'être rose pour Moscou. En outre, l'économie d'un pays aussi gigantesque que la Russie ne pèse pas plus lourd que celle de l'Espagne. À part s'enorgueillir d'avoir étendu son empire, la Russie ne gagne rien à une escalade du conflit

Tableau: Performances du S&P 500 au mois de janvier et performances annuelles

L'adage boursier selon lequel le rendement du premier mois de l'année détermine le rendement annuel doit être nuancé. Ainsi, en janvier 2016, les Bourses avaient aussi bu la tasse, mais le S&P 500 avait clôturé l'année sur un rendement de 9,5%. En 2010 et 2014 également, l'année avait commencé sur une fausse note, mais avait en fin de compte été positive.

Baromètre macroéconomique

La confiance des consommateurs américains a légèrement baissé le mois dernier à 113,8, contre 115,2 à la fin de 2021. Joe Sixpack est prêt à débourser pour une maison ou une voiture, bien que son optimisme à l'égard des entreprises et du marché se soit émoussé. Le FMI a cependant revu à la baisse les prévisions économiques pour les États-Unis et la Chine. Bien entendu, ses motivations ne nous surprennent pas: pandémie, inflation, blocages dans la chaîne d'approvisionnement et suppression des mesures de relance monétaire. Sans oublier l'absence d'un plan ambitieux de dépenses sociales et environnementales aux États-Unis. Le FMI prévoit désormais pour 2022 une croissance mondiale de 4,4%, contre les 4,9% prévus précédemment.

En Europe, l'attention s'est focalisée sur les indicateurs PMI. Nous avons enregistré une légère baisse à 52,4 points, mais ce chiffre reste supérieur au seuil des 50 points. L'activité dans le secteur des services s'est également essoufflée, mais les retards de la chaîne d'approvisionnement se résorbent, ce qui est bien entendu une bonne nouvelle. En Belgique, les consommateurs restent optimistes. L'indicateur de confiance a augmenté le mois dernier pour la première fois depuis octobre.

Pour les autorités chinoises, nul besoin de refroidir l'économie, au contraire. La banque centrale a réduit son taux directeur pour la deuxième fois en un mois et il semble qu'il ne s'agisse là que de ses premières interventions. La Chine a cependant enregistré un excédent commercial record grâce à de solides exportations. Son excédent de 676 milliards USD est le plus élevé depuis le début des mesures en 1950. Les risques pour la Chine? Les problèmes du secteur immobilier continuent d'inquiéter les investisseurs et la pandémie de Covid handicape également la productivité. Si l'Occident montre encore une certaine tolérance à l'égard du variant Omicron, la Chine confine ses villes à la moindre contamination, ce qui comprime bien entendu l'activité économique.

Allocation des actifs

  • Malgré les risques, nous tablons pour 2022 sur le maintien d'une croissance supérieure à la moyenne, soutenue par un consommateur solide.

  • L'inflation restera élevée pendant quelque temps, mais nous prévoyons sa décrue au second semestre. Les tensions géopolitiques pourraient cependant encore provoquer un sursaut temporaire.

  • Marchés d'actions: les données macroéconomiques et les résultats des entreprises restent robustes et il y a de la marge pour de bonnes surprises en termes de bénéfices. La volatilité est un atout, mais la croissance économique et les solides résultats des entreprises entretiennent l'optimisme. Dans la sélection des actions, la qualité reste un critère indiscutable. Nous profitons du recul des cours pour encore augmenter les positions en actions.

  • Sur le plan sectoriel, notre préférence va aux secteurs cycliques, ces entreprises qui se portent bien en période de forte croissance économique: biens d'équipement, entreprises chimiques, énergie. Les secteurs défensifs sont sous-pondérés, la santé conservant notre préférence. 

Marchés à revenu fixe

2022 a commencé sur une fausse note. Un ensemble de facteurs géopolitiques et économiques engendre une volatilité très élevée sur le marché.

L'intensification des tensions à la frontière orientale de l'Europe vient bien entendu en premier lieu. Les craintes d'un conflit armé entre la Russie et l'Occident autour de l'Ukraine creusent les différentiels de crédit, surtout sur les obligations d'entreprises risquées. Pour les obligations américaines à haut rendement, ces différentiels ont augmenté de 40 points de base depuis le début du mois. Les obligations de pacotille européennes ne font guère mieux et ont vu le différentiel de crédit s'élargir d'environ 30 points de base.

Normalement, les obligations d'État sûres offrent une protection contre la baisse des cours des actifs risqués. Pas cette fois, cependant. L'inflation très élevée brouille en effet les cartes. Ces dernières semaines, les banquiers centraux ont dû adapter leur discours sur la nature temporaire de cette poussée inflationniste. La Réserve fédérale américaine a clairement changé son fusil d'épaule en laissant entrevoir l'arrêt plus rapide de sa politique monétaire généreuse. Un premier relèvement des taux est probable dès le mois de mars, suivi peu après par une réduction progressive de la politique d'assouplissement quantitatif. Les marchés incorporent au total encore au moins quatre hausses des taux supplémentaires cette année. Ce nouveau scénario a fait progresser le taux des emprunts d'État américains à 10 ans de 35 points de base depuis le début de l'année.

Le président de la Fed, Jerome Powell, a également laissé entendre qu'il n'était pas exclu que les taux soient relevés lors de chaque réunion monétaire cette année, et si nécessaire de plus que des 25 points de base habituels. Cela a immédiatement provoqué un aplatissement de la courbe des taux.

Dans la zone euro aussi, la situation est tendue, même si nous n'en sommes pas là. L'inflation de base n'y est actuellement 'que' de 2,6%, ce qui ne dépasse guère l'objectif de 2%. La Banque centrale européenne pourrait donc se montrer plus réservée en matière d'assouplissement monétaire. Le taux allemand à 10 ans a malgré tout augmenté de 20 points de base le mois dernier et reste donc tout juste en territoire négatif.

D'autres régions d'Europe et du reste du monde tentent également de juguler l'inflation en resserrant leur politique monétaire. On s'attend donc à ce que les hausses de taux occupent le haut de l'agenda au premier semestre 2022, ce dont les marchés obligataires devront tenir compte.

La Chine, où les autorités monétaires ont abaissé les taux le mois dernier pour relancer la croissance économique, fait ici exception. Cette année encore, les obligations d'État chinoises font donc office de bouée dans une mer obligataire très agitée.

Sur le front de l'évolution des devises, les monnaies refuges se sont distinguées le mois dernier par leurs solides performances: dollar, franc suisse, yen japonais et renminbi chinois. Le dollar recèle encore un potentiel de hausse après la décision de la Fed en début de mois.

Le rouble russe, qui a déjà perdu près de 10% de sa valeur par rapport à l'euro en raison des tensions militaires autour de l'Ukraine, s'est illustré négativement.

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