La Belgique, "petit" pays aux "grandes" exploitations

La Belgique, "petit" pays aux "grandes" exploitations

Les derniers chiffres publiés par Eurostat pour l’année 2016 permettent de faire un état des lieux de nos exploitations agricoles en Belgique et plus particulièrement en Wallonie. Et force est de constater que depuis plus d’une décennie, nous assistons à une concentration de nos exploitations qui va alors de pair avec une augmentation de leur taille. Un phénomène qui n’empêche pas, chez nous, la production des plus grosses exploitations d’évoluer positivement et le revenu des plus petites d’augmenter.

Suite aux derniers chiffres publiés par Eurostat pour l’année 2016, il ressort que sur les 10,3 millions d’exploitations agricoles de l’UE, deux tiers font moins de 5 ha. Mais derrière ce chiffre, qui donnerait l’impression que l’agriculture européenne est morcelée en une multitude de petites exploitations, il ressort que les exploitations d’une superficie supérieure ou égale à 100 ha, qui représentent 3% du total, occupent plus de la moitié de la superficie agricole de l’UE. Nous sommes bien en face d’un modèle de concentration et de course à la taille.

Comme nous retrouvons les plus grandes exploitations (celles de plus de 50 ha) dans les pays fondateurs de l’UE, il n’est pas surprenant qu’en termes de production, la moitié de la production de l’UE provienne d’exploitations françaises, allemandes, italiennes et espagnoles.

Une Belgique agricole moins morcelée

Selon les chiffres de 2016, la Belgique comptait 36.890 exploitations agricoles, sur une superficie totale de 1.419.490 ha pour une production de plus de 8 milliards d’euros. Par rapport aux chiffres de l’UE, la Belgique connait un meilleur partage des terres, les exploitations entre 30 et 50 ha représentent 19% des terres utilisées, celles entre 50 et 100 ha représentent 35% des terres et celles de plus de 100 ha, 27%.

Ces chiffres ne doivent cependant pas masquer la disparation des exploitations agricoles, car nous sommes passés de 50.620 exploitations en 2005 à 36.890 en 2016. Avec une chute de celles de moins de 2 ha et de 2 à 4,9 ha, alors que seules celles de plus 100 ha ont augmenté.

Les exploitations wallonnes de plus grande taille

La répartition par région donne 23.980 exploitations en Flandre contre 12.860 en Wallonie, et 50 pour la région bruxelloise. Par contre en superficie, les exploitations wallonnes couvrent 751.690 ha contre 665.410 pour la Flandre.

Si l’on décortique les chiffres pour la Wallonie, le Hainaut représente 31% des exploitations agricoles, la province de Liège 25%, 18% pour les provinces de Namur et de Luxembourg, et pour finir 8% pour le Brabant Wallon.

Les exploitations de plus de 100 ha représentent 38,52% de la superficie totale, et celles comprises entre 50 et 100 ha représentent 38%.

Un tandem concentration-production?

Par rapport à la moyenne européenne, nos exploitations sont proportionnellement moins nombreuses, car de plus grande taille, c’est également vrai par rapport à la Flandre. Même si établir une moyenne est toujours un peu tronquer la réalité, il ressort que la production moyenne des exploitations de plus de 100 ha a augmenté de 60%, alors que celle pour des exploitations de petite taille, a reculé ou au mieux s’est stabilisée.

La Wallonie n’échappe pas à la tendance globale et générale à la concentration, et évidemment, corolaire à cela, à la disparition de nos fermes.

Pour autant, nous avons encore un tissu relativement équilibré entre les grosses et les moyennes exploitations. Et les exploitations de taille moyenne, entre 30 et 50 hectares, gardent un trend positif en termes de production.
Il faudrait donc garder cet équilibre et ne pas privilégier la concentration à outrance, car cela permet d’apporter des modèles différents et une agriculture wallonne durable.

Ce n’est pas une question de taille, mais de création de valeur ajoutée…

Caroline Devillers - Responsable segment Agri CBC Banque

Les chiffres présentés sont certes interpellants. Tout le monde s’accorde pour dire que le modèle agricole est en pleine mutation!

Volatilité des prix, avenir de la PAC, préoccupations environnementales, importances des capitaux mobilisés, problématique foncière, attentes des consommateurs, digitalisation… autant d’éléments qui poussent chaque agriculteur à se poser quotidiennement la question de la durabilité (voire de la rentabilité…) de son exploitation.

Face à cette réalité, certains préfèrent jeter le gant. Pour des raisons parfois bien compréhensibles. Mais nombreux sont aussi ceux qui réfléchissent, et qui trouvent des solutions pour mieux répondre à un modèle d’avenir, et créer davantage de valeur ajoutée afin de se créer un nouvel avenir!

Différents exemples existent: diversification des activités, vente en circuit- court, création de plus de lien avec le consommateur, spécialisation dans certains créneaux spécifiques, conversion de son mode de production vers l’agriculture biologique, création d’associations ou de coopératives pour rationaliser ses achats… Il n’y a pas de "modèle standard" gagnant, applicable à toutes les exploitations! Mais chacun, dans son contexte et ses propres affinités, parvient, in fine, à se créer de nouvelles opportunités.

Et ce, indépendamment de la taille de son exploitation!

Certains s’en sortent mieux sur 20 ha avec un certain mode de production, que d’autres sur 150 ou 200 ha! Tout est une question de création de valeur ajoutée…

Caroline Devillers - Responsable segment Agri CBC Banque

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