Quelles questions domineront l’investissement en 2022?

Depuis 3 décennies que j’investis, il y a toujours eu une question qui était au cœur de mes décisions d’investissement: quel est le taux sans risque que je peux sécuriser pour avoir l’esprit tranquille?

Cette simple question comprend, en réalité, plusieurs questions:

  • Quel taux sans risque?
  • L’esprit tranquille pour combien de temps?
  • Quand dois-je diminuer mon risque?
  • Quel rendement futur est-il raisonnable d’attendre?

Le taux sans risque peut être le taux de dépôt à 3 mois, le taux gouvernemental nominal à 10 ans, le taux gouvernemental réel à 10 ans (taux nominal moins l’inflation ou obligation indexée sur l’inflation).  Pour ma part, j’ai toujours repris le taux gouvernemental réel à 10 ans comme référence. Cela donne un temps long pour avoir l’esprit tranquille que de fixer une partie de ses investissements à un taux sans risque raisonnable en regard des attentes pour son patrimoine et de son risque.

Le problème est qu’aujourd’hui les taux sans risque sont proches de zéro avec une inflation élevée (proche des 5% en Europe et 6% aux USA) et des attentes supérieurs à ce que nous avons pu connaître lors des 10 dernières années. L’érosion de notre pouvoir d’achat, en réalité une perte nette, est assurée avec un investissement obligataire. Il nous reste les obligations indexées (*) sur l’inflation. Ces dernières offre un taux réel de -1% ce qui nous garantit une perte de 1% si on les détient jusqu’à leur maturité.

Avec le redémarrage de l’économie suite à la pandémie, les Banques Centrales vont arrêter d’injecter des liquidités dans le système. Ainsi la FED va arrêter sa création monétaire dès la 1ère hausse de taux prévue en mars. Quant à la BCE, elle va arrêter, en mars également, son PEPP de 1.850 milliards (Pandemic Emergency Purchase Program). Par contre, pour ne pas couper son soutien brutalement, la BCE va augmenter son APP (Asset Purchase Program) de 20 milliards par mois. La création monétaire de la BCE passera en 2022 de 70 milliards au 1er trimestre à 20 milliards au dernier trimestre 2022.  La rapidité de ce retrait de liquidités (déjà agendé par la FED depuis novembre) et le taux d’inflation que les Banques Centrales sont prêtes à tolérer auront une influence notable sur les actifs obligataires de toutes natures et surtout sur les valorisations des autres actifs (actions, immobiliers, etc…) qui se base sur le taux sans risque nominal ou réel pour actualiser les cash flows.

Dans ce contexte d’inflation élevée, il est important de regarder le taux réel calculé au travers du "Breakeven rate" (taux obligataire nominal moins taux des obligations indexées sur l’inflation). Ce "Breakeven rate" représente la meilleure estimation de l’inflation future. Plus ce différentiel est élevé, plus l’inflation future est attendue en hausse et vice versa.

US Breakeven 10 ans (Source Refinitiv)

Avec la réouverture de l’économie et l’annonce de la FED de monter ses taux d’intérêts vers les 1.875% pour courant 2023, nous devons regarder comment va se comporter le taux d’intérêt réel. Aujourd’hui, il est pratiquement acquis que nous sommes dans le 3ème cadran après être passé par le 2ème en 2021 grâce à la vaccination.

Au sein des marchés actions, il semblerait que dans un environnement de croissance forte et de hausse des taux obligataires, les pays et secteurs plus orientés valeurs Cycliques et Value performeront mieux que le marché en général.

Au regard de l’évolution des taux réels, du taux Breakeven et de l’économie, il n’est pas toujours aisé de savoir dans quel cadran nous allons nous situer dans un avenir proche.

Cette approche de l’évolution des marchés obligataires peut être comparée à l’"Investment Clock" qui reprend la sur-/sous-performance des différents secteurs en fonction des cycles économiques.

En conclusion, ces outils d’analyse et de positionnement des stratégies d’investissement sont une aide précieuse pour allouer au mieux les risques et rester investis dans les marchés.

*Ce type d’obligations a moins bien performé ces dernières années que les obligations classiques étant donné la faible inflation. Les performances de 2021 pour cette classe d’obligations ont été fortement positives (les autres classes ont donné des rendements négatifs de par la forte remontée de l’inflation. Ces obligations ont donc un rôle de protection  dans les portefeuilles en cas de hausse l’inflation. En conclusion, détenir des obligations en début de cycle de hausse de l’inflation vaut la peine. Les économistes prévoient une baisse de l’inflation en 2022-2023 vers les 2% en Europe et les 3% aux USA.

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